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 Naissance d'un garou en roman par Darklord.

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Argail
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MessageSujet: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Sam 28 Aoû - 3:02

Très bon petit roman ( trop long pour beaucoup, a tort, je l'ai trouvé trop court ^^)
Je vous le recommande chaudement, car non seulement d'être BON, il est trés instructif sur le début de la vie d'un garou dans une meute, dans un sept, dans un caern.

http://www.fanfic-fr.net/fanfics/Jeux-de-role/L/Loup-garou---l-Apocalypse/Rite-de-passage/9686/47559.html


Suis-je différent ?


Je ne sais pas depuis quand je me pose cette question. Cela remonte à si longtemps. J'ai oublié.


Suis-je différent ?


Au plus loin de ma mémoire, je me rappelle quelques détails. Bribes infimes de ma conscience enfantine. Je ne sais pas si j'ai été un bon garçon. Un peu turbulent c'est vrai. J'en avais même conscience à cette époque. Mais au temps béni de l'enfance, c'était normal.


Suis-je différent ?


L'école a tout changé. De la maternelle à la primaire, j'ai peu de souvenirs. J'y ait été heureux je crois. Parfois on ne voulait pas jouer avec moi. Mais je savais déjà apprécier la solitude. On ne voulait pas de moi en ailier droit ? Peu importe. Ces imbéciles amoureux de chaussures affreuses et hors de prix ainsi que de leur ballon en peau de vaches synthétique n'ont sûrement jamais apprécié la caresse du vent sur les feuillages verdoyant du toit forestier.


Suis-je différent ?


C'est après que tout empire vraiment. Le collège fut rude. Endroit par excellence où l'on vous juge sans vous connaître. Ils étaient trop jeunes pour savoir qui j'étais. Ou simplement pour vouloir le savoir. La solitude a commencé là. Pas encore trop violente. Quelques amis restaient encore à mes côtés. La plupart préférant ne pas m'avoir contre eux, tout bêtement. C'est aussi à cette époque que j'ai découvert ce penchant pour la violence. J'ignorais qu'il était en moi. Mais il arrivait qu'il sorte et que je frappe. Faire couler le sang d'un nez trop hautain ne me faisait pas peur. Ou pas sur le moment. On a dit que je ne faisais pas d'efforts. Que j'étais irrécupérable. Quelque part, je leur donnai raison. Même si je détestai ça.


Suis-je différent ?


Le lycée. Existe-il pire machine à dégoûter les gens de ses semblables ? Quand deux amies s'extasiaient d'avoir la même marque de jeans qu'elles trouvaient géniales pour ensuite, chacune de leur côté, se plaindre d'être copiée par une imbécile. Les remarques dans le dos. Un semblant de société. Un ersatz effrayant. Je le sais car, dans le dos, c'est là que j'étais. Seul, assis dans un coin et ne demandant rien à personne. On passait à côté de moi en lançant les derniers commentaires acerbes qu'inspiraient les « amis ». Si solitaire que j'aurai pu être transparent, les profs se souvenant de mon existence au moment de me rendre une interro quelconque. Je n'avais même pas le luxe d'être mauvais. Juste d'être un peu au-dessus de la moyenne pour que les seules remarques que l'on me fassent soient « bien » et qu'on me laisse tranquille. De cette inexistence sociale, j'ai appris la futilité des gens qui m'entouraient. Du moins à l'époque. Moi qui m'intéressait au monde. A la nouvelle décharge qui s'ouvrait dans un pays lointain pour que nos ordures ne nous dérangent pas ici. Au bois que l'on vient de raser pour faire un nouveau fast-food. Mon existence m'ennuyait tellement que je préférai m'occuper de celles des autres.


Suis-je différent ?


Et puis elle est apparue. Ayant des amis mais appréciant quelques instants de solitude. Ne cherchant pas à avoir le dernier chemisier à la mode juste parce qu'il a changé de couleur. Sachant être belle avec naturel plutôt qu'à grands renforts de maquillage outrancier. Emilie. Elle était parfaite à mes yeux. Mes rares conquêtes féminines n'ayant jamais trouvé le temps de chercher à me comprendre ou m'ayant trop facilement compris. J'avais espéré qu'elle serait différente. Et elle l'était. Et comme je l'aime.


Suis-je différent ?


On a quitté le lycée. Sont venues les études et les petits boulots pour les payer. Je n'ai jamais été aussi proche du bonheur et pourtant... pourtant ça ne tourne pas rond. Emilie n'est pas le problème. Bien au contraire. Le problème ce n'est pas les autres. Le problème ce n'est pas cette société pourrie. Le problème, je viens de le comprendre. C'est moi.


Suis-je différent ?


Mais merde ! Qui suis-je ?


Dernière édition par Argail le Mer 1 Sep - 15:29, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Sam 28 Aoû - 3:02


Chapitre 1 : La cabane







Le mal de crâne que je me paie en sortant du cirage n'est pas dû à une soirée trop arrosée. Il est plutôt du genre fait à la hache, ou du moins c'est l'impression qu'il donne. Mon dos est contre un mur semblant en bois. Mes yeux sont ouverts mais j'aurai pu les garder fermés. Où que je sois, je ne distingue même pas ce qu'il y a au bout de mon nez.

Et d'ailleurs où suis-je ? Je ne me souviens pas de grand chose. Je me revois sortir de l'université. Je suis passé chez moi. Un petit mot d'Emilie m'annonçait qu'elle rentrerait sûrement tard ce soir et des lèvres dessinées en coeur réchauffèrent mon corps un peu fatigué. J'attrapai rapidement un morceau de fromage dans le frigo qui calma le grondement de mon estomac, bu un verre d'eau et ressortit pour bondir sur mon vélo et foncer vers le centre ville de Metz.

Je suis entré dans la vieille librairie du non moins vieux monsieur Custer. Un vieil américain qui a émigré depuis longtemps en France. Par amour de la littérature. Du moins c'est ce qu'il dit. J'ai l'impression que madame Custer n'y est pas vraiment étrangère. Il l'aurait au moins épousé pour ses tartes à la mirabelle qu'elle m'offre parfois quand je fais des heures supplémentaires. En fait, monsieur Custer à l'air de tout aimer. Le calme et le tapage, la vitesse et la lenteur, sa femme et les gargouilles de la cathédrale. Depuis cinq ans que je travaille pour lui, la seule chose dont je suis sûr, c'est qu'il aimerait changer ce nom qu'un hasard malheureux avait donné à un général tristement célèbre de la guerre de sécession.

Je me souviens d'avoir travaillé ce soir. Chaque minute que je passe dans cette vieille librairie est gravé dans ma mémoire. C'est après que ça devient flou. Je suis sorti. La nuit était tombée. J'ai repris mon vélo et j'ai roulé. J'espérai qu'Emilie s'était trompée et qu'elle pourrait quitter son tablier de serveuse plus tôt. Qu'elle arrête de servir des cafés ou des bières à de vieux pervers qui la reluquaient sans cesse et qu'elle viendrait se mettre à l'abri dans mes bras.

Mais apparemment, c'est moi qui n'ai jamais atteint l'appart'.

Et s'il lui était aussi arrivé quelque chose ? J'essaie de me relever mais la douleur dans ma tête me donne le vertige et je tombe à genoux sur le sol. Que ce sol est dur. J'essaie d'appeler.


« Hé ! Il y a quelqu'un ?

_ Silence, vous lui faites peur ! »


Je sursaute au son de cette voix. De toute évidence il y a une fille sur ma gauche. Mais où ? Mes yeux commencent à s'habituer à la pénombre mais je ne vois pas encore assez. Je vais pour parler à nouveau mais je ne connais pas cette voix. Ce n'est pas celle d'Emilie. Je préfère me rasseoir contre le mur quelques minutes, le temps d'y voir plus clair, avant d'agir.

Ma douce Emilie n'est donc pas là. J'espère qu'elle n'est pas ailleurs en dehors de l'appartement. Si j'ai disparu (été enlevé ?), elle a dû aller voir à la librairie. Là, monsieur Custer lui aura dit que je suis déjà parti. J'espère qu'elle est restée près d'eux. Peut être qu'ils parviendront à calmer un peu son inquiétude. Si seulement je savais depuis combien de temps je suis dans cet endroit. J'aurai une meilleure idée de ce qu'elle a pu faire. Je n'arrive pas à empêcher une larme de couler. Après tout qu'est-ce que ça peut faire. Personne ne la verra ici.

Mon mal de tête va mieux et mes yeux voient plus loin. Je vois une silhouette presque à côté de moi et je sursaute à nouveau. Une personne est assise à ma gauche. Mais ce n'est pas la fille que j'ai entendu. La voix venait d'un peu plus loin. En fixant ce qui semble d'abord être le vide, je réussis à voir une autre masse plus informe également adossée à quelque chose. Mais ce n'est pas tout. Sur ma droite, pas moins de trois autres formes indistinctes . Deux semblent être des hommes. La troisième est ratatinée au sol.

J'ai encore un peu le tournis. Bon sang ! Où est-ce que je suis ? Et qui sont ces gens ? Aucun d'eux ne parlent et je prend le même pli. J'essaie de scruter la pièce dans laquelle nous nous trouvons. Elle semble assez vaste, rectangulaire. La forte odeur de bois m'indique qu'il n'y a pas que mon mur dans cette matière. Je crois distinguer une sorte de table droit devant, ce qui m'aide à comprendre qu'une autre ombre doit être une chaise.

J'ignore pourquoi tout le monde reste avachi sur son sort. Moi je ne tiens plus. Je me relève. Mon étrange migraine est relativement passée et je tiens debout. Ils ont dû m'assommer. Je suppose que je n'ai rien à craindre de ceux qui m'entourent. On a jamais vu un ravisseur s'enfermer avec sa victime en la laissant libre de tout mouvement. Je m'approche de la table. J'ai l'impression de sentir des regards sur moi et il n'ait pas besoin de demander d'où ils viennent. En fait, je ne saurai sûrement jamais s'ils me regardent vraiment ou non.

J'approche de la table et l'explore à tâtons. Je sens une sorte de tube légèrement glissant sous mes doigts. Je n'ose y croire. Je laisse mes doigts vérifier par eux mêmes la présence de la mèche. Elle est bien là. C'est pas croyable, une bougie. Si seulement j'avais un... Mais c'est pas vrai quel con ! Je plonge ma main dans la poche. Dire que j'attends bêtement d'y voir mieux et que je suis obligé de marcher comme un somnambule. J'extraie mon briquet et l'allume. Beaucoup de personnes me demandent si je fume dès que je l'utilise. C'est idiot. Un briquet m'a déjà servit à tellement d'autres choses et je n'ai jamais eu besoin de lui pour m'encrasser les poumons. Mais pourquoi je pense à ça ? Je grille la mèche, attends que la cire fonde un peu et en fait couler quelques gouttes sur le plateau. Puis j'appuie sur les gouttelettes avec l'autre extrémité et ma bougie tiens bien droite sur la table.

Je me retourne mais la faible lueur de la bougie ne me révèle pas beaucoup plus de choses. Mes « compagnons » ne semblent pas plus ragaillardis. Je regarde la fille qui m'a interpellée. En temps normal, elle doit avoir l'air sérieux, limite intello. Ses longs cheveux bruns sont regroupés en chignon, légèrement défait que je devine impeccable les jours où elle ne se fait pas enlever. Elle porte un chemisier blanc et un pantalon beige. Rien qui n'attire vraiment l'oeil (un point positif pour moi) si l'on excepte qu'elle est plutôt jolie.

Je la voyais plus informe dans le noir mais à présent je comprends qu'elle n'est pas seule. Une fillette d'une dizaine d'année est serrée contre elle. Une petite noire coiffée de tresses africaines descendant jusqu'à ses épaules habillée d'un jean et d'un tee-shirt qui ne devaient pas être neufs depuis un certain temps. La môme me fixe de ses grands yeux noisettes embués de larmes. Pas besoin d'être devin pour voir qu'elle est terrifiée.

La fille qui était presque à côté de moi est d'un tout autre genre. Sa peau très pâle fait presque flasher ses cheveux d'un noir de charbon. Je crois y voir de très discrètes mèches bleues un peu scintillantes. Mais peut être la lumière de la bougie ne me permet simplement pas d'y voir assez. Elle porte une veste de cuir noir, un pantalon de cuir noir, des bottes de cuir noir et un tee-shirt en synthétique qui ressemble vaguement à du cuir noir. Punk, gothique, fétichiste ou chanteuse d'un groupe de métal. Je n'en sais rien. Et peu importe.

Je me tourne vers le coin « garçon » et sursaute à nouveau. La forme ratatinée au sol est un loup. Nombre de gens l'aurait sûrement confondus avec un chien au premier regard. Et cela aurait dû être mon cas. Mais pour une raison que j'ignore, je sais qu'il s'agit d'un loup. Pas le genre à ressembler à un husky. Non, l'autre. Celui qui fait peur aux petits enfants. Avec des poils hirsutes et noirs. Qui peut très bien se cacher dans les endroits sombres. L'animal a l'air tranquille. Il me regarde dans les yeux quelques secondes et me considère visiblement inintéressant. Il repose la tête sur ses pattes avant et attends.

A la figure que font les deux gars, de part et d'autre du loup, je vois bien qu'ils n'avaient pas non plus deviné ce qui se trouvait à côté d'eux. L'un d'eux pourtant ne me semble pas en position de faire la fine gueule. Plutôt sale, les cheveux comme des broussailles de sous bois et des loques récupérées à une armée du salut peu regardante, il s'écarte de la bête par prudence, sans sembler être trop effrayé.

Le second est plutôt bien habillé. Une chemise qui aura été bien repassée avant qu'il n'arrive ici, un pantalon plutôt chic et des cheveux apparemment noyés sous une couche de gel qui resplendissaient à la faible lueur de la bougie comme le reflet de guirlandes de Noël dans une flaque d'eau.

La fine troupe rassemblée ici venait apparemment de lieux et de milieux très différents. Et moi je ne pense soudain plus qu'à une chose, en dehors de ma belle, comment concilier des gens qui ne se connaissent pas, ne se sont jamais vus et qui, selon toutes probabilités, ne se feront jamais confiance. Et pourtant, je sais que nous unir est le seul moyen de nous en sortir. Et ce qui m'énerve le plus, c'est que j'ignore pourquoi. Mais je le sais. Tout comme pour le loup qui semble s'ennuyer à mourir.

J'ouvre la bouche. Ma première intention est de leur demander qui ils sont. Mes lèvres ont à peine bougé que je ressens tout le ridicule de la question. Quelle importance. Aussi mes mots se transforment d'eux-mêmes.


_ Quelqu'un sait où nous sommes ?


La fille au chemisier ne me reprit pas cette fois. Apparemment sa petite protégée avait moins peur quand elle voyait les gens qui parlaient. Ce fut le mec dépenaillé qui me répondit, d'une voix lasse.


_ Qu'est-ce que ça peut faire ? Si on nous a amené jusqu'ici c'est pour pas qu'on en sorte.


Un cynique. Voilà que ça commence bien. Je ne me laisse pas démonter.


_ Ouais, c'est un point de vue. Mais ça ne nous empêche pas d'essayer de comprendre ce qui se passe. Est-ce que quelqu'un sait quelque chose, n'importe quoi ?


Le mec cherche une position plus confortable et s'emmure dans le silence. L'autre homme réagit cette fois.


_ Moi, la dernière chose dont je me souviens, c'est quand j'ai quitté mon club de foot. Je retournais chez mes parents et là... enfin, plus rien quoi.

_ C'est comme moi, repris-je. Je sortais du boulot et je me retrouve ici.

_ Moi je sortais du collège, fit alors la fille au chemisier. J'ai pris un petit chemin, un raccourci pour rentrer chez moi et c'est là que... enfin que c'est arrivé.

_ Je partais pour rejoindre des potes à la maison des jeunes, déclara la fille en noir d'une voix tremblante. Je... enfin je sais pas trop où c'est arrivé en fait.

_ Tout ça ne nous avance pas beaucoup, fit le garçon. Qu'en dîtes-vous ?


Je ne répond pas tout de suite. Quelque chose vient de me choquer. « retournais chez mes parents... sortais du collège... maison des jeunes... ». Je regarde plus attentivement toutes ces personnes. Aucune ne semble avoir plus de dix huit ans. Du haut de mes vingt trois piges, je suis le plus vieux de la bande. Pourquoi m'a-t-on enlevé en même temps qu'une bande d'adolescents ? On ne va quand même pas demander une rançon à ma mère ou à Emilie. On a déjà du mal à payer le loyer. Je suppose quelque chose de louche dans cette histoire. Le mec bien habillé et les filles me regardent toujours. Apparemment, ils attendent que je prenne la direction des évènements. Et c'est ton rôle, crétin. C'est toi l'adulte ici. C'est à toi d'agir. Et merde !


_ Non, effectivement, dis-je enfin. L'un de vous ne saurait pas pour quelle raison nous sommes-là ? Quelqu'un sait si ses parents ont des ennemis, ou quelque chose comme ça ?

_ Je ne crois pas que ce soit une bonne façon de réfléchir, fit la fille au chemisier. Même si l'une de nos familles a des ennemis assez puissants pour faire un kidnapping, pourquoi nous auraient-ils tous enlevés ? Nous ne nous connaissons pas.

_ On doit avoir un point commun, fit la fille en noire. C'est toujours comme ça dans les films.

_ On est pas dans un film là, reprends le gars.


Aïe ! Première tension entre les jeunes. J'ai pas trop l'habitude de ce genre de choses. J'essaie de désamorcer la situation, on ne peut pas se permettre ce genre de choses.


_ On se calme. Ce qu'elle dit n'est pas bête, même si ça vient d'un film. Il doit bien y avoir une raison pour qu'on nous ait enlevé juste nous.

_ Ouais. C'est vrai. Excuse-moi... euh, c'est quoi ton nom au fait ?


Là, malgré la situation, je tombe des nues. Trouver une personne assez intelligente pour reconnaître ses erreurs et les assumer, c'est comme trouver une nappe de pétrole à Paris. La fille en noire semble apprécier (ce qui me soulage, ces jeunes n'ont pas besoin de nounou en fin de compte) et répond :


_ Sarah. Et toi ?

_ Bashir, répond le mec bien habillé. On continue les présentations ?

_ Je crois bien, dis-je. Moi c'est Maxime. Mais je préfère qu'on m'appelle Max, si ça vous dérange pas.

_ Vous saviez que Max c'était le nom de code de Jean Moulin dans la résistance ? Fit la fille au chemisier dont le vouvoiement me met d'un coup cinquante balais dans la tronche tout en insultant mes connaissances historiques. Oh, moi, c'est Axelle.

_ Et toi puceron ? Je demande à la fillette d'une voix douce qui me fit penser à celle d'un grand père.


La môme se serre un peu plus contre Axelle. Je regarde cette dernière. Mais elle fait un signe négatif de la tête.


_ Je ne sais pas comment elle s'appelle. Je me suis juste réveillée à côté d'elle.


Je m'approche avec lenteur et je m'agenouille devant les deux filles. La petite black ne bouge pas. Au moins semble-t-elle avoir compris que je ne lui voulais pas de mal. Mais mieux vaut prévenir que guérir et je préfère bien expliquer.


_ Ecoute ma mignonne. On est tous dans le même (je vais dire « merdier », je me retiens à temps)... bateau. On veut savoir ce qu'on fait ici et rentrer chez nous. Tout comme toi. Enfin je suppose. Tu peux nous faire confiance.


La gamine m'observe de ses grands yeux où l'on pourrait se perdre. Elle dévie son regard sur le dernier membre de la cabane qui ne s'est pas joint à nous. Je me tourne légèrement pour voir le gars dépenaillé.


_ Hé, mec, on peut au moins savoir ton nom ?

_ Kevin, mais tu peux m'appeler Maurice si ça te chante.

_ Marrant.


Il n'y a pas l'ombre d'un sourire quand je me retourne vers la môme. Elle pourtant, ça a l'air de lui avoir plu. Elle sèche l'une de ses larmes et répond de sa voix claire.


_ Je m'appelle Valentine.

_ C'est vraiment un joli prénom. Tiens, je le retiendrai si un jour j'ai une fille.


Ma remarque a l'air de lui faire plaisir. Un faible sourire comme un premier quart de lune se dessine sur ses lèvres.


_ Tu n'as pas à avoir peur de nous. D'accord.

_ Je n'ai pas peur de vous. J'ai peur des gens qui nous écoutent dehors.


Je reste tétanisé. La poignée de la porte vient de s'abaisser.


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Argail
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Sam 28 Aoû - 3:19

Chapitre 2 : Le sept








La porte s'ouvre et je bondis aussitôt sur mes jambes. Bashir, à mes côtés, semble se contracter des pieds à la tête. Je sens Sarah se relever derrière moi tandis qu'Axelle resserre son étreinte sur Valentine signifiant clairement qu'il faudra d'abord lui passer sur le corps avant de toucher à la fillette. Je ne peux m'empêcher de penser que cette fille a des tripes bien solides. Du reste, elle n'a pas l'air d'être la seule. Dans son coin, Kevin tourne à peine la tête vers l'entrée. Même le loup a plus de réflexes que lui en se levant et en dressant les oreilles. Apparemment, nous sommes tous sur le qui vive.

Des personnes entrent, je ne sais pas combien. Du moins jusqu'à ce que l'une d'elles appuie sur l'interrupteur et que la pièce s'illumine grâce à la fée électricité. J'ai une soudaine envie de me frapper la tête contre un mur jusqu'à la fendre en deux en hommage à ma stupidité. Mais le moment est mal choisit. Il y a à peu près une dizaine de personnes qui entrent accompagnées de quatre loups. Encore une fois, j'ignore pourquoi je suis persuadé qu'il s'agit de loups plutôt que de chiens (surtout que ceux-là semblent bien mieux soignés que notre « compagnon ») mais c'est ainsi. Et je n'ai pas le temps de me poser la question.

La plupart du groupe qui vient d'entrer est caché par de grandes capuches. Seuls les enlèvent un grand homme au regard profond et une vieille femme qui me semble plus âgée que toutes les personnes réunies que j'ai croisées dans ma vie. L'homme laisse galamment la place à l'ancêtre sur la seule chaise de la cabane. Elle s'assied et nous regarde de ses grands yeux humides. Je m'aperçois qu'elle pleure.


_ Sept jeunes, fait-elle d'une voix rocailleuse. C'est merveilleux ! Nous en avons eu si peu ces derniers temps.


Sept ? Pendant qu'elle écrase une larme, je nous recompte rapidement.

Valentine.

Axelle.

Bashir.

Sarah.

Kevin.

Et moi-même.

Nous ne sommes que six. A moins que... je jette un coup d'oeil sur le loup. Sept ? La vieille reprend.


_ Si vous saviez comme je suis heureuse de vous voir tous ici.

_ Permettez-moi d'en douter !


C'est moi qui parle. J'aurai voulu que cette phrase soit plus incisive, plus mordante. Mais elle sonne presque faux. Et la soeur aînée de Mathusalem n'est même pas un tant sois peu décontenancée.


_ Je vous assure que c'est le cas. Et particulièrement en ce qui vous concerne, mon garçon.


Et bien voilà. Je savais que ma présence ici n'avait rien de normal. Enfin, encore moins que celle des autres. Et je sens que ça va me retomber sur le coin de la gueule pas plus tard que tout de suite. Mais là dessus je me méprend. La vieille femme me regarde avec des yeux qui me chamboulent la tête. Ils sont pleins de tendresse.


_ Mon louveteau perdu.


Là je dis pouce. J'avais bien remarqué que nous étions chez des adorateurs des loups et en temps normal cela ne m'aurait pas dérangé. Mais de là à confondre. Non, je refuse.

Mais c'est l'homme qui prend la parole maintenant. D'une voix claire et sèche, il prends les devants de l'ancêtre.


_ N'allez pas trop vite, chère Sellie. Vous allez les effrayer.

_ Ne sous estimez pas nos jeunes, Goldgloves, réplique-t-elle avec un sourire. Puisqu'ils sont des nôtres, ils sont bien plus résistants que vous ne le pensez.

_ Ils ne le sont pas tous, très chère.


Puis il se tourne vers nous qui sommes encore plein d'incompréhensions sur ce « ils sont des nôtres ». D'ailleurs cela doit se voir car il attends un peu avant de se mettre à parler.


_ Vous n'avez aucune crainte à avoir envers nous. Vous êtes les bienvenus. Vous êtes ici chez vous.


C'est marrant mais je ne vois pas ma collection de films de Charles Chaplin, ni l'armoire Lorraine hérité de ma grand mère et surtout pas le matelas douillet à même le sol dans lequel j'avais bien l'intention de rejoindre ma belle ce soir. Alors « chez nous », je n'ai pas l'impression qu'on en est la même vision.


_ Qu'est-ce que vous nous voulez ? Demande Bashir.

_ Seulement vous accueillir parmi nous. Je pense que cela va vous choquer mais votre vie va singulièrement changer à partir d'aujourd'hui.


Sans dec' ? Dire qu'on s'imaginait juste en balade.


_ Qui êtes-vous ? Reprend Bashir.

_ Celui-là est bel et bien pour toi Goldgloves, fait l'une des personnes restée en arrière.


Le dénommé Goldgloves sourit et je commence à perdre le fil des évènements. Ils nous prennent pour des objets ma parole. On a déjà était distribué comme à la loterie de quartier.


_ Je crois que c'est évident, reprend le dit Goldgloves, mais nous verrons cela plus tard. Découvre-toi Héléna. Il faut nous montrer peu à peu.


La femme qui a parlé retire sa capuche et dévoile son visage fin et dur. Ses longs cheveux noirs descendent en cascade sur ses épaules comme les ailes d'un corbeau. Elle a des yeux noirs qui nous regardent d'un air dur mais tout de même compréhensif. Nos ravisseurs n'ont pas l'air de nous vouloir de mal. C'est déjà ça. N'empêche à les entendre parler, et surtout en voyant la manière dont ils ont théâtralisé leur entrée, je commence à me demander si on n'est pas tombé sur un genre de secte.

Je sens Bashir s'énerver à côté de moi. Ou plutôt, il serait plus juste de dire « lassé ». Il n'est pas vraiment énervé, je le sens. Et je ne sais pas pourquoi. Et ça, ça m'énerve vraiment. Je pose une main sur son bras pour lui dire de rester cool et que je prends les choses en main.


_ Dîtes-nous qui vous êtes, maintenant. Arrêtez votre cinéma et soyez un peu plus loquace.

_ ... se s'rait pas permis ça d'mon temps, fait une voix extrêmement curieuse. Pas... d'respect....


La voix provient du groupe resté en arrière mais j'ai l'étrange et désagréable impression que personne n'a parlé. Aucun d'entre eux n'a bougé en tout cas.


_ Restez calme Bloodpain (ces noms... ils se prennent pour les X-men ou quoi ?), je vous en prie. Ils savent encore si peu de choses.

_ Peut être que si l'on daignait nous expliquer le pourquoi de notre présence ici, nous serions un peu plus avancés.

_ Vous faites parti de notre peuple. Un peuple qui se meurt, reprend la vieille femme d'un air toujours aussi attendri. Nous existons depuis l'aube des temps, peut être même au-delà, et aujourd'hui nous mourrons peu à peu. Et à chaque fois que nous trouvons des jeunes de notre race, c'est une grande joie. En particulier quand l'un d'entre eux s'est égaré depuis si longtemps et qu'il rentre enfin.

_ Si j'ai bien compris, « l'égaré » c'est moi.

_ En effet. Nous surveillons de près nos jeunes, ou plutôt ceux qui peuvent l'être. Mais nous sommes si peu nombreux qu'il est de moins en moins rares que certains n'échappent à notre vigilance. Les retrouver est presque impossible. C'est pourquoi je suis si heureuse de te voir aujourd'hui.

_ Si c'est moi que vous voulez, pourquoi avoir enlevé les autres ?

_ Chaque jeune nous ait très précieux. Sur tes compagnons, nous avons réussis à rester vigilant. Nous voulions qu'ils rejoignent notre race tout autant que toi.

_ Quelle race ? Vous êtes qui à la fin ?

_ Pour l'instant sache que nous sommes les gardiens de notre mère sacrée, Gaïa. Ici, nous formons un Sept autour du Caern de cette forêt. C'est un Sept unique en son genre d'ailleurs, mais cela je vous le raconterai plus tard.


J'ai du mal à suivre et j'ai l'impression que cela était un peu le but. Gaïa ? Sept ? Caern ? Mais qu'est-ce que tout ça veut dire. La vieille Sellie s'est tue et Goldgloves enchaîne à nouveau.


_ Cela fait beaucoup de révélations à encaisser d'un coup, je le conçois bien, croyez-moi. Seulement nous n'avons pas le choix. Vous devez apprendre votre véritable nature. Comme vous l'a dit Sellie, nous sommes un peuple très ancien, enfants de Luna, qui protégeons Gaïa. Dans votre langage courant, disons que nous protégeons la terre.

_ Des écologistes quoi, fit Sarah.

_ On ne saurait être à la fois si proche est si éloigné de notre véritable définition jeune fille. Disons que nous sommes différents. Si les actions écologistes d'aujourd'hui font partie de notre préoccupation, elles sont loin de la résumer. Nous protégeons surtout l'esprit de Gaïa (J'entends vaguement soupirer Kevin) contre un ennemi dont, en réalité, vous n'avez même pas idée. Nous le nommons le Ver.

_ Vous nous avez enlevés pour nous emmener à la pêche ? Je fais, railleur.

_ Le Ver est tout ce qui est corrompue et impie. Il est le grand destructeur. Peu à peu, il ronge Gaïa et nous sommes les seuls à encore nous interposer entre elle et le Ver.

_ Je n'ai pas l'impression que ça ait vraiment marché, intervint alors Axelle. Chaque jour notre planète est de plus en plus polluée. Si vous êtes là depuis l'aube des temps, comment avez-vous pu laisser faire ça ?

_ ... Votre... faute..., fait la même voix que tout à l'heure.

_ Allons Bloodpain ! Ce n'est pas le moment de débattre de cela, reprit Goldgloves. Notre histoire est longue mais peut se résumer à peu de choses. Il y a environ 4 000 ans, les villages humains devenaient trop nombreux alors qu'ils ne maîtrisaient que l'agriculture. Notre peuple décida alors de faire régner de stricts cotas de naissances et de morts à travers chaque village. Pour tout nouveau né, un autre humain mourrait. Nous avons appelé cette loi l'Impergium et elle a été en vigueur durant 3 000 ans.

_ Mais alors... vous êtes des assassins ? S'étonne Axelle.

_ C'est plus compliqué, poursuit Goldgloves. Il y a 1 000 ans, notre peuple a décidé de lever cette loi, jugeant que l'humain pouvait être raisonné plutôt que tué. Mais nous n'avions pas prévu l'arrivée du Ver.


Goldgloves fit un arrêt. Il réfléchit à ce qu'il va dire. J'ai l'impression qu'ils ont l'air plus sérieux qu'une secte, mais je reste sur mes gardes. C'est par ce genre de réflexions que les gens se font piéger. Evidemment, ils ont tout prévu dans les moindres détails.


_ Voyez-vous, nous considérons l'univers d'une tout autre manière que la vôtre, ou du moins que de celle que l'on vous a apprise. Il existe trois entités qui régissent l'éternité. Le Tisserand, le Sauvage et le Ver. Comme son nom l'indique, le Tisserand tisse la Toile-Modèle qui apporte le changement ordonné, la progression logique et la pérennité. A l'inverse est le Sauvage qui apporte le changement chaotique et imprévisible. N'y voyez là aucune notion de bien et de mal. La Triade est au dessus de tout ça. Le Ver était autrefois celui qui restaurait l'équilibre. Lorsqu'il y avait trop de Modèle ou de Chaos, il détruisait juste ce qu'il fallait pour que l'harmonie règne. Sauf que peu à peu, le Tisserand et le Ver atteignirent la conscience. De par sa nature, seul le Sauvage n'en fut pas atteint. Le Tisserand a alors perdu le contrôle de la Toile-Modèle. L'évolution des choses est devenue incontrôlable, avançant par à coups brusques. La légende prétend que lorsque le Tisserand a regardé la Toile-Modèle, il y a vu tant de folie qu'il est lui-même devenu dément. Très vite, le Ver s'est épuisé à rétablir l'équilibre entre la folle frénésie du Tisserand et la nature chaotique du Sauvage. Le Ver a donc considéré qu'il devait détruire le Sauvage, son frère. Il voulut le jeter dans la Toile-Modèle mais tomba finalement avec lui. N'étant pas conscient, le Sauvage ne s'est pas individualisé comme le Ver. Il existe en chaque chose. De la plus petite fourmi à l'arbre géant. Mais le Ver, lui, a été perverti par des émotions comme la haine et l'envie. Il n'aspire qu'à une chose : Sortir de la Toile-Modèle où il est emprisonné. Et il n'a qu'un seul moyen pour cela. L'Apocalypse.


Goldgloves s'arrête. Je suis soufflé. Je ne connais que très peu de choses des sectes. J'ignore si elles sont toutes aussi bien préparées que celle-ci. Même en étant sur mes gardes, je dois reconnaître qu'ils sont très forts. Voyant que l'homme, envahit par l'émotion, ne parvient plus à parler (quel acteur quand même, il mérite la palme d'or, vraiment), la vieille Sellie continue.


_ Le Ver a étendu sa corruption à de nombreuses choses. Mais les humains sont ses cibles les plus évidentes. Il a étendu sa domination à travers eux et nombre de ses monstrueux enfants en contrôlent quelques uns de bien placés. La peur que les humains ont de nous, due à l'Impergium, nous a empêché de les raisonner à temps. Nous sommes les grands coupables de cet échec.


L'un des loups grogne. Je croirai presque qu'il émet une protestation. Sellie le regarde un moment puis se retourne vers nous.


_ Aujourd'hui, l'Apocalypse est là. Nous sommes les tristes générations qui verront peut être la fin du monde. Il y a aussi peu de chances d'y échapper que d'espoir de voir nos rares options aboutirent. Certains émettent des théories farfelues. Trois aujourd'hui semblent un tant soit peu réalisables. Ma tribu propose de déchirer le Voile, c'est à dire de combattre le Délire, la folie furieuse, la peur primale que les êtres humains éprouvent en nous voyant. Nous devons nous révéler tel que nous sommes aux yeux humains et leur faire accepter que nous ne leur voulons plus de mal. Que nous devons collaborer ensemble pour sauver Gaïa.

_ N'influencez pas nos jeunes, Sellie, fit un homme aux longs cheveux noirs en enlevant sa capuche. Sans vouloir vous offenser, vous défendez votre cause.

_ Oh ça va ! Répliqua une jeune femme asiatique en retirant également sa capuche. Elle leur explique.

_ Calmez-vous Shadowthin. Toi aussi Satsuki. Je vais passer à la suite, ne vous inquiétez pas !


Les dénommés Shadowthin et Satsuki rentrent dans le rang. Sellie reprend d'une voix calme.


_ Une autre tribu défend un point de vue bien opposé mais rassemblant plus de partisans. Leur solution est l'élimination pure et simple de tous les humains sans distinction.

_ C'est ridicule ! Je crie en rentrant malgré moi dans leur jeu. Et une fois tous les humains éliminés qui va se dresser contre le Ver selon eux ?

_ Calmez-vous mon jeune ami, intervient Goldgloves. Croyez-moi, vous ne possédez pas encore tous les éléments de l'histoire.

_ D'autant plus qu'il existe une troisième solution, reprends Sellie de son air serein. Elle tient plus de la croyance que de la solution d'ailleurs mais son existence a permis de ne pas mener une guerre ouverte entre nous. Cette solution consiste à protéger les forces du Sauvage que nous connaissons. Il est le seul suffisamment puissant pour le vaincre. Sauf que nous ne savons pas comment faire. Nombre de Caerns sont des lieux où s'expriment la puissance du Sauvage ou de Gaïa. Oh ! Vous ne le savez pas encore mais les Caerns sont nos lieux sacrés dans lesquels nous faisons nos réunions, nos rituels et où nous pouvons le plus facilement entrer en contact avec le monde des esprits. Ah oui, parce qu'il y a aussi des esprits.

_ Je crois qu'il faudra voir cela plus tard, Sellie, fit un homme élancé qui enleva sa capuche pour dévoiler une tête rasée. Concentrons-nous sur l'essentiel.

_ Vous avez raison, Torrence. Je suis si bouleversée par leur arrivée. Je veux aller trop vite.

_ Moi je trouve que vous n'êtes pas pressés de nous dire la seule chose qui nous intéresse.


Je commence à en avoir assez. Toutes leurs histoires sont bien gentilles, mais s'ils veulent les raconter, ils n'ont qu'à écrire un livre. Je m'approche de la table. Les loups grognent mais je m'en fout. Il paraît que je suis précieux à leurs yeux alors autant en profiter.


_ Qui êtes-vous ? Et qui sommes nous, selon vous ?

_ Nous sommes en train de vous le dire, répond tranquillement la vieille femme.

_ Vous essayer de nous endormir avec vos légendes.

_ Notre histoire est longue a raconter.

_ Peu importe ! Elles ne tiennent même pas debout. Tenez, vous racontez que les gens ont peur de vous mais si moi je vous croisai dans la rue, en quoi je saurai que vous faites parti de ce « peuple » qui a appliqué l'imper-truc.

_ L'Impergium !

_ Ouais, enfin votre génocide légendaire. Vous pensez que je vais croire que c'est marqué sur votre front quand vous vous baladez en ville ?

_ Je me balade rarement à la ville, je suis bien ici. Quant à notre marque, elle est bien plus profonde que vous ne le croyez et plus ancienne que l'Impergium même. Je crois qu'il est temps de vous révéler ce qui sera votre plus grand choc de cette nuit. Vous feriez mieux de vous asseoir.

_ Vous en faites pas pour moi, annoncez la couleur !


La vieille femme regarde ses compagnons et s'attarde sur Goldgloves. Celui-ci fait un signe de tête et elle nous regarde à nouveau.


_ Vous ne le croirez pas tout de suite, c'est toujours comme ça, mais vous êtes des loups garous mes enfants !


La nouvelle est si absurde, si ridicule qu'elle ne me fait même pas rire. D'ailleurs qu'est-ce qui est drôle là-dedans ? Des inconnus nous enlèvent d'une manière assez brutale, la bosse sur mon crâne peut encore en témoigner, nous enferment dans une cabane apparemment en pleine forêt, nous raconte des histoires à dormir debout pour finalement essayer de nous faire croire que nous sommes des loups garous. Je me tourne vers mes jeunes compagnons d'infortune. Ils sont aussi stupéfaits que moi. Sarah regarde sa main d'un air étrange. Je la prend dans les miennes.


_ Ne crois pas ça, Sarah. Tu ne peux quand même pas penser qu'elle dit vrai.

_ Je ne sais pas, fait-elle d'une voix faible. Je me suis toujours sentie si différente des autres.

_ On est tous différents ! Aucun être humain ne ressemble à un autre.


Je suis soudain surpris. « Humain ». Ils n'ont cessé d'utiliser ce mot pour parler d'autres personnes et cela m'était passé au-dessus de la tête. Une chose est sûre. Eux croient vraiment à leur baratin. Je sens Sarah trembler. Ses yeux deviennent humides.


_ Je ne sais pas...


Doucement, je la serre contre moi. J'ai l'impression qu'on vient de lui annoncer le décès d'un proche. En quelque sorte c'est le cas si elle croit ce qu'on lui a dit. L'ancienne Sarah vient de mourir. Mais je ne les laisserai pas l'avoir si facilement.

En la gardant contre moi, je me retourne lentement. Je fixe le regard de Sellie, toujours aussi sereine.


_ Je vous préviens que je ne vous laisserai pas les embrouiller comme ça.

_ Remarquable esprit de meute, constate la vieille femme.

_ Je suppose que nous allons devoir attendre la pleine lune pour avoir confirmation de ce que vous prétendez. Dommage, c'était hier. Maintenant ça vous laisse près d'un mois pour nous laver complètement le cerveau.

_ Oh non ! Nous pouvons vous prouver que vous appartenez bien à notre race, mon garçon. Pas plus tard que maintenant. Mais juste une dernière question avant cela. Ne trouvez-vous pas bizarre que ni vous ni vos compagnons n'êtes effrayés en la présence de personnes qui vous ont enlevé ?


Je ne réponds pas. Je me suis posé cette question toute la soirée, ou la nuit si j'en crois ce qui a été dit. Je ne suis pas calme. Je suis un peu énervé. Dérouté. Mais il est vrai que je ne ressens aucune peur. C'est le cas des autres aussi. Je regarde Valentine. Elle est terrorisée mais on le serait à moins à son âge. Enlevée, se réveillant dans un endroit inconnue avec des personnes inconnues. Rien ne dit qu'elle a particulièrement peur de nos ravisseurs. La vieille Sellie sourit.


_ Vous voyez ? Vous êtes guidés par vos sens, votre instinct profondément enfouit en vous. Vous savez qui nous sommes réellement. Qui vous êtes tous réellement. C'est pour ça que vous ne paniquez pas. C'est pour ça que vous êtes capables de tenir une discussion censée. Et c'est pour ça que vous ne serez pas effrayés quand Bjorn fera son petit numéro. N'est-ce pas mon cher ?


Je m'attends à ce qu'un homme encore cagoulé s'avance mais je vois un loup se faufiler sous la table. Nous ne serons pas effrayés ? J'en doute. Cet animal est de loin le plus agressif de son espèce que je n'ai jamais vu. Il a un pelage clair et hirsute. Ses yeux sont sournoisement noyés sous ses poils et je ne crois pas avoir jamais vu d'aussi gros crocs sur une quelconque créature de sa taille. Soudain ses lèvres bougent.


_ Prêts... pour spectacle... mes p'tits loups ?


Devant moi, un loup vient de parler. Je reste sans voix. Il doit prendre ça pour un consentement. Il grogne. Baisse la tête et se cambre. Je regarde ce qui se passe sous mes yeux sans y croire. Il grossit à vue d'oeil jusqu'à atteindre deux fois sa taille Ses crocs et ses griffes sont encore plus développés. Sa tête et ses pattes sont énormes. Son corps semble être composé uniquement de muscles. Sarah se serre contre moi et je lui caresse machinalement les cheveux pour la rassurer. Mais je n'en mène pas bien large non plus. J'ai l'impression que Bashir essaie d'imiter une statue à la perfection tandis que Axelle et Valentine ont des yeux comme des soucoupes. Je ne vois pas ce que fait Kevin mais le loup est très attentif. Sellie commente la transformation comme si elle faisait un cours de biologie.


_ Bjorn était sous sa forme de Lupus, c'est à dire de loup. Il vient de devenir Hispo, c'est à dire le quasi-loup ou le trois quart loup. C'est selon vos préférences. Il va maintenant atteindre la forme de demi-loup, le Crinos.


Le corps de la bête à nos pieds commence à s'étendre. Son torse devient plus large et ses pattes s'allongent, surtout les postérieures en forme incurvée sur lesquelles il peut maintenant se tenir debout. Un corps puissant avec un pelage plus court mais encore abondant se tient devant nous, faisant presque deux fois ma taille.


« Alors ? Vous aimez ça ? Demande Bjorn.

_ Maintenant, Bjorn pourrait aller jusqu'à la forme Homidé, c'est à dire forme humain en passant par le Glabro, le quasi-humain. Mais avant, il faut prendre une petite précaution. »


Un homme enlève sa capuche. Il ressemble à un amérindien. Il apporte un pagne qu'il fixe autour de la taille de la créature. Evidemment, jusqu'ici, on ne voit rien de son anatomie, mais le passage jusqu'à la forme humaine n'allait pas laisser cette condition perdurer. Bjorn recommence à grogner. Il rapetissent un peu. Ses jambes deviennent plus droites et ses bras sont moins longs. Le pelage surtout, commence à disparaître. Un très grand homme se tient devant nous. Il pourrait presque marcher incognito en ville si n'était sa taille et surtout son visage où des petits crocs dépassent un peu de ses lèvres. Mais plus choquant encore sont ses yeux à l'air sauvage surmontés de deux buissons en guise de sourcils. Il ne garde pas longtemps cette forme et continue à rapetisser pour atteindre finalement la taille d'un homme et la physionomie qui va avec. Bjorn à l'état d'homidé reste assez impressionnant. Plutôt musclé, il a de longs cheveux blond et une barbe dans le même ton. Un viking semble être sa meilleure description. Et si j'en crois son nom, ça doit être vraiment le cas.

Soudain, Bjorn rapetisse encore et se retrouve sous la forme du lupus en quelques secondes. Sellie continue ses commentaires.


_ Oui, Bjorn est né sous la forme du lupus. C'est celle qui lui convient le mieux. Passer d'un état à un autre sans les stades intermédiaires et possible mais cela demande de l'expérience. Un jour peut être, vous pourrez même transformer seulement une partie de votre corps au choix, comme votre bras ou même simplement vos griffes. Mais ce ne sera pas pour tout de suite.


Elle jette un regard circulaire sur nous, encore sous le choc.


_ Alors mon garçon ? Vous me croyez maintenant ?
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Sam 28 Aoû - 3:35

Chapitre 3 : Les tribus








Sarah commence à se calmer dans mes bras. Elle tremble encore un peu mais son état s'est considérablement amélioré depuis que Bjorn a repris sa place parmi ses amis. Le groupe qui nous fait face respecte notre silence choqué. Ils nous laissent réfléchir librement à la situation. Et sur cette situation, il y a de quoi donner à réfléchir.


Des loups garous !


Sommes-nous vraiment des créatures mi-hommes mi-bêtes ? Je regarde le loup qui nous accompagne depuis le début de cette histoire. Un lupus ? Son regard semble calme. Il me dévisage curieusement. Sait-il parler lui aussi ? Ou doit-il encore apprendre ? Dans son coin, Kevin s'est retiré dans un silence lourd. On ne voit pas son visage. Difficile de dire ce qu'il ressent. Sarah a les yeux fixes. Elle est plongée dans ses pensées. J'ai la vague impression que la situation ne lui déplaît pas. Mais pour en être sûr, il faut attendre que le choc soit complètement passé. Bashir est le seul encore capable de mouvement. Il regarde nos ravisseurs (nos frères ?) avec un air hébété, nous regarde nous, regarde ses pieds. Il y a peu, il était encore prêt à s'attaquer à ceux qui nous font face. Maintenant il patauge dans la semoule. Axelle a le dos bien droit contre le mur derrière elle. Son regard accroche le vide. Elle est concentrée. Cela ne l'empêche pas de caresser avec douceur la petite tête tressée de Valentine dont les larmes ont finit par sécher. Elle a encore les yeux rouges mais elle a un air très sérieux. Je sens que cette gamine est d'une grande intelligence.

Moi je ne suis pas tout à fait sûr d'aller bien. Je viens de voir un loup devenir progressivement un homme puis retourner aussitôt à son état de loup mais j'ai bien de la peine à croire que cela s'est vraiment passé. Est-ce que je suis un loup garou ? Bon, j'ai toujours aimé la nature, je ne peux le nier. J'ai instinctivement senti que ces personnes ne nous voulaient pas de mal, je dois l'admettre. J'aime la viande saignante, là, pas de doute. Et surtout... j'ai toujours eu cette rage en moi lorsque je me battais. Est-ce qu'elle viendrait de là ? Est-ce qu'elle viendrait de ce Sauvage en chacun de nous si présent chez les garous ?


_ Bon, on va peut être aller manger maintenant ?


Une voix nasillarde interrompt nos réflexions. Sellie se retourne, l'air fâché, vers un des hommes qui retire sa cagoule, découvrant une tête gondolée, avec quelques cheveux éparses.


_ Igor, voyons ! Vous êtes d'une impolitesse...

_ S'cusez-moi Sellie ! Mais on va quand même pas rester trois plombes devant ces gamins à attendre qu'ils comprennent enfin.

_ Ils ont déjà compris. Ce n'est pas une situation facile à appréhender.


La vieille Sellie soupire en se tournant vers nous.


_ Bien ! Je pense qu'il vaut mieux passer immédiatement à la suite.

_ Oui, répondit Goldgloves. Ecoutez-moi mes jeunes amis car nous avons encore bien des choses à vous dire. Tout d'abord, laissez-moi vous présentez Razor.


Goldgloves s'adresse à un loup que je ne vois pas bien. Celui-ci se fait prier pour se présenter et Goldgloves refait sa demande d'un ton plus ferme. Razor s'avance enfin.

J'ignore si j'ai déjà vu une créature plus laide de toute ma vie. Razor est bien un loup mais il n'a aucun poil. Il est presque totalement glabre. Seules quelques touffes disgracieuses sortent ici et là. Sa queue ressemble à celle d'un rat, quoi qu'un peu plus droite. Sa tête semble être celle d'un chihuahua particulièrement peu gâté par la nature. Même Bjorn avec son air féroce ne m'avait pas inspiré autant de répulsion.


_ Razor est un de nos jeunes, reprend Goldgloves. C'est un métis. Le fruit de l'union de deux garous. Ils sont souvent difformes ou anormaux. Surtout, ils sont tous stériles. L'accouplement entre garous est interdit. C'est une de nos lois principales. Vous en avez la violation devant les yeux.


Je suppose que Razor est doué d'une certaine intelligence puisqu'il est garou. Si tel est le cas, il est en train de subir la pire humiliation que je n'ai jamais vu. Toutefois, je ne remarque aucun signe de gène de sa part et Goldgloves continue.


_ Nombreux sont les métis rejetés de leur meute ou de leur sept, voir même de leur tribu, uniquement pour ce qu'ils sont. Ce n'est pas le cas chez nous. Razor vient d'atteindre ses onze ans et il est temps pour lui comme pour vous de suivre les rites de passage qui vous intégreront dans notre communauté.


Goldgloves fait un geste en direction de ceux qui restent et ils enlèvent leurs capuches.


_ Il est temps de faire les présentations. Mais juste avant je dois vous dire que ce sept est unique en son genre. Il est le seul à être composé des membres des treize tribus. Aucun autre sept, ni un quelconque autre groupement de garous, ne rassemble des représentants de toutes les tribus. C'est une chance pour vous d'avoir été accueillis ici. J'espère que, lorsque vous aurez compris tous les enjeux de notre société, vous aurez à coeur de protéger ce sept tout comme nous le faisons. Car vous devez savoir qu'il existe bien des dissensions entre nos tribus et que dans un cas comme le notre, maintenir l'équilibre est bien délicat. Je vais vous apprendre les diverses tribus et vous faire connaître leurs membres ici présent. Ensuite vous connaîtrez quelle est votre tribu ainsi que votre auspice, c'est à dire grossièrement la place que vous y tiendrez !


Tandis que je me fais l'impression d'être Harry Potter devant le choixpeau magique, il s'avance d'un pas.


_ Comme vous avez pu l'entendre, je me nomme Goldgloves. J'ai été élu chef de ce sept et je représente la tribu des crocs d'argent. L'histoire des garous est pleine de crocs d'argent célèbres. Très souvent les membres de notre tribu ont été des héros reconnus et des modèles. Certains nous considèrent comme des aristocrates. Je dois avouer que nous sommes assez fier de notre lignage qui est incontestablement le plus pur et le plus rare parmi celui des garous.


Pendant son discours, je peux discerner sans difficulté quelques grognements dans son dos. Goldgloves les a forcément entendu mais il fait comme si de rien n'était.


_ Vous connaissez donc Sellie. Elle fait partie de la tribu des enfants de Gaïa. C'est une tribu importante dans notre société (d'autres grognements se font entendre) car force est de reconnaître que, n'en déplaise à certains, sans elle les garous seraient probablement déjà exterminés. Les enfants de Gaïa sont généralement très sages et cherchent par tous les moyens à éviter les conflits entre les tribus garou ainsi qu'entre les garous et les humains. Je crois que la plupart d'entre eux peuvent ressembler à ce que les homidés appellent des babas cool.


Sellie se contente de nous sourire. Goldgloves se dirige vers la jeune asiatique qui est intervenue tout à l'heure et qui nous fait un petit signe de la main.


_ Voici Satsuki. Elle représente les marcheurs sur verre. Contrairement à la grande majorité des autres garous, cette tribu adore la ville. Ils se sont adaptés aux cités humaines depuis le début des grandes civilisations. Je crois ne pas me tromper en disant que leurs premiers ancêtres reconnus vivaient dans la légendaire Babylone. Certains garous éprouvent beaucoup de méfiance vis à vis d'eux (encore des grognements) mais ici tout le monde les respectent car nous nous voulons tolérants.

_ Ouais, répond Satsuki avec un rictus en regardant l'un des lupus. Ça et le fait que l'on contrôle des hordes d'esprits élémentaires urbains.

_ Disons que cela peut jouer, fait Goldgloves en s'éloignant d'un air digne.


Il s'approcha de la femme qui, après Sellie et lui-même, s'était exprimée la première.


_ Héléna fait partie de la tribu des furies noires (un grognement sonore se fait entendre et il n'est pas difficile de savoir qu'il a été poussé par Bjorn). C'est une tribu composée uniquement de femelles, si ce n'est quelques uns de leurs enfants métis. Elles sont originaires de Grèce. D'ailleurs vous avez sûrement entendu parler d'elles dans la mythologie grecque, même si les homidés d'alors leur donnait d'autres noms comme harpies ou sirènes. Il est vrai qu'elles ont appliqué l'impergium avec beaucoup de rigueur, ce qui, vous l'avez compris, n'est pas très bon pour la réputation. Ce sont les adoratrices les plus dévouées du Sauvage. Elles ne vivent que dans la nature profonde et en sortent rarement.

_ Tu oublies de dire, Goldgloves, que lorsque nous sortons, nous frappons toujours très fort. A t'entendre nous serions presque comme les indiens d'Amazonie.

_ De toute façon tu échappes à la règle Héléna, puisque tu es ici avec nous. Bon, sérieusement, il est vrai que les furies noires opèrent de manière pratiquement chirurgicale. Nombre de projets des serviteurs du Ver ont été détruits grâce à leurs attaques précises et implacables. Si une usine en construction est démolie sans raison apparente et sans que cela ne soit trop ébruité, vous pouvez être sûr que les furies se cachent derrière.


Il s'approche ensuite de l'homme aux longs cheveux noirs qui s'étaient opposés à Satsuki.


_ Voici Shadowthin des seigneurs de l'ombre. Sa tribu rassemble de grands guerriers aussi courageux et tenaces qu'ambitieux et arrogants.

_ Nous sommes encore loin des crocs d'argent dans ses derniers domaines, murmure Shadowthin entre ses dents.

_ Les conquêtes des seigneurs de l'ombre sont restés dans les annales, reprend Goldgloves. On dit même parfois qu'ils ne s'arrêteront qu'après avoir le commandement total des garous.


Shadowthin semble vouloir répliquer mais il nous jette un regard et se ravise. Apparemment, il ne veut rien laisser paraître devant les jeunes louveteaux que nous sommes. Goldgloves va ensuite vers l'amérindien qui a donné le pagne à Bjorn.


_ La présence de Wind parmi nous tient presque du surréalisme. Sa tribu, les wendigos, est composée uniquement d'indiens d'Amérique. Ils ont malheureusement été presque exterminés par l'arrivée des européens qui ont massacré loups et indigènes du nouveau continent. Ils vivent désormais presque exclusivement dans la taïga canadienne et se battent surtout pour retrouver les terres qui étaient autrefois les leurs. Les wendigos sont des maîtres en matière de survie, d'esprits et de guerre. Wind est leur seul représentant en France et probablement même dans toute l'Europe.


Wind nous fait simplement un signe de tête en guise de salut. Je suppose que l'on ne doit pas attendre de longues discussions de sa part. Goldgloves se met aux côtés de l'homme chauve.


_ Voici le représentant des astrolâtres, Torrence. Il me sera difficile de vous parler vraiment d'eux tant ils me sont encore mystérieux. Peut être que vous comprendrez mieux leur nature si je les compare à des moines zen. Ils sont très mystiques et cherchent l'harmonisation avec Gaïa. Ils ont aussi une très grande compréhension de leurs corps qui leur permet de pratiquer des disciplines martiales humaines comme lupines et disposent d'une volonté impassible. J'ignore si cela vous aide beaucoup à comprendre les astrolâtres mais je ne peux vous en dire plus.

_ Cela me semble très satisfaisant, déclare Torrence d'une voix douce.


Goldgloves n'insiste pas et passe directement au suivant, un grand homme plutôt bien bâti aux cheveux et à la barbe cuivrés.


_ Angus est le représentant des fiannas. C'est une tribu originaire d'Irlande surtout mais de tout le monde celtique auparavant. Ils sont très présents en Bretagne. Ce sont des bardes et des poètes exceptionnels. Mais ils sont également très talentueux au combat.

_ De grands esprits dans des corps de guerriers, claironne Angus.

_ Oui. Et c'est ce qui leur a donné une certaine réputation de schizophrénie... largement injustifiée, se reprit Goldgloves après que le Fiana lui ait jeté un regard intense.


Là non plus, le chef du sept ne s'attarde pas et s'avance vers une jeune femme splendide habillée comme une bohémienne avec un regard de braise.


_ Saphir fait partie des arpenteurs silencieux, une tribu nomade qui voyage sans cesse, à la fois dans notre monde, sauvage ou urbain, mais aussi dans le monde des esprits. Ils possèdent de grandes connaissances et peuvent ainsi prévoir certaines choses. A moins que ce ne soit de la vraie divination.

_ Si c'est ainsi que vous le voyez, c'est donc l'une des vérités, rétorque Saphir.

_ Bref... là encore, c'est une tribu qui aime bien garder ses secrets. Mais comme c'est un peu notre lot à tous, il serait bien mal venu de leur en faire le reproche.


Goldgloves s'approche du dernier humain de leur groupe. C'est l'homme qui a interrompu notre réflexion un peu plus tôt. A voir sa dégaine, je pense deviner à quelle tribu appartient Kevin.


_ Igor est un rongeur d'os. Cette tribu a un peu... disons... mit de côté nos idéaux. Ils sont très pragmatiques et ne croiraient sûrement pas aux loups garou s'ils n'en étaient pas eux-mêmes. Ils vivent en marge de la société humaine comme de la société garou, se retrouvant dans des taudis ou dans la rue en cherchant un moyen d'y survivre jour après jour.

_ Ouais, c'est sûr qu'c'est vachement mieux d'vouloir sauver la terre ou son esprit ou je n'sais quoi dans ce goût là en s'faisant trucider par le premier monstre venu. Quel honneur !

_ Ah oui ! Et sur tout ça, il faut rajouter une bonne dose de cynisme. Igor fait parti des nôtres car il est particulièrement doué pour ne rien faire, y compris trouver de quoi se nourrir. Il est donc le bienvenue à notre table qu'il quitte assez rarement d'ailleurs. Toutefois, vous seriez bien mal aviser de sous estimer un rongeur d'os. Ils sont rusés, connaissent toutes les rumeurs qui courent dans une ville ou une autre et, surtout, ils sont capables d'exploits peu ordinaire pour leur survie. Leur résistance et leur adaptation ont souvent eut raison de la force brutale de leurs adversaires.


Goldgloves invitent ensuite les trois lupus à avancer dans la lumière. L'un d'eux grogne.


_ ... sûr... t'as commencé par homidés... te fiche des lupus...

_ Bloodpain ne recommencez pas je vous prie. On a toujours présenté les homidés en premier quand les jeunes sont en majorité des homidés et les lupus quand ils sont en majorité des lupus. Je ne sais pas pourquoi mais on a bien vu que ça passait mieux.

_ ... pas beaucoup... entendu présenter lupus premiers... derniers temps...

_ Je sais, je sais.


Goldgloves se retourne vers nous.


_ Donc voici Bloodpain de la tribu des griffes rouges. Autant ne pas perdre de temps en vains détournements, les griffes rouges sont ceux qui ont proposé et qui restent les plus fervents soutiens de l'extermination totale des humains.

_ ... du... cancer... humain...

_ Jusqu'à preuve du contraire, Bloodpain, notre loi indique toujours que tuer un humain impunément est mal. Bref ! Les griffes rouges sont exclusivement composés de lupus qui sont tous aussi radicaux que notre ami. Seul le peu de respect qui leur reste encore pour leurs frères garou peut expliquer la présence de Bloodpain à nos côtés. Ils sont assez nombreux dans les Vosges et assez généralement en montagne, qui reste encore des endroits très naturels. Quelques uns ont beaucoup fait parler d'eux dans le Gévaudan il ya longtemps. Ils utilisaient la forme d'hispo qui est bien plus puissante et terrifiante que celle du lupus.


Goldgloves présente le deuxième loup.


_ Vous connaissez donc déjà Bjorn. Il représente les fils de fenris. C'est une tribu de guerriers qui n'ont peur de rien et surtout pas de la mort violente. On dit même que certains seraient prêts à se faire dévorer par un démon du Ver uniquement pour pouvoir lui arracher la langue avant de trépasser.

_ ... serait marrant..., acquiesce Bjorn.

_ Quelques uns d'entre nous les considère comme très courageux mais la plupart ne peux qu'admettre qu'ils sont fous furieux. Avec eux le moindre combat prend des allures de boucherie et de bains de sang. Ils se jettent dans les batailles avec insouciance voir une totale inconscience. Leur seul but est de frapper, griffer et mordre, quel que soit leur cible.


On pourrait croire qu'une telle description serait assez mal accueillit par quelqu'un de sensé. Mais Bjorn me semble content, voir fier d'être considéré comme un cinglé ultra-violent. C'est alors que je me rends compte que j'arrive, ou du moins que je crois arriver, à lire les émotions des lupus. Goldgloves s'approche du dernier loup. Celui-ci a un pelage curieux. On dirait que des formes ont été dessinées dans ses poils. Il porte un collier avec divers petites formes accrochées dont certaines ressemblent à des figurines d'animaux.


_ Pour terminer, voici Spiritual-voice des uktenas. Tout ce que l'on sait d'eux, c'est qu'ils sont les plus grands experts du monde des esprits parmi les garous. Et c'est tout. Car de toutes les tribus, ce sont aussi ceux qui parlent le moins. Les arpenteurs silencieux disent bien des choses qui n'ont aucun sens, pour nous, mais les uktenas ne lâchent pas le moindre mot s'ils ne le veulent pas. Et ils le veulent très rarement. C'est aussi une autre tribu qui n'existent pas en Europe. La présence de Spiritual-voice parmi nous est plus sûrement due à un quelconque hasard qu'à un véritable intérêt de sa part.


Bloodpain grogne mais Spritual-voice ne bouge même pas. Il nous regarde mais j'ai la curieuse impression qu'il peut voir au-delà de moi-même.

Je détourne le regard du dernier lupus. Quelque chose comme l'instinct me dit qu'il vaut mieux regarder les autres. Bashir a complètement renoncé à la colère. De toute évidence, il est absorbé par une réflexion que je devine trop bien. A quelle tribu appartient-il ? C'est le cas aussi de Sarah qui a fini de trembler. Je relâche mon étreinte et elle me regarde. Puis elle se tourne vers la table, tendue comme si elle attendait l'énoncé d'un verdict. Axelle semble réfléchir beaucoup. Sûrement trop. Ayant passé un certain temps aux côtés d'intellectuels à l'université, je sais combien certains peuvent se poser des questions inutiles durant une situation beaucoup plus simple qu'il n'y paraît. La solution ici est enfantine. On ne nous demande pas notre avis. Il n'y a qu'à attendre. Valentine me regarde et me fait un petit sourire discret. Sa peur est complètement passée à présent et je crois qu'elle comprend plus vite que nous tous ce qui se passe réellement ici. Elle ne se prend pas la tête comme un adulte ou un adolescent. Kevin a dû s'intéresser à ce qui se passait pendant quelques secondes avant de décréter qu'il n'en avait rien à carrer. Il sifflote en attendant que le temps passe. Le loup dont nous ignorons encore tout regarde l'assemblée avec calme. J'ai l'impression qu'il se considère déjà comme adopté par sa nouvelle « famille ». C'est peut être plus facile à admettre pour les lupus. Razor nous dévisage aussi. Pour lui, c'est nous les inconnus ici.

Torrence pose un gros tas de papiers sur la table et je me retourne vers eux.


_ Bien, reprend Goldgloves. Il faut maintenant que vous sachiez à quelle tribu vous appartenez, ensuite nous déterminerons vos auspices. N'ayez crainte, tout ceci se passera sans que vous ayez besoin de faire quoi que ce soit.


Il attrape l'un des papiers le lit et le donne à Sellie.


_ Déterminer votre tribu est chose aisée. Sans que vous le sachiez, votre esprit est obligatoirement rattaché à l'une d'elle. Il suffit ensuite de vous observer pour comprendre laquelle vous a déjà accueillie. C'est ce que nous avons fait ces derniers temps avant de vous inviter à nous rejoindre (eh bien, il manque pas de toupet lui). Il n'est que peu d'erreurs possibles. De plus, Sellie est une experte de ce genre de choses. Je pense qu'elle sera d'accord pour dire que cette personne-ci est une enfant de gaïa.


Sellie observe le papier quelques instants puis acquiesce. Elle lève enfin les yeux sur Valentine.


_ Tu es de ma tribu mon ange. Je t'enseignerai tout ce que je sais avec grand plaisir.


La môme lui sourit aussitôt. Elle est ravie. Goldgloves et Sellie s'emparent de plusieurs papiers.


_ Alors voyons, fait Sellie. Bashir c'est bien toi ?

_ Oui madame, répond celui-ci un peu nerveux.

_ Héléna avait raison, répond Goldgloves. Je serai prêt à perdre mes griffes si tu n'es pas un croc d'argent. Je suis donc particulièrement heureux de te souhaiter la bienvenue.

_ Et Kevin ? Demande Sellie.


Je suis obligé de le désigner pour qu'il réponde. Il porte tellement peu d'intérêt à ce qui arrive qu'il n'a même pas entendu son nom.


_ Pour toi pas de doutes non plus, reprend la vielle femme. Tu es un rongeur d'os à n'en pas douter.

_ Avec la chance que j'ai, ça m'aurait étonné aussi, fait Kevin plus pour lui-même en jetant un regard sur Igor.


Ce dernier lui porte quelques secondes d'intérêt avant de se tourner vers l'entrée, apparemment impatient d'en finir, sans nul doute pour aller manger si j'ai bien compris les explications de Goldgloves.


_ Bien alors voyons, continue le chef du sept. Sarah c'est toi ?

_ Ou... oui, répond-t-elle en me serrant la main à m'en faire mal.

_ Tu es un peu particulière. Qu'en dîtes-vous Sellie ?

_ Elle a des caractéristiques appréciées de plusieurs tribus mais dans ce dossier là, on voit bien qu'elle est une furie noire.

_ Ah oui. Cela devient évident. Héléna, en voici une pour toi.

_ Oui, notre ami lupus à présent. Il faudra lui trouver un nom. Mais nous verrons ça plus tard. Torrence, vous allez pouvoir lui expliquer plus clairement qu'il est aussi un astrolâtre. Il est sûrement issu d'un lignage réimplanté, les membres de cette tribu ne sont pas légions par ici. D'où vient-il encore ?

_ Des Alpes, répond Héléna. Mais je n'ai pas entendu dire qu'un astrolâtre était venu dans les parages.

_ Sa mère était sûrement enceinte quand elle a été capturée et apportée en France. C'est un vrai coup de chance. Décidément ces jeunes sont surprenants.

_ Axelle ? Fait Goldgloves. Passionnée de musique, de poésie et une vraie tête de mule... une fianna évidemment.

_ Cela va de soi, reprend Sellie. Razor à ton tour. Pas de mystère te concernant, tu rejoins ton père chez les uktenas. Tu peux être fier, Spiritual-voice.


En fait, ce dernier ne semblait ni fier ni agacé. Il regarde son fils quelques secondes avant de reporter son attention sur le dernier jeune à n'avoir pas encore été cité. C'est à dire moi.


_ Max, fait Goldgloves. Ton cas est particulier. Et même assez difficile à cerner. Les années que tu as passées après ta puberté sans connaître ton identité ont légèrement affecté ton comportement quotidien.

_ On dirait un ronin (c'est quoi encore ça ?), intervient Angus qui regarde par dessus leurs épaules.

_ Cela peut arriver avec les louveteaux perdus, commente Sellie. Ou ils s'adaptent extrêmement bien, heureux d'avoir trouvé des personnes qui les comprennent, ou ils quittent notre société car ils sont trop âgés pour trouver une place. Mais je ne crois pas que celui-ci soit perdu pour nous. Il a un remarquable esprit de meute.

_ Cela ne règle pas vraiment notre problème, reprend Goldgloves. J'ai bien du mal à déterminer sa tribu.

_ Il serait à l'aise dans la plupart d'entre elles. Mais je vois qu'il connaît bien la culture urbaine et qu'il sait s'y adapter.

_ Vous avez raison, ce doit être ça.

_ Max, mon grand, je crois que tu seras un excellent marcheur sur verre.


Je suis soulagé. Dire qu'il y a quelques minutes encore j'avais du mal à croire à mon enlèvement et à ce qui arrivait. Et maintenant, je sais que je suis un loup garou, que je suis accepté dans un sept et que je fais parti de la tribu des marcheurs sur verre. Et je suis étonnement calme pour quelqu'un qui vient de prendre tout ça en pleine poire en moins d'une heure.

Je ne peux que sourire à nos hôtes tandis que Satsuki lève son pouce en l'air.


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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Dim 29 Aoû - 19:44

Chapitre 4 : Les auspices






_ Je crois qu'un peu de temps de relaxation nous ferait du bien.


La déclaration de Sellie me fait plaisir. J'aimerai bien parler de tout ça d'une manière moins officielle. Surtout aux jeunes qui m'accompagnent. Je croyais la vieille femme suffisamment importante pour prendre ce genre de décisions seule mais elle regarde Goldgloves en quête d'approbation. Bien qu'elle soit éminemment plus sage que lui, elle doit lui demander son avis. J'ai comme l'impression que la hiérarchie est sévère dans le coin. Heureusement, Goldgloves acquiesce.


_ Si tu n'as plus besoin de nous Goldgloves, fait Shadowthin, et comme nous n'avons pas de jeunes à accompagner ici, pouvons-nous nous retirer ?

_ Bien sûr. Je n'ai besoin que de Sellie, Héléna, Satsuki, Torrence, Angus, Spirit-voice et Igor ce soir.


Je vois bien une expression agacée passer sur le visage de ce dernier. Apparemment, il espérait plutôt aller manger que de devoir s'occuper d'un louveteau.


_ Vous pouvez aller prendre l'air mes enfants, nous fait Sellie tandis que nos hôtes commencent déjà à quitter la cabane. Je pense qu'à partir de maintenant, nous n'avons plus à avoir peur d'une escapade.


Je ne crois pas non plus. Je vais aider Axelle à se lever et nous suivons nos « kidnappeurs » au dehors, sur la terrasse.

J'ignore encore ce qu'est vraiment un sept et un caern, ou tout du moins, quelles formes ils peuvent prendre. Je ne sais donc pas tout à fait ce que j'ai sous les yeux. Nous sommes au beau milieu d'une forêt de grands arbres feuillus. Beaucoup de chênes pour ce que je connais. Au loin, on voit une colline dépasser, elle aussi boisée, dont une partie semble être une sapinière. La cabane dans laquelle nous nous trouvions semble comme enfoncée dans les feuillages tandis que sa façade débouche sur une clairière. Elle est sur pilotis et un grand escalier de bois mène à la terrasse où nous nous trouvons. Du reste, tout est en bois ici. Plusieurs autres cabanes, ou je dirai plutôt chalets, se trouvent tout autour de la clairière, pareillement enfoncée sous la frondaison. Pour les repérer, il faut vraiment savoir qu'elles sont là. Je pense même voir d'autres bâtiments en pleine forêt mais je ne suis pas sûr de ce qu'ils peuvent être, l'obscurité et les arbres m'empêchent de bien voir. Je me demande si j'aurai un jour le regard d'un loup.

Les hôtes qui n'ont plus rien à faire avec nous (du moins pour le moment) sont déjà descendus. Il ne reste que les membres de nos tribus. Ils s'éloignent un peu. Descendent les escaliers. Nous laissent tranquille. Les jeunes restent sur la terrasse à se regarder. Razor est avec nous. Je ne sais pas encore trop quoi penser de lui aussi. L'autre lupus est assis et nous regarde calmement. Même Kevin est sorti.


_ Alors ? Qu'est-ce que vous en pensez ? Me demande Bashir.

_ Que tu ferais bien d'arrêter de me vouvoyer, j'ai l'impression d'avoir cinquante ans. Je ne sais pas quoi penser. Je crois qu'on en a tous enduré beaucoup en peu de temps ce soir. Il faut laisser le temps décanter un peu tout ce qu'on a dans la cervelle.

_ Vous croyez que nous allons rencontrer d'autres membres de nos tribus ? S'exclame Sarah qui s'adresse à moi mais a la bonne idée de soudain faire mine de parler à tout le monde.

_ Va savoir ! Après tout, Aucun d'entre nous ne s'est encore transformé en garou. Ils ont peut être pu commettre une erreur.


J'ai l'impression que Sarah m'en veux de dire ça. Mais ce que je dis n'est finalement pas si idiot et elle doit bien se ranger à un semblant de logique.


_ Tu ne crois pas que nous soyons des loups garou ? Demande Axelle.

_ Je n'ai pas dit ça. Mais peut être qu'il y a eu méprise sur un ou deux d'entre nous. Après tout ils ont bien dit que nous étions nombreux, ils ont peut-être été un peu emportés par leur enthousiasme.

_ Tout ça pour dire que toi, tu penses ne pas en être un, intervient Kevin, un sourire en coin.

_ Ouais, dis-je préférant ne pas relever l'impertinence. Enfin j'en sais rien. Ils ont eu du mal à se décider sur mon compte. Peut être que je ne suis pas un louveteau perdu, comme ils disent. C'est sûr que je connais bien la ville. Mais ça n'a rien d'extraordinaire, je passais beaucoup de temps dehors à une époque.

_ Quand tu étais ado, je parie, lance Sarah.

_ Dans ces eaux là, oui.

_ Comme moi maintenant. Sauf que je préférerai être ailleurs qu'en ville. Tu ne crois pas que c'était justement à cause de ton sang garou ?

_ C'est possible, comme ça peut ne pas l'être. Je doute que tous les jeunes qui se sentent mal dans leurs peaux soient des garous. Depuis que ce Bjorn s'est transformé, je me demande à quel moment ils vont me dire que je peux rentrer chez moi avec toutes leurs excuses.

_ Moi je ne voudrai pas que tu partes, déclare Valentine.


La môme me regarde de ses grands yeux et j'ai du mal à m'en détacher. Elle me paraît le plus sincère du monde.


_ Pourquoi ? Tu ne me connais pas après tout.

_ Je ne sais pas, je le sens.


Elle s'approche et m'entoure de ses bras. Sur le coup, je ne sais pas comment réagir. Je ne fais qu'enrouler les miens autour de ses épaules. Valentine ne pleure plus mais elle semble grave. Pour une raison que j'ignore, elle me fait une confiance presque totale. Enfin que j'ignore...

Encore cet instinct. Quelle chose curieuse. Je crois qu'il a toujours était avec moi sans que je le sache. Je viens finalement d'en prendre conscience. C'est si dur à expliquer. Quoiqu'il en soit, je sais que cette petite fille a besoin de moi pour l'instant. Que je sois loup garou ou pas. Axelle s'adosse à la porte.


_ Vous croyez qu'ils vont nous laisser repartir chez nous ensuite ?

_ Ils ne semblent pas vouloir nous retenir de force, constate Bashir. Je suppose que nous en aurons le droit.

_ Moi je préférerai rester ici, confie Sarah. Ma mère me tuera si je rentre après m'être absentée si longtemps sans la prévenir.


Je pense que Sarah dramatise un peu. Mais son regard m'a l'air si dur que je commence à en douter. J'ai comme l'impression que la vie n'est pas toute rose pour tout le monde ici.


_ Rester ici ou aller ailleurs, ça ne fait pas de différences, fait Kevin.

_ Personne ne s'inquiètera de ta disparition ? Lui demande Axelle.

_ Je suis de l'assistance ma belle. Enfin j'étais. Depuis le temps qu'ils ne m'ont plus vu, mes éducs doivent me croire mort. Et je m'en porte pas plus mal.

_ Tu vis dans la rue ? Mais tu as quel âge ?

_ Quatorze ans. C'est bien assez pour survivre quand tu es débrouillard. Mais arrêtons de parler de moi, ça me gonfle. C'est quoi ton histoire à toi ?

_ Moi, j'ai été élevée par ma tante, raconte Axelle. Mes parents sont morts dans un incendie quand j'étais toute petite. Une explosion de gaz je crois. Ma tante m'a recueillie... jusqu'à maintenant.

_ Et ça te fait quel âge ? Demande Bashir.

_ Treize et toi ?

_ Moi quinze. J'ai pas grand chose à dire sur ma vie. Je vis avec mon père mais il est tellement occupé que je le vois peu. Je sais me débrouiller par moi-même. Et toi Max ?


Je reste quelques secondes sans rien dire. Parler de ma vie n'est pas un problème, si tant est qu'il y ait quelque chose en dire, mais je viens de comprendre quelque chose. Et ça me fait mal. J'essaie de ne pas le montrer.


_ Je vis avec ma copine dans un appart' à Metz maintenant. Mais avant j'ai eu des parents. Mon père est mort quand j'avais dix-sept ans. J'ai vécu avec ma mère jusqu'à ce que j'entame mes études et que je m'installe avec Émilie. Mais je n'ai pas le moindre souvenir d'une absence prolongée de mon père durant toutes ces années avec lui.


Les jeunes se demandent ce que je veux entendre par là. Axelle est la première à comprendre.


_ Tu veux dire qu'il ne pouvait pas être un garou ?

_ Oui. Il me paraît peu probable que ce soit le cas. Et ce n'est pas ma mère, ça c'est sûr.

_ Donc il est possible que tu ne sois pas un loup garou toi même.

_ Oui, ça ou... ou l'homme que j'ai aimé pendant dix-sept ans n'étaient pas mon père.


L'impression que cette deuxième solution est la bonne s'empare de moi. En quelques secondes, sans que je sache pourquoi ou comment, elle est devenue une certitude. Comme l'instinct, cette vérité était enfuie en moi et viens de m'éclater à la gueule. Sauf que je ressens un serrement de mes entrailles et que je ne parviens pas à retenir une larme.


_ Et toi Valentine ? Tu as quel âge ? Demande Bashir pour relancer la conversation sur quelqu'un d'autre et me laisser digérer la nouvelle en paix.

_ Dix ans, fait une voix entre mon buste et mon ventre.

_ Et tu vis où ?


Avant même que Bashir ait posé la question, je savais que c'était une mauvaise idée. Mais je suis si embrouillé par mes récentes découvertes que je ne réagis pas assez rapidement pour lui dire de changer (encore) de sujet. Je sens les mains de Valentine serrer mon tee-shirt tandis qu'elle répond d'une voix devenue tremblante.


_ Dans un studio... a... avec mon père.


Je m'agenouille et la prend dans mes bras. J'aurai tout le temps de régler le problème de mes parents plus tard. Pour l'instant, je sens que cette fillette a besoin de moi.


_ Tu ne veux pas rentrer non plus, n'est-ce pas ?

_ Il... Il va me frapper... si je rentre. Personne ne me croit... quand je dis qu'il me frappe. On ne voit pas les traces. Je ne sais pas... pourquoi. Mais il me fait mal.

_ ... Normal...


Je croyais avoir assez sursauté dans la soirée mais la voix qui vient de parler me surprend. On n'avait encore jamais entendu parler Razor. La forme du lupus n'est de toute évidence pas la plus adaptée au langage humain mais il ne change pas de forme pour autant.


_ ... Garous... guérissent plus vite... seul argent... vraiment dangereux...

_ Quoi ? C'est vrai que les loups garous sont vulnérables à l'argent métal ? S'étonne Axelle.


Que ce soit parce que parler lui est difficile ou parce qu'il n'en a plus envie, Razor se contente d'acquiescer d'un signe de tête. L'autre loup semble avoir également compris ce qu'il s'était dit. Il s'approche doucement et se frotte aux mollets de Valentine.


_ Je crois que maintenant tu n'as plus à craindre ce genre de choses, murmurai-je à l'oreille de la môme.

_ C'est évident !


Je me retourne. Sellie, Goldgloves et les autres remontent les escaliers.


_ Je crois qu'il est temps que nous y retournions. Nous avons encore certaines choses à régler cette nuit.


Le groupe rentre peu à peu dans la cabane. Je prends Valentine par la main et nous franchissons la porte accompagnés du lupus. Nos hôtes reprennent leurs places et nous les nôtres.


_ Bien, commençons par toi mon ange, fait Sellie en attrapant une nouvelle feuille de papier. Alors voyons ton auspice... ton auspice...

_ C'est quoi un auspice ? Demande la gamine.

_ Oui, peut-être vaudrait-il mieux commencer par là, renchérit Torrence.

_ Effectivement ! Les auspices sont déterminés par la phase de la lune sous laquelle vous êtes nés. Ce qui en fait donc cinq. La nouvelle lune est celle des Ragabashs. Ils sont nés en dehors de la lumière de Luna et sont donc souvent en dehors de nos règles. En fait, ils sont les bouffons de notre peuple. Mais n'y voyez pas là le moindre sentiment de mépris. Un ragabash est utile à la communauté car il la remet en question. Certes de manière peu orthodoxe mais cela s'avère souvent utile. Malheureusement pour eux, leur manière d'être est souvent peu appréciée des autres. Mais leur position leur permet souvent de réfléchir et de décider lorsque d'autres suivent trop strictement les règles.

Le croissant de lune est celui des Théurges, ou si vous préférez, des prophètes. Ils ont une compréhension de notre monde ainsi que du monde des esprits au delà de tout ce qui est connu chez les autres garous. Ils sont souvent nos guides, des visionnaires. Sans eux nous serions perdus.

La demi-lune est celle des Philodox ou des poètes. Je fais moi-même parti des philodox. Ils sont reconnus pour leur sagesse et servent surtout de médiateurs. Ils sont les maîtres de l'équilibre entre l'homme et le loup. Les décisions des philodox sont des jugements souverains respectés par tous mais nous attendons toujours qu'on nous le demande car nous répugnons à nous immiscer dans les affaires des autres.

La lune gibbeuse est celle des Galliards que l'on appelle aussi les danseurs de la lune. Ce sont indubitablement les artistes et les créateurs de notre tribu. Ils pensent et agissent beaucoup par inspiration plutôt que par apprentissage. De ce fait, les galliards sont souvent considérés comme ayant peu de retenues ou de maîtrise de soi mais possédant une grande compréhension des autres ainsi qu'une capacité innée à être des guides.

Enfin, la pleine lune est celle des Ahrouns, les guerriers de notre peuple. La rage qu'ils possèdent est incomparable avec celle d'autres garous. Ce sont souvent des garous un peu rustauds qui s'embarrassent peu des bienséances sociales. Les pires spécimens parlent très fort et mangent avec leurs doigts même dans les restaurant chics. Cela en fait rire certains parmi les autres garous.

_ En tout cas ceux qui n'ont pas peur de se prendre une baffe, renchérit Satsuki.


Goldgloves a l'air outré mais Sellie fait un sourire. De mon côté j'ai du mal à réprimer un rire.

Mais les choses sérieuses sont loin d'être terminées.


_ Donc, où en étais-je ? Reprend Sellie. Ah oui. A mon petit ange. Tu agis de manière assez instinctive mais tu n'en oublies pourtant pas tes bonnes manières. Tu aimes beaucoup la musique et l'art en général même si tu n'as pas beaucoup d'occasions de t'intéresser de près. C'est quelque chose auquel tu pourras remédier en tant que galliard.

_ Bashir, fait Goldgloves ! Tu es très intéressé par tout ce qui se passe dans la société mais aussi dans le monde. Ainsi qu'à certaines choses dites inexpliquées. Je vois là un parfait croc d'argent théurge.

_ Voyons voir celle-ci. Sarah ? Tu as beaucoup de rage en toi et je vois aussi que tu es capable d'une certaine violence. Je ne t'en accable pas. Grandir avec du sang de garou est si difficile. Tu seras tout à fait à ta place chez les furies noires en tant que ahroun.

_ Je crois bien que notre ami lupus sans nom est également un ahroun, Sellie. Il est pourtant d'une nature très calme.

_ Ne vous laissez pas abuser par sa tribu, Goldgloves. C'est bien un ahroun. Mais les guerriers astrolâtres, bien qu'emplit de rage, ont également une énorme volonté pour la contrôler.

_ Alors, Axelle, à ton tour, reprends Goldgloves. Tu es très réfléchie et tu aimes la connaissance. Ton appréciation des choses est souvent juste. C'est le profil type d'une philodox.

_ Kevin ! Non respect des règles, sarcastique, vif, moqueur et d'une grande intelligence. Nul doute que tu sois un ragabash.


J'entends Kevin grommeler « et maintenant je suis un bouffon », ce qui me fait rire sous cape. Mais je dois garder mon sérieux. Mon tour approche.


_ Razor, fait Goldgloves d'un ton un peu plus solennel que pour les autres. Nous te connaissons bien, t'ayant vu grandir et évoluer. Dans ton cas pas de doute, tu es un vrai théurge.


Cette fois ça y est, c'est à moi. Je suis un peu anxieux. J'ignore complètement sous quelle phase de la lune je suis né. J'ignorais qu'un jour cela aurait une quelconque importance. Je ne me reconnais pas vraiment dans les différents auspices. Quel sera le mien ? Sellie prend une feuille et l'observe attentivement.


_ Max ! Tu sembles poser encore quelques problèmes. Ta plus grande maturité n'est pas évidente à décrypter. Néanmoins, quelque chose en toi ne peut mentir. Tu as une grande rage en toi et tu n'as pas toujours réussis à la contrôler, n'est-ce pas ?

_ Je dois admettre...

_ Ce n'est pas bien grave. D'autres garous bien plus expérimentés n'y arrivent pas toujours. Toutefois, cela fait de toi un authentique ahroun.


J'ai un peu de mal à y croire. Moi ? Un guerrier ? Je n'ai jamais beaucoup aimé la violence. Comme Sellie l'a dit, je me laisse souvent déborder par ma colère ou ce qu'elle appelle la rage, mais en temps normal, j'essaie toujours de l'éviter.

Mais déjà nos hôtes souhaitent dire autre chose.


_ Vous êtes désormais ici chez vous, déclare Goldgloves. Néanmoins rien ne vous retient ici. Peut être certain d'entre vous ont de la famille ou des amis qu'ils souhaitent rassurer. Il vous est tout à fait possible de les rejoindre mais je crois qu'il vaut mieux vous prévenir. Retourner chez soi après avoir appris tant de choses sur soi-même n'est pas facile. Il est probable qu'à partir d'aujourd'hui la plupart d'entre vous ne supporte plus de vivre comme avant, ou pire, que les personnes que vous aimiez ne vous acceptent plus pour des raisons qu'eux-mêmes ne parviennent pas à comprendre. C'est une épreuve douloureuse. Qui souhaite disparaître de la société obtiendra notre aide. A ceux qui souhaitent y retourner, je ne peux que vous dire bonne chance. Vous pourrez toujours revenir ici en cas de besoin. Que décidez-vous ?


Sans surprise, Sarah s'avance la première.


_ Ma mère me déteste. Elle ne verra peut être même pas que je suis partie. Tout ce qui l'intéresse c'est elle. Je ne suis qu'un poids mort à ses yeux. Je souhaite rester ici.

_ Ici ou ailleurs, fait Héléna. Je l'emmènerai voir nos soeurs dans les Alpes, Goldgloves. Nous y préparerons son rite de passage.

_ Je croyais que ta mère te tuerai d'être partie sans prévenir ? Fais-je à Sarah.

_ Elle craint bien plus les reproches des flics que de me perdre. Crois-moi !


Axelle s'avance alors.


_ Moi je souhaite revoir ma tante. J'espère vraiment qu'elle m'acceptera encore. En tout cas je veux essayer.

_ Je te reconduirai chez toi, déclare Angus. J'irai ensuite en Bretagne voir les septs fiannas. Je pourrai t'y emmener le prochain week-end si tout va bien d'ici là.

_ J'en serai ravie.


Goldgloves jette un regard à Bashir et ce dernier se lance.


_ Je vois peu mon père mais je l'aime quand même. Je voudrai aller le voir et essayer de lui expliquer. J'ignore s'il comprendra ou même s'il me croira. Mais comme Axelle, je m'en voudrai de ne pas essayer.


Sellie regarde Valentine qui me tient toujours la main.


_ Et toi ? Que veux-tu faire mon ange ?

_ Je ne veux pas rentrer, répond-t-elle précipitamment. Je veux rester avec vous.

_ Je m'y attendais. Mais hélas, cela pose problème. Je dois m'absenter quelques temps. Je vais prendre un pont de lune (un quoi ?) cet après-midi pour me rendre dans un autre caern en difficulté avec Saphir. Malheureusement, il y a trop de dangers là-bas pour que tu m'accompagnes. Il n'y a pas d'enfants de gaïa ici pour l'instant et je vois mal quelqu'un d'autre qui puisse te prendre en charge. Ils seront déjà si occupés. Peut être que ton nouvel ami peut t'aider.


La vieille femme me regarde. Il serait difficile de nier que la môme me fait confiance.


_ C'est possible, dis-je en imaginant la surprise d'Émilie lorsque je rentrerai. Ce n'est pas très grand chez moi mais tu y es la bienvenue.


Valentine me sourit.


_ Tu rentres chez toi alors ? Me demande Satsuki.

_ Oui. Pour être franc, je n'ai pensé qu'à ça depuis que je me suis réveillé.

_ Quelqu'un t'attends si j'ai bien compris, me fait-elle avec un petit sourire malicieux.

_ Euh... en effet.

_ Je te conduirai chez toi. Plus tard dans la semaine nous pourrons aller voir le caern des marcheurs sur verre de Metz. Je te présenterai.

_ Ce sera super, oui.


Je ne suis pas très convaincu mais je n'ose rien laisser paraître devant l'enthousiasme de Satsuki.


_ Razor restera avec nous, évidemment, reprends Goldgloves. Notre ami lupus ne peut pas retourner dans sa meute, il en a été chassé. Tu aura le temps de le prendre en charge, Torrence ?

_ Oui. Je dois juste me rendre à une petite assemblée prochainement.

_ Bien ! Il ne manque plus que toi Kevin.

_ Disons que si vous m'offrez le gîte et le couvert, je serai bien bête de retourner dans la rue.

_ C'est bien vrai ça, intervient Igor qui semble soulagé. J'te montrerai comment qu'ça fonctionne ici. T'auras plus besoin de moi après je pense.


Kevin acquiesce docilement mais son regard montre bien qu'il n'a pas plus envie d'Igor comme guide que ce dernier ne souhaite Kevin comme élève.

Tout le monde s'apprête à partir. Sarah est en grande discussion avec Héléna. Il me semble qu'elles préparent déjà leur voyage jusqu'aux Alpes. Bashir est allé voir Goldgloves pour savoir comment il allait rentrer. Axelle semble passionnée par les explications de Angus sur les mystères de la Bretagne. Kevin attends, un peu agité, que la « réunion » se termine. Il ne voit pas que de l'autre côté de la pièce, Igor a exactement le même comportement. Razor se tient face à son père, Spirit-voice. Ces deux-là ne semblent pas avoir besoin de la parole pour se comprendre. Le loup reçoit quelques caresses de la part de Valentine (je me demande soudain si cela est convenable pour un garou jusqu'à ce que je me dise qu'un loup ne doit pas avoir la moindre idée de ce qui est « convenable » ou non) avant que la fillette n'aille poser un baiser sur la joue de Sellie et que de son côté il rejoigne son mentor, Torrence. Satsuki s'approche de moi.


_ Je vais pouvoir te présenter mon bébé, il attends dehors. Tu es prêt ?


Je sens une petite main se faufiler dans la mienne. La gamine est revenue et elle me regarde en souriant.


_ Oui, nous sommes prêts à partir.




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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Dim 29 Aoû - 22:27


Chapitre 5 : Retour en ville







Le « bébé » de Satsuki n'est autre qu'une décapotable que je trouve pas mal, ce qui pour les fans de rejet de CO2 dans l'air doit donc être une merveille. C'est l'objet le plus incongru que j'ai vu dans cette forêt.


_ Euh... Satsuki, ce n'est pas risqué de rouler avec un engin pareil en forêt ?

_ Oh non ! Pas du tout ! Mon bébé et moi on se comprend parfaitement. Je peux l'emmener n'importe où.

_ Ah ? Bon !


Doutant quand même des capacités de rallye de la décapotable, je soulève Valentine et la fait passer par dessus la portière pour l'installer à l'arrière. Je jette un coup d'oeil à Satsuki qui joue négligemment avec ses clefs.


_ Attache bien ta ceinture, dis-je à la fillette.


Je m'installe à l'avant et la jeune asiatique se met au volant qu'elle caresse doucement avant de mettre le contact. La voiture ronronne aussitôt. Nous faisons un petit geste de la main à nos amis puis Satsuki démarre en trombe.

Le chemin forestier est plein de trous et de bosses. J'entends des branches craquer sous les roues et parfois un cailloux est projeté sur le côté. Dire que je suis confiant dans la tenue de route du véhicule serait un mensonge pur et simple. Pourtant, Satsuki semble très à son aise et manipule le volant avec une nonchalance éprouvante pour mes nerfs. J'essaie de faire la conversation pour penser à autre chose qu'aux arbres que nous frôlons à toute vitesse.


_ Alors comme ça, il y a un caern de marcheurs sur verre à Metz ?

_ Oui, mais il est tout petit. Nous serons cinq avec toi, si tu nous rejoins, bien sûr.

_ Seulement cinq ?

_ Oui. Remarque que pour une ville comme Metz, c'est déjà pas mal. De toute façon, nos caerns sont si précieux qu'il nous faut tous les préserver, même le plus petit.

_ Le Ver parvient à en détruire ?

_ Pire ! Il les corrompt. Ils deviennent ses lieux de pouvoirs. Nous pouvons les reprendre mais c'est long et difficile. En plus, ils sont souvent gardés par... euh... bref, passons.


Je suis intrigué par ce que vient de dire Satsuki. Mais ce qui m'inquiète le plus, c'est que je l'ai vu trembler en parlant de ce qui garde les caerns corrompus.


_ Continue, qu'est-ce qu'il y a dans ces caerns ?

_ Non, si Goldgloves ne vous l'a pas encore dit, c'est que ce n'est pas le moment de vous le révéler.

_ On nous cache encore des choses ?

_ Après tout ce qu'on a entendu, on peut en apprendre d'avantage, intervient Valentine.


Si la gamine ne l'avait pas demandé elle-même, peut être que Satsuki se serait entêtée dans son refus. Mais je sens la voiture ralentir tandis que je ne quitte pas la jeune asiatique des yeux. Elle est prise d'un tremblement léger mais apparemment incontrôlable.


_ D'accord, finit-elle par dire. Mais ne dîtes pas que je vous l'ai raconté. La grande majorité des garous n'évoquent pas cette histoire sans honte et presque aucun ne peut y penser sans en avoir peur.


Mince ! Je ne pensais pas que ce serait quelque chose de si terrible. Je regarde Valentine en me demandant si elle est capable d'entendre ce genre d'histoires. Mais après tout, je me dis qu'elle en a déjà beaucoup entendu cette nuit. Satsuki commence.


_ Vous comprendrez mieux de quoi je vais vous parler si je vous raconte d'abord l'histoire des hurleurs blancs. A la base, il n'y avait pas treize tribus mais quinze. Les bunyips d'Australie ont été exterminés, j'ignore comment. Et puis il y avait les hurleurs blancs.

Leur histoire remonte aux invasions romaines qui s'opposèrent aux pictes en Bretagne, c'est à dire l'Angleterre actuelle. Le Ver était derrière tout ça. Ils manipulaient les forces du Tisserand à travers l'armée romaine contre les forces du Sauvage qu'étaient les pictes. De nombreux fomori, les monstres du Ver, étaient dissimulés dans le camp romain tandis que de nombreux fiannas et hurleurs blancs étaient dissimulés chez les pictes. Mais certains fomori et quelques vampires alliés au Ver, ils étaient nombreux à l'époque dans les grandes cités romaines, réussirent à réveiller quelques caerns corrompus et purent ainsi submerger les pictes.

Les flaïels, les mauvais esprits du Ver, prirent possession discrètement de certains pictes et se répandirent parmi eux. Les hurleurs blancs voyaient bien que le danger menaçait leur tribu. Ils déléguèrent alors une puissante meute pour aller piller le plus redoutable des caerns nouvellement réveillés du Ver.

Ce que l'on sait ensuite a été rapporté par le seul membre qui en revint jamais, et qui ne revint pas pour longtemps d'ailleurs. On ignore le déroulement exact mais les hurleurs blancs furent entraînés dans un abîme profond et obscur par les tentacules noires du Ver.

_ Ils sont tous morts ? Demandai-je.

_ Non, pas du tout. Aucun d'entre eux n'est mort si l'on excepte celui qui a rapporté cette histoire qui a été assassiné et dévoré par ses propres compagnons.

_ Pardon ?

_ Oui ! Nul ne sait ce qui c'est passé dans cet abîme, mais lorsqu'ils en ressortirent les garous n'étaient plus les mêmes et n'avaient plus rien à voir avec les hurleurs blancs. Ils étaient difformes et monstrueux. Ils portaient la marque du Ver. Aucun d'eux n'est mort. Ils ont été corrompus. Ils ont acceptés le Ver en eux. Aujourd'hui, on les appelle les danseurs de la spirale noire. Les plus courageux ou les plus inconscients des ahrouns peuvent affronter sans la moindre angoisse des troupes entières de fomori mais très rares sont ceux qui n'ont pas au moins un pincement à l'estomac face à un danseur de la spirale noire.

_ Que s'est-il passé ensuite ? Demande Valentine. Qu'est-ce qu'ils ont fait en sortant du caern ?

_ Rien de bien joli, tu t'en doutes ma belle. Ils ont décimés la majorité de leur tribu et ont forcé les autres à suivre les voies du Ver.


Je me doute bien que des garous corrompus par le Ver doivent être des adversaires terribles. Mais j'ai du mal à en être aussi effrayé que Satsuki dont le tremblement ne s'est pas arrêté et qui regarde fixement le chemin devant elle.


_ Tu en as déjà vu, n'est-ce pas ?

_ Oui, me répond-t-elle. L'un d'eux était venu près d'un de nos caerns pour l'espionner. J'ai commencé par l'affronter seule. Je n'en serai jamais sortie vivante si les autres ne m'avaient pas entendu hurler. Il avait... Il avait les mâchoires... qui s'ouvraient sur les côtés et pas de haut en bas. En fait il avait deux têtes... accrochées l'une à l'autre par dessous. Et ça lui faisait... quatre yeux... quatre yeux qui voyaient mal mais... mais qui fonctionnaient. Il avait les doigts plus longs... que trois... mais qui étaient en fait de longues griffes. J'en ai encore la marque.


D'une main, l'autre toujours sur le volant, Satsuki releva son tee-shirt jusque sous sa poitrine. Trois longues cicatrices qui ne guériraient jamais plus se dessinaient sur son flanc.


_ Et il avait cette langue..., reprit elle difficilement en rabaissant son tee-shirt, elle était très longue et pleine de corne... Il a brisé un rocher avec.


Je pose ma main sur l'épaule de Satsuki. Pour cette fois, ça ira.

Je la sens se détendre un peu lorsque nous quittons enfin le chemin forestier pour une petite route goudronnée comme doivent les aimer les marcheurs sur verre. Je jette un oeil sur Valentine à l'arrière. Elle a avec elle un sac à dos et en a sortit un petit ours en peluche qu'elle serre contre son visage. Je lui prends doucement la main. Ce n'était pas une bonne idée d'insister, finalement.


_ Tu vas mieux ? Dis-je à l'intention de Satsuki.

_ Oui. Pardon, ce n'est pas un très bon souvenir.

_ C'est compréhensible.

_ N'aie pas peur ma belle, reprend Satsuki en regardant Valentine dans le rétroviseur. Nous avons quelques avantages sur les danseurs de la spirale noire. D'abord, c'est une tribu presque décimée. Depuis le temps, ils se sont agrandis mais nous sommes encore largement plus nombreux. Et puis surtout ils sont complètement fous. Il paraît que certains se sont déjà détruits entre eux sans raison. Même leurs corps est dément. La moindre parcelle de leur peau est folie pure. Il est souvent possible d'en tirer avantage.

_ Tu vois, fais-je à Valentine, il sont laids mais pas forcément terrifiant.

_ En fait, les garous ont surtout peur que cela recommence. C'est pour ça que les tribus qui gardent leurs petits secrets sont assez mal vu. Il y a beaucoup de rumeurs qui prétendent que les uktenas ont déjà rejoint le Ver.

_ Et c'est vrai ?

_ Va savoir. En tout cas je suis bien placée pour te dire qu'il y a beaucoup de bobards sur certaines tribus.

_ Oui, je suppose que des garous qui aiment vivre en ville sont des cibles parfaites pour ce genre de rumeurs.

_ Ouais.


Satsuki prend un virage serré à une vitesse que je juge assez limite. Elle reprend du poil de la bête. Tant pis pour le code de la route.


_ Pourtant il y en a certains qui devraient se taire. Quand on pense à l'arrogance de certains crocs d'argent alors que cette tribu est pourrie jusqu'à l'os.

_ Je croyais qu'ils avaient un lignage pur.

_ Justement. Tous consanguins. De nombreux crocs d'argents sont infestés de maladies héréditaires.

_ Même Goldgloves ? Et Bashir ? Demande Valentine inquiète.

_ Non, pas eux. Bashir ne m'a pas l'air malade du tout et Goldgloves est de ceux qui sont encore en bonne santé. En bonne santé mentale surtout. Ce n'est pas n'importe quel croc d'argent qui aurait accepté de prendre la tête d'un sept comme celui des treize.

_ Le sept des treize ? Je reprends. C'est donc le nom de celui d'où nous venons ?

_ Oui. Les seigneurs de l'ombre n'en ont pas tout de suite voulu et c'est un croc d'argent qui est devenu chef. Shadowthin s'en mord encore les doigts. Pourtant lui aussi ferait bien de se taire. Quand on sait de quoi sont capables certains seigneurs de l'ombre pour avoir un peu plus de pouvoirs. Et évidemment, certains d'entre eux n'ont pas hésité à se vendre au Ver.

_ Encore des rumeurs ?

_ Oh non, malheureusement. Des faits. Mais cela est arrivé dans plusieurs tribus. L'ambition des seigneurs de l'ombre en font juste des proies plus faciles. L'histoire des danseurs de la spirale noire a toutefois suffit à la plupart pour qu'ils ne s'y risquent pas.

_ Tu aurais d'autres choses à nous dire sur certaines tribus ?

_ Je crois que vous savez l'essentiel. Les fils de fenris sont des sauvages sanguinaires mais s'ils adoptent souvent les mêmes méthodes que les danseurs de la spirale noire, ils sont farouchement de notre côté. Les griffes rouges ne parlent que du massacre de tous les humains et je dirai que les autres sont relativement sains d'esprit.

_ Voilà qui est rassurant de faire parti de gens si attachés les uns aux autres.

_ Rassure-toi, ce n'est pas toujours facile à vivre mais on arrive encore à s'épauler dans les coups durs. Parfois.


Je sens la main de Valentine se détendre un peu dans la mienne. Nous filons un moment sans rien dire sur la route. Je ne reconnais pas encore l'endroit. Où pouvons-nous bien être ? Rien dans le paysage ne m'indique clairement où l'on est. Il n'y a que des champs et des bois. Parfois, au loin, on peut voir un petit village avec le clocher d'une église qui dépasse. Il n'y a même pas de panneaux indicateurs par ici.

Je pense à Emilie. Bon sang, qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui raconter ? Je disparais pendant une nuit puis je reviens au petit matin accompagné d'une fillette pour lui annoncer que nous sommes des loups garous. Le choc risque d'être rude. J'ai bien envie de demander à Satsuki comment cela s'est passé pour elle.


_ Tu ne sais pas ce que tu vas dire, non ?


Mais elle lit dans mes pensées ma parole. Elle me jette un regard malicieux.


_ Je sens de l'angoisse en toi. Comme tu n'as encore jamais rencontré de danseur de la spirale noire, je suppose que c'est en rapport avec celle qui t'attend chez toi.

_ Oui, j'avoue. Je ne sais pas quoi faire.

_ Tu as l'intention de lui raconter une belle histoire ou la vérité ?

_ Je ne lui ai jamais menti.

_ Ce serait peut être le bon moment pour commencer. Je te parle sérieusement. Encore que, si tu n'as jamais menti avant, ça risque de ne pas marcher. Il faut trouver un truc béton.

_ T'as pas une idée ?

_ J'ai connu un garou qui avait simplement prétexté avoir trouvé un nouveau job. Sauf qu'il était un enfant de Gaïa. Avec les marcheurs sur verre, ça aurait été possible. On a de bons réseaux pour placer nos amis. Sa femme a vite comprit qu'il lui avait menti quand il n'a pas réussi à ramener ce qui ressemblait même de loin à un salaire.

_ Vous ne l'avez pas aidé ? Demande Valentine, prenant la défense de sa tribu sans en avoir l'air.

_ Nous l'aurions fait volontiers, ma puce. Nous n'avons aucune querelle avec les enfants de Gaïa. Mais ils n'ont pas pu nous contacter à temps. Notre sept était en déplacement en Allemagne à l'époque. On a faillit ne pas en revenir d'ailleurs. Les fils de Fenris de la forêt noire sont de vrais fous dangereux. Par contre il y a quelques Fiannas qui ont monté un groupe de rock celtique. Ils se défendent bien. Leur dernier album s'est bien vendu, leurs conjoints sont heureux et ça leur permet de se déplacer sans problèmes à la moindre tournée.

_ Ouais, je reprends, sauf que je connais quelques accords de guitare, sans plus. Un boulot ne me semble pas la solution. Je n'ai pas encore fini mes études. Emilie ne comprendrait pas que je les lâche maintenant.

_ C'est joli Emilie comme prénom, fait Valentine à l'arrière.

_ Tu le lui diras tout à l'heure, ça l'amadouera peut être.

_ Peut être une soirée étudiante trop arrosée ? Propose Satsuki. Non ?

_ Pas vraiment mon genre et surtout pas sans la prévenir. Je sais qu'elle s'inquièterait trop.

_ Eh bien mon vieux, tu n'es pas sorti de l'auberge. Comment tu crois qu'elle prendrait le fait que tu vois une autre fille ?

_ Je pourrai jamais lui dire un truc pareil. Je ne sais pas si elle le supporterait.

_ Bon, je sèche. Il te reste encore la possibilité de disparaître totalement de la circulation.

_ Là c'est moi qui ne le supporterait pas. Peut être que si j'arrive à me transformer devant elle, elle me croira.

_ Ou elle fuira sans demander son reste. N'oublie pas le délire. Les humains ne supportent pas de nous voir sous notre vraie forme. Et tu aurais vraiment une chance incroyable que ta petite copine soit l'une des rares à y être immunisée. En tout cas, je serai toi, je ne compterai pas là-dessus.


Nous arrivons sur une autoroute. L'A4. Je ne l'avais jamais prise dans ce sens là. Je commence à peine à m'y retrouver un peu. Satsuki se lâche et nous fonçons à presque 200.


_ Et dis-moi, comment ça s'est passé pour toi ?

_ J'ai choisi de disparaître. Je suis de l'assistance, comme votre ami Kevin (je préfère ne pas répondre). Sauf que moi, j'aimais bien mes éducateurs. J'ai sûrement eu la chance de tomber sur des bons. Enfin bref, j'étais triste de partir d'un coup sans rien leur dire mais je savais que ça valait mieux ainsi. J'ai même écrit une lettre les mettant hors de cause dans le fait que je sois parti. Des marcheurs sur verre italiens que nous avons reçu à l'époque l'ont envoyée de Florence. Ainsi mes éducs pouvaient penser que je m'en sortais pas trop mal et personnes n'aurait plus l'idée de me courir après. Je ne sais pas s'ils ont été tranquilles après ça. J'aurai pris trop de risques en essayant de le savoir.

_ Je n'ai pas l'impression que beaucoup d'entre nous aient eu un passé heureux.

_ Oui, c'est rarement le cas. Mais que attendre d'autre d'un peuple qui se meurt lentement ? Qu'est-ce que tu comptes faire à propos de ton père ?

_ Vous nous avez espionné pendant toute notre conversation sur la terrasse ?

_ C'est parfois très pratique de pouvoir changer seulement ses oreilles en celles d'un loup. Nous voulions juste nous assurer qu'aucun d'entre vous n'avait l'intention de fuir. Je ne pense pas que vous auriez raconté tous vos petits secrets alors que vous étiez encore entre inconnus.

_ Effectivement.

_ Alors ? Qu'est-ce que tu veux faire ?

_ Je ne suis pas encore sûr. Je suppose qu'étant un louveteau perdu, je ne dois pas m'attendre à ce que les garous puissent me renseigner sur mon vrai père.

_ C'est plus sage, en effet.

_ Il me reste donc à aller voir ma mère. D'un autre côté je ne sais pas si c'est vraiment important. L'homme qui m'a élevé m'a aimé comme un fils et je l'ai aimé comme un père. Je crois que c'est le plus important. Qu'est-ce que tu en penses toi ?

_ Je crois que Sellie te dirait que tu dois suivre ce que tu penses juste. Mais moi je suis une vilaine curieuse. Je ne serai sûrement pas de bon conseil.

_ Et toi Valentine, tu en penses quoi ?


La môme est surprise que je lui demande son avis. Elle doit penser que des adultes ne prêteraient jamais attention à son avis.


_ Je... je ne sais pas ! Répond-t-elle finalement. Je crois que je serai curieuse de savoir qui c'est. Mais j'aurai peur de tomber sur quelqu'un comme mon père à moi.

_ Tu peux être sûre que tu ne tomberas plus jamais sur lui, même par hasard, réplique Satsuki. On va s'occuper de lui.

_ Vous... vous allez lui faire du mal ?

_ C'est ce que tu voudrais ?

_ Non ! Pas du tout ! Je veux juste qu'il me laisse tranquille.

_ Alors il te laissera tranquille. Et tu as ma parole qu'il ne lui arrivera rien de mal. De toute façon, ce sont les enfants de Gaïa qui s'en occuperont et là-dessus, tu peux leur faire confiance.

_ Ils ne se battent jamais ? Je demande.

_ Jamais contre d'autres garous ou des homidés, à moins d'y être obligés. Mais crois-moi, les ahrouns des enfants de Gaïa sont particulièrement meurtriers quand ils tombent sur des fomori ou d'autres créatures du Ver.


Nous arrivons au croisement de l'A4 et de l'A31. Satsuki change d'autoroute, direction Metz. Il me tarde d'y être, même si je ne sais toujours pas ce que je vais dire à Emilie. Comme si elle répondait à mon angoisse, ma bosse me lance d'un coup.


_ Au fait, dis-je en me massant le crâne, pourquoi notre enlèvement a été aussi violent ? Ne me dis pas que les garous, et en particulier les marcheurs sur verre, n'ont pas de méthodes plus douces que ça.

_ Moi j'ai juste été endormie, fais Valentine.

_ Eh bien en fait, répond Satsuki avec un air un peu gêné, aucun membre des marcheurs sur verre ne pouvait s'en occuper. Alors j'ai dû demandé à une autre tribu. Et le seul que j'ai trouvé en si peu de temps, c'était Bloodpain.

_ Bloodpain ? Des griffes rouges ? Les tueurs d'humains ? C'est eux que tu as envoyé pour m'enlever ?

_ Je n'ai pas eu le choix. Mais je savais que Bloodpain ne te tuerai pas. Il a encore un certain respect pour les homidés qui rejoignent les garous. Mais c'est vrai qu'il m'a parut curieusement content de me rendre ce service. Je pouvais juste espérer qu'ils n'iraient pas trop fort.

_ C'est raté. Attends que je le retrouve celui-là.

_ Tu le salueras gentiment. Bloodpain est un guerrier accompli et redoutable. Il occupe un rang élevé dans la hiérarchie garou. Sa renommée parcourt toute la France, et même un peu au-delà. De plus son respect envers les garous homidés n'irait certainement pas jusqu'à épargner la vie d'un louveteau qui le défie. Même Sellie ne pourrait pas le raisonner dans ce cas là. La première chose qu'un jeune garou doit apprendre, c'est de reconnaître les rangs de ses aînés. Bon, ça fait quelques années que l'on est plus aussi à cheval que ça sur la tradition. Mais je ne pense pas te surprendre en te disant que Bloodpain fait parti des plus conservateurs à ce niveau. Et à bien d'autre d'ailleurs. Je serai toi, j'y ferai attention. On pardonne plus facilement ce genre de facéties à un ragabash, encore que pour Bloodpain ça ne fasse pas la moindre différence.

_ Je vois.

_ Et puis il n'est pas si mauvais que ça. Après tout il a bien rejoint le sept des treize. Ce n'est pas facile pour certaines tribus de se mélanger aux autres selon leurs positions politiques. Les griffes rouges, les seigneurs de l'ombre et les fils de Fenris font souvent cavaliers seuls. Je ne te parle même pas des uktenas et des arpenteurs silencieux qui en ont plus ou moins fait le choix. Bloodpain a eu bien du courage de se joindre à nous. Encore plus avec le rang qu'il a.

_ Et Shadowthin et Bjorn ?

_ Pour Shadowthin, c'est différent. Il était plus ou moins question que ce soit lui qui prenne la tête du sept à une époque. Sellie a un rang plus élevé que lui mais elle est trop modeste pour accepter un tel poste. Les seigneurs de l'ombre ont hésité à donner leur aval à Shadowthin. Entre temps est arrivé Goldgloves. C'est lui qui a été choisit alors que les seigneurs de l'ombre se réveillaient enfin mais trop tard. Je crois que Shadowthin est resté avec nous car il espère pouvoir prendre la place de Goldgloves dès que l'occasion se présentera. Quant à Bjorn, c'est une autre paire de manches. C'est un bon vivant, comme beaucoup de fils de Fenris, sauf que lui a quelques notions de vie sociale en plus. Il lui arrive d'être très renfermé et parfois totalement extraverti selon son humeur... et son état d'ébriété aussi.


Satsuki emprunte une sortie d'autoroute en coupant le passage d'un camion qui ne manque pas de manifester son mécontentement en klaxonnant furieusement. Elle emprunte plusieurs petites rues sans avoir l'air d'hésiter. Je ne prends pas la peine de lui demander comment elle sait où j'habite. Nous arrivons dans le vieux Metz. Les prix des habitations y sont élevés mais comme les bâtiments ont été rénovés en petites parties, il y a encore des appartements abordables pour des gens qui ne souhaitent pas trop d'espace. Emilie et moi avions trouvé un petit F2 sympathique qu'un propriétaire particulier, heureusement ignorant de ce que les autres appellent un loyer et qui pour des être humains normaux ressemblent plutôt à un avis d'exécution, nous loua pour une somme que nous n'aurions pas espéré dans nos rêves.

Nous sommes arrivés au pied du bâtiment. Au troisième et dernier étage, Emilie m'attend. Du moins je l'espère.


_ Tu veux que je vienne aussi ? Demande Satsuki.

_ Pas pour l'instant. Je ne sais pas trop comment je vais faire.

_ Bon attends.


Elle ouvre la boîte à gants et en sort un petit morceau de carton rectangulaire.


_ Ma carte ! Appelle-moi sur mon portable si tu as besoin de moi. Je vais aller prendre un café au petit bar en face. Oh, je vais en profiter pour me prendre des croissants aussi. D'ici une heure, je considérerai que tout va bien et je partirai, OK ?

_ D'accord, merci !


Satsuki me sourit de son air malicieux puis elle embrasse Valentine sur le front avant de remonter dans la voiture pour aller se garer plus convenablement. J'ouvre la porte et m'engouffre dans la cage d'escalier, la gamine sur mes talons.
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Dim 29 Aoû - 23:10


Chapitre 7 : La décision







Je me réveille peu à peu d'une nuit que j'aurai pensé plus troublée, après le départ d'Emilie ce matin. Je n'ai pas encore eu de nouvelles. Je regarde le réveil, il est un peu plus de midi. Combien de temps lui faudra-t-il pour se raisonner ? Je l'ignore et ça m'attriste vraiment.

A côté de moi, Valentine dort encore à poings fermés. Regarder son petit visage paisible dans le sommeil me détend. C'est avant tout moi qui doit me raisonner. Emilie fait ce qu'elle peut dans une histoire de dingues à laquelle j'ai moi-même du mal à croire alors que j'y suis pleinement impliqué. Je dois lui laisser du temps et la soutenir.

En attendant, je me dis qu'un vrai petit déjeuner ne sera pas de trop après cette nuit délirante. Je me lève du matelas posé au sol et j'entends presque aussitôt Valentine gémir. Son visage devient un peu plus dur. Elle s'agite un peu. Je passe ma main sur sa joue et dans ses cheveux. Elle se calme aussitôt. Je ne suis pas psy mais je vois bien qu'elle peut sentir ma présence à ses côtés même endormie et que cela la rassure. J'ignore si elle rêve de monstres gluants ou de son père (ce qui pour moi revient au même) mais inconsciemment, elle ne veut pas être seule. Préparer le petit déjeuner dans ces conditions ne sera pas très pratique. J'essaie d'y aller doucement. Je me relève et fait quelques pas jusqu'à l'entendre gémir de nouveau. Je reviens alors et lui caresse le bras. Je mets à chaque fois un peu plus de temps à revenir. J'espère que son subconscient comprendra que je ne suis pas loin.

Il me faut bien une demi-heure pour quitter la chambre en laissant une Valentine apaisée. Je reste un peu derrière la porte mais je n'entends plus ni gémissements, ni mouvements. Je vais donc m'occuper à nouveau de la cafetière puis de faire chauffer du lait. Comme ce matin. Presque instantanément, mes pensées dérives à nouveau vers Emilie. Est-ce que je devrais essayer de la joindre ? Le numéro de portable d'Alex doit traîner quelque part. Ou peut être aller directement la voir à l'université ? Mais si elle cherchait à m'éviter, je ne sais pas si j'y survivrai. Je me doute bien que le meilleur moyen est de la laisser revenir toute seule. Le problème : Est-ce qu'elle reviendra ?

La cafetière est presque prête et le lait est à bonne température. Il est temps que j'aille réveiller la petite rêveuse si elle veut avoir encore une chance de dormir cette nuit et de reprendre un rythme normal. Je me dis que lui apporter le petit déjeuner au lit lui permettra de s'éveiller en douceur. J'attrape le plateau qu'Emilie a reçu en cadeau de bienvenue lorsqu'elle a commencé comme serveuse (quelle idée franchement, mais ça nous avait bien fait rire quand même) et j'y dépose un bol où je mélange le lait et le cacao équitable. Je beurre trois tranches de pain et y ajoute de la confiture. Puis je verse du jus d'orange dans un grand verre. Je finis par ajouter une serviette puis je prends le tout et me dirige vers la chambre.

Je pousse la porte.


_ Valentine ! Il est temps de te réveiller ma belle. Je t'apporte...


Mais je lâche le plateau sous l'effet de la surprise et c'est le fracas du bol et du verre sur le sol qui la réveille en sursaut. Elle regarde les alentours paniquée. Sa truffe hume l'air par petites saccades rapides et elle se dresse sur ses pattes. Valentine, ou du moins je le suppose, est un loup. « Elle a la forme du lupus » corrige aussitôt mon esprit mais je ne l'écoute pas. La pauvre fillette s'agite dans tous les sens et ses pattes se prennent dans le tee-shirt trop grand qu'elle déchire copieusement, comme si elle cherchait à sortir des mailles d'un filet. Mon sang froid de garou reprend rapidement le dessus. Je dois l'aider mais j'hésite à m'approcher. Malgré le fait que mon cerveau est encore un peu embrumé, je me souviens vaguement que les blessures infligées par d'autres garous sont aggravantes ou quelque chose comme ça. Et dans l'état où elle est, Valentine pourrait bien me mordre par pur réflexe.


_ Valentine ! Calme-toi, calme-toi ! Je suis là, tout va bien !

_ ... Max... Max... secours...

_ Reste tranquille, ce n'est rien de grave.


J'approche d'un pas mais elle est toujours occupée à se libérer de son tee-shirt.


_ Regarde-moi ! Allez, regarde-moi !


Elle doit faire un effort surhumain (ou surlupin) pour poser ses grands yeux (et toujours aussi beaux) sur moi.


_ Voilà, très bien ! Reste concentrée sur moi Valentine. Regarde-moi bien !


Ses pattes arrières s'agitent toujours sur le tee-shirt désormais en lambeaux. Mais son attention reste fixée sur moi et je la sens se calmer un peu. Je continue d'avancer doucement.


_ C'est très bien ma puce.


Je m'agenouille près du matelas et avance la main. Elle continue de me regarder. La panique se lit dans son regard mais je juge qu'elle est suffisamment calme maintenant. Je la prends dans mes bras.


_ Là ! Calme-toi ! Tout va bien !


Je sens son coeur battre à tout va.


_ ... Qu'est-ce... qui... arrive... ?

_ Rien de grave ma belle. Rien de grave. Tu as simplement changé de forme. C'est normal.

_ Mais... si... peux plus... changer...

_ Bien sûr que tu pourras changer à nouveau. Reste tranquille ! Je suis là, je vais t'aider. Mais tu dois d'abord te calmer.


J'entends sa respiration se faire plus profonde et plus contrôlée. Peu à peu, elle se rassure. Au bout d'un certain temps, je la lâche enfin.


_ Tu vas mieux ?

_ ... Oui...

_ Tu vois, ce n'est rien de terrible.

_ ... Non...

_ En fait, je t'envie. J'aimerai bien savoir aussi ce que ça fait d'être un loup.

_ ... C'est...


Elle marque une pause et réfléchit.


_ ... Plutot cool...


Ouf ! Je crois bien que la période dangereuse est passée. Mais je la sens encore inquiète.


_ Ne t'en fais pas, il n'y a pas de raison que tu ne retrouves pas ta forme d'homidé, non ?


Elle acquiesce.


_ Bon, je ne sais pas trop comment on fait mais je suppose que si tu te concentres, tu dois pouvoir changer à nouveau. Tu essaies ?


Valentine acquiesce encore. Elle ferme les yeux et se concentre. De longues minutes s'écoulent sans que rien ne se passe.


_ ... y arrive pas..., gémit-elle.

_ Reste calme surtout. Il doit bien y avoir un moyen. Essaie d'abord de te vider l'esprit. Tu avais peur lorsque tu t'es changée ce matin. Je l'ai senti. A mon avis il faut que tu sois parfaitement calme pour reprendre le contrôle de ton corps. Et n'oublie pas que tu dois passer par tous les stades de transformation. Ce serait trop dur que tu essaies d'arriver à l'homidé d'un seul coup.


Je m'assied à côté d'elle pour la rassurer. Il faut qu'elle y arrive. Je n'ose imaginer la tête d'Emilie à son retour en trouvant un loup dans sa chambre. « Si elle revient » me fait une petite voix intérieure fortement agaçante. Valentine se concentre à nouveaux. Et à nouveaux, l'attente est longue. Mais au bout d'un moment, je la vois grandir. Peu à peu, elle atteint le stade du hispo. Puis elle continue jusqu'à atteindre la forme du crinos. Enfin, elle devient glabro et retrouve sa forme d'homidé.

Je rabat le drap sur elle. Il ne reste guère du pauvre tee-shirt que le col. Je la reprends dans mes bras.


_ Tu y es arrivée ma belle. Je t'avais bien dit que tu le ferais.

_ J'ai eu si peur Max.

_ Je peux comprendre oui. Mais tu n'avais pas à t'inquiéter. Satsuki aurait sûrement trouvé la bonne méthode pour t'aider.

_ Tu crois qu'il faut le lui dire ?

_ Oui, mais pas tout de suite. Si elle est encore passer au sept des marcheurs sur verre après nous avoir quitté, elle dort peut être encore.


La môme acquiesce.


_ Bon ! N'empêche, ça en fait des émotions dès le réveil. Tu devrais aller prendre une douche pendant que je nettoie ça et que je te prépare un autre bol de lait.

_ Je suis désolée pour la casse.

_ Ce n'est pas grave. Tu n'y es pour rien.


Je vais lui chercher un autre tee-shirt et je retourne à la cuisine prendre une éponge et des torchons. C'est fou comme c'est collant du jus de fruit. Je dois aussi changer le drap qui a bien morflé et elle a commencé à s'attaquer au matelas. Lorsqu'elle sort de notre petite salle de bains, je retrouve une Valentine souriante et chaleureuse qui s'empresse de boire son bol de chocolat chaud. Je bois un bon café serré et remarque que la gamine porte les mêmes vêtements que la veille. Evidemment, ils n'ont pas pensé à l'enlever avec des affaires de rechanges. Et merde, moi qui adore faire les magasins plus que tout. Je suis au comble de l'enchantement.


_ Bon, je vais aussi aller prendre une douche et ensuite nous irons t'acheter des nouveaux vêtements.

_ Satsuki a dit que les enfants de Gaïa iraient voir mon père. Ils récupéreront mes vêtements à ce moment-là.

_ Oui, mais ils sont indisponibles pour l'instant et on ne sait pas pour combien de temps.


Valentine doit bien se ranger à mon avis. Je lui montre quelques DVDs qu'elle peut regarder en m'attendant, lui conseillant fortement de regarder « mon voisin Totoro » de Miyazaki. Conseil qu'elle décide de suivre.

Je vais donc prendre ma douche. Dans l'état où je suis, c'est une vraie bénédiction. J'entends vaguement la télévision sous les clapotis de l'eau. Mais lorsque je coupe l'eau, j'entends distinctement des voix qui ne sont pas crachées par un haut parleur. Je saisis une serviette que je m'enroule autour de la taille et je m'approche de la porte. Valentine parle à quelqu'un. Et lorsque cette personne répond j'en ai le coeur qui se renverse. C'est Emilie. Je ne comprends pas très bien ce qu'elles se disent. Je dois sortir. En d'autres circonstances, me présenter devant Emilie vêtu d'une simple serviette pourrait s'avérer être une idée fort intéressante. Mais il ne faut pas être sorti de polytechnique pour comprendre que c'est un moment particulièrement mal choisi pour ce genre de fantaisies. Je ramasse rapidement mon jean et mon tee-shirt et je me dépêche de me rhabiller.

Je sors de la salle de bain et quatre yeux (tous aussi beaux les uns que les autres) se tournent vers moi. Emilie me sourit. J'ai soudainement l'impression d'avoir des ailes.


_ Elle m'a un peu expliqué votre nuit. Les tribus et les auspices. C'est... intéressant.

_ Euh... oui.


Eh ben bravo. Je me retrouve comme deux ronds de flan et c'est Valentine qui fait mon boulot.


_ Je n'ai pas trop suivi mes cours ce matin (tiens donc !). Mais j'ai déjà un peu réfléchit.

_ Tu en penses quoi jusque là ?

_ C'est encore un peu flou.


De toute évidence, elle ne veut pas parler de ce genre de choses devant la môme. Si elle savait ce que la petite a entendu depuis hier soir, elle serait sûrement moins précautionneuse. Elle préfère changer de sujet.


_ Qu'est-ce qui va se passer maintenant ?

_ Dans un premier temps, pas grand chose. Je vais peut être aller voir ce qui semble être ma tribu dans la semaine. Ils m'en diront plus, enfin j'espère. Sinon on aller juste sortir pour lui trouver des vêtements.

_ Ah, bien !


Je me doute de la réponse mais je sais que je m'en voudrai si je ne pose pas la question.


_ Euh... tu veux venir avec nous ? C'est à dire... tu me connais... je suis pas très doué pour faire les magasins.


S'il existait un concours des excuses les plus foireuses, je devrais m'y inscrire sans tarder tellement ce que je dis sonne faux. Il suffit d'accompagner Valentine et de la laisser choisir ce qui lui plaît. Je suis sûr que même Kevin y arriverait. En tout cas, la môme est suffisamment intelligente pour comprendre que je marche sur des oeufs et que la moindre excuse, fut-ce la plus pitoyable, est à peu près tout ce qui me reste pour ne pas sombrer dans le désespoir. Elle choisit donc de ne pas relever le fait qu'elle est tout à fait capable de se choisir un pantalon ou un tee-shirt.


_ Je crois que tu survivras, réponds Emilie. Tu ferais bien d'aller te changer si tu veux sortir.


Pas besoin de décodeurs pour ce genre de message. Même Valentine l'a compris. La preuve, lorsque Emilie me suit dans la chambre et referme la porte derrière elle, la môme relance son dessin animé et met le son un peu plus fort pour bien nous signifier qu'elle ne nous espionne pas.

Emilie se jette dans mes bras et m'embrasse soudainement. Je ne comprends plus mais je ne cherche pas longtemps. Je lui rends son baiser, espérant qu'il ne signifie pas un adieu. Puis elle s'écarte.


_ Je voulais en être sûre. Mais oui, je t'aime. Là-dessus je n'ai aucun doute.

_ Je t'aime aussi.

_ Je sais. Ecoute, ce que j'ai à te dire n'est pas facile.


Je doute que ce soit plus compliqué que d'annoncer à quelqu'un que l'on est un loup garou. Mais ce n'est pas vraiment le moment de placer ce genre de réflexions. Elle s'écarte de moi.


_ Je crois qu'il est préférable que je parte...


Mon coeur s'arrête.


_ ... quelques temps !


Il recommence à battre, mais pas au mieux de sa forme. Je ne sais pas vraiment quoi dire. J'ai déjà tellement de mal à tout saisir moi-même qu'il me paraît dur d'être suffisamment convaincant pour la retenir. Pour me donner une contenance, je vais ouvrir l'armoire et y cherche de quoi me changer.


_ J'ai besoin d'y réfléchir à tête reposée. Je vais aller faire un tour chez ma tante dans les Vosges. J'y resterai quelques jours. Le temps de faire le point. Je n'y arriverai jamais si je me laisse emporter dans les évènements. Il y a trop de choses qui arrivent d'un coup.

_ Je comprends. Si j'avais le choix, je ferai pareil.


Le coup est dur mais je suis sincère. J'aimerai bien avoir le temps d'y penser aussi.


_ Je voulais juste que tu saches. Je t'aime et je voudrais pouvoir encaisser ça sans difficulté. Mais ce n'est pas le cas. Nos vies vont être bouleversées. Elles le sont déjà. Je veux t'aider mais je dois aussi savoir ce que tout ça va impliquer pour nous. C'est comme mener une double vie.

_ Je ne veux rien t'imposer Emilie. Si jamais tu en arrives à la conclusion qu'il vaut mieux pour toi que tu t'en ailles, je ne t'en voudrai pas. Je ne sais pas encore tout de ce qui m'attends mais je sais que ça va demander beaucoup de sacrifices. Ce sera même très dangereux. Et je n'ai pas le droit de t'imposer ça.


On s'enlace à nouveau. Savoir que c'est peut être la dernière fois me tue.


_ Valentine m'a expliqué pour le Ver, enfin, rapidement. J'ai peur pour toi.

_ J'ai peur aussi. Mais peut être que je peux me battre contre ça. Je ne sais pas si c'est une chance ou une malédiction. De toute façon, je n'ai plus vraiment le choix. Si je peux faire quelque chose contre ce genre d'horreurs, peut être que ça vaut le coup.


On ne dit plus rien. On reste là, l'un contre l'autre. J'aimerai ne plus jamais bouger. Mais il faut bien que ça cesse. Emilie s'écarte à nouveau.


_ Tu ferais bien de vraiment te changer. Tu vas la faire attendre. Tu sais comme les filles aiment le shopping.


Elle me sourit. Je fais de même. Pourtant l'ambiance est loin d'être le comble du bonheur. Je m'habille et nous sortons de la chambre.

Poliment, la gamine arrête à nouveau le DVD.


_Eh bien au revoir Valentine, fais Emilie. On se reverra bientôt.

_ Je l'espère, répond-t-elle.


Emilie me jette un dernier regard puis elle se détourne et sors rapidement. J'ai du mal à quitter la porte des yeux. Je sais pourtant qu'elle ne se rouvrira pas.


_ Comment ça va ? Fait la môme.

_ Je ne sais plus.


Elle se lève et va éteindre la télévision. Puis elle prend ma main.


_ Alors, on y va ?


Je sors de ma transe. Ce n'est plus le moment de penser à ce genre de choses.


_ Par pitié, dis-moi que tu n'es pas une folle des magasins.

_ Non ! A moins qu'il y ait une boutique de Dolce & Gabana à Metz ?

_ Euh... Valentine... ma puce... disons que question budget, il vaut mieux être « raisonnable » quand même.

_ Je rigole Max ! De toute façon, « budget raisonnable », je connais ça aussi.


Nous sortons. Je me dis que finalement ce n'est pas plus mal qu'à un certain âge on ne connaisse pas déjà tout.

Dans la rue, Valentine est émerveillée. Elle m'explique qu'elle vivait dans un petit appartement et qu'elle ne sortait que pour aller à l'école ou pour faire les commissions. Son père ne s'occupait quasiment de rien, en dehors de boire du rhum et de la corriger si elle avait fait quelque chose de travers. Avec le temps elle ne faisait plus d'erreur dans la cuisine ou le ménage. Alors il la battait juste pour garder l'habitude. Elle ne raconte pas ce genre de choses à la légère mais elle parle avec un sentiment de liberté bien perceptible. Le fait que sa vie ait été chamboulée si soudainement a apporté un changement aussi bienvenue que radical et irrévocable. C'est une vie qui est désormais bel et bien derrière elle. Et finalement si les garous ont au moins permis ça, c'est que ça valait le coup de nous plonger tous au coeur de l'apocalypse sans qu'on ait rien demandé.

D'ailleurs je me dis que l'apocalypse doit être une partie de plaisir à côté de ce qui m'attends. Nos chers frères garous ayant eu l'excellente idée de nous enlever le vendredi soir, nous voilà en plein quartier commercial un samedi après-midi. Les créatures du Ver ne pourront jamais être aussi grouillantes que ces centaines de personnes qui se bousculent de tous les côtés. L'apocalypse ? Quelle rigolade ! Je m'aperçois à quel point cela fait longtemps que je n'ai pas pratiqué le léchage de vitrine (pas depuis mon enfance au moins) en observant ces horreurs malsaines que les boutiques appellent des prix. Je suis sûr que même le Ver n'oserait pas aller jusque là. Il m'apparaît ce paradoxe étrange qu'un quelconque vêtement qui utilise moins de tissu qu'un autre sera pourtant plus cher. C'est la mode apparemment. Je me résous à n'y jamais rien comprendre.

Valentine ne sait plus trop où regarder. Du moins au début. Elle doit se rappeler ensuite que mon portefeuille n'est pas très épais et se rabat sans rien dire sur les boutiques que même un myope au dernier degré ne pourrait confondre avec l'un de ces temples du luxe. Nous finissons par entrer dans l'un d'eux. On voit tout de suite qu'elle a l'habitude de faire des achats, mais c'est la première fois qu'elle peut choisir uniquement ce qui lui plaît. Elle hésite et je prend mon mal en patience. Je ne me sens pas très à l'aise dans ce genre d'endroits mais je tiens à ce qu'elle se fasse un peu plaisir. Elle choisit plusieurs hauts et pantalons puis se dirige vers les cabines d'essayages. Pendant qu'elle essaie une à une ses trouvailles, je me fait l'impression d'être vraiment ridicule. Sur toutes les affiches du magasin, on voit des types aux carrures d'athlètes, bien coiffés et avec juste un peu de poils au menton pour faire baroudeurs tout en restant soignés. J'ai les cheveux un peu trop longs et un peu trop de pilosité (encore que sous certaines formes, ça pourrait être pire) pour coller avec l'endroit. Valentine, s'il te plaît, dépêche-toi. La môme ressort finalement avec un air déçu.


_ Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne les trouve pas à ton goût finalement ?

_ Non, ça va mais... Je ne me sens pas bien dedans.


Elle a un air bizarre.


_ C'est pas grave, on va aller ailleurs.

_ Oui, mais j'aimais bien ceux-là. C'est comme s'ils me démangeaient. Mais d'une manière bizarre. Je ne sais pas.

_ Tu fais peut être une allergie à un truc chimique qu'ils auront mis là-dedans. Je vais quand même en prendre un. On le montrera à mon médecin. Peut être qu'il saura d'où ça vient.


Je prends l'un des tee-shirt et nous allons reposer le reste. Nous passons en caisse et sortons. Ouf, enfin l'air libre. Autant qu'il peut l'être en ville. Nous avançons dans la rue. Valentine n'a plus trop le moral.


_ Tiens, tant que j'y pense, je dois aller acheter du cacao. Il ne nous en reste presque plus. Je vais le prendre dans une boutique de commerce équitable. Ce n'est pas loin.


La môme acquiesce. Sa curiosité de voir une telle boutique semble l'emporter sur sa déception. Après quelques mètres, nous nous engageons dans une petite cour. Tout au fond se trouve le magasin de l'association « Artisans du monde ». Lorsque nous entrons, nous sommes accueillis par les salutations chaleureuses de deux femmes âgées qui tiennent bénévolement la caisse de la boutique. Cette association vend beaucoup de choses, dont des vêtements, même s'il y a très peu de choix. Valentine y jette un coup d'oeil tandis que je prends du cacao, du café, du thé, de la confiture et quelques fruits et légumes.


_ C'est joli ça !

_ C'est une jupe faite par des femmes aux Philippines, répond l'une des femmes. Aucun enfant ne s'est usé les doigts dessus.

_ Tu la veux ? Je demande.

_ C'est un peu cher, réplique la gamine avec un regard d'excuse vers la vendeuse.

_ C'est le principe du commerce équitable, puceron. Regarde voir si tu ne trouves pas un haut qui te va aussi. Ce n'est que de l'artisanal, si tu es allergique à ça, c'est que tu n'as vraiment pas de chance.


Valentine trouve son bonheur et va se changer dans l'arrière boutique. Non seulement elle ne fait aucune réaction bizarre mais je trouve que ça lui va très bien. Nous prenons finalement les deux seules jupes des Philippines du magasin, deux chemisiers faits au Paraguay et un pull léger venant du Laos. Mon banquier fera peut être un peu la tête ce mois-ci. Nous sortons soulagés.


_ Voilà qui devrait suffire dans l'urgence.

_ Euh... Max, je n'ai plus de sous vêtements non plus. Ils n'en ont pas ici.

_ Ah oui, évidemment. Je suppose qu'avec du 100% coton tu ne risque rien. Par contre ça ne te fais rien si je t'attends dehors sur ce coup là ?


Valentine rit de bon coeur. Nous faisons donc encore une halte rapide dans une boutique quelconque avant de retourner enfin à l'appartement. Je suis épuisé. Le double départ d'Emilie, les explications de l'enlèvement, la transformation de Valentine et les boutiques ont eu raison du peu de repos que j'ai pu prendre ce matin. Je m'écroule dans le canapé. Valentine vient m'y rejoindre et se love contre moi. Nous regardons la fin du dessin animé sans bouger. Je fais ensuite quelques pâtes que nous mangeons en nous demandant à quoi peut bien ressembler un rite de passage. Valentine espère que je serais avec elle quand elle devra le passer. Puis nous choisissons un autre DVD à regarder avant d'aller se coucher. Mais Valentine s'endort dans mes bras peu avant la fin. Je reste presque une heure sans bouger après le générique. Je n'ai pas envie de la réveiller, même s'il le faudra bien. Je me demande à quoi peut bien penser Emilie en ce moment.
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Dim 29 Aoû - 23:26

Rite de passage


Chapitre 8 : Reviens








C'est le son grelottant et mal fichu de la sonnette qui me réveille ce matin là. Heureusement, son volume n'est également plus ce qu'il était. Valentine gémit un peu mais ne se réveille pas. Je me lève, enfile rapidement mon pantalon et me précipite, autant que je peux, sur la porte. J'ai l'espoir qu'Emilie soit de retour mais je ne suis finalement pas surpris de voir entrer Satsuki. La seule différence entre la jeune marcheuse sur verre et une tornade, c'est que les météorologues arrivent à prévoir cette dernière. Tandis que Satsuki fonctionne à la millier d'idées à la minute, sachant qu'elle ne peut s'empêcher d'appliquer celles qui sont le plus marrantes à son goût.

Elle entre donc dans l'appart' sans prévenir.


_ Salut ! Je vous ai apporté de quoi petit déjeuner.


Elle pose un paquet contenant apparemment une brioche. Ce genre d'idées, elle peut les réaliser quand elle veut.


_ Et où est la plus belle ?

_ Elle dort encore, il vaut mieux baisser d'un ton.


Je ne cesserai sûrement jamais de dire à quel point Valentine est une enfant merveilleuse. Elle a notamment ce don d'avoir charmé Satsuki au point de calmer son énergie si cela s'avère nécessaire. Comme en ce moment.

La jeune femme s'assied donc gentiment dans le canapé pendant que je prépare un café. Elle saisit l'un des journaux qui traîne à côté.


_ Tu as suivi l'actualité régionale assidûment on dirait.

_ Je voulais voir s'ils signaleraient la disparition de Valentine quelque part.

_ Et alors ?

_ Pas le moindre mot. Les enfants de Gaïa ont déjà été voir son père ?

_ Non, ils n'en ont même pas eu besoin. Pour l'instant il doit plus s'inquiéter de comment il va manger ce soir plutôt que de savoir où se trouve sa fille.

_ Pas un mot sur la disparition de Kévin non plus. Mais si ça se trouve, ça fait des mois qu'il s'est barré de son centre. Et il a fallut attendre lundi pour que la mère de Sarah déclare sa disparition.


Satsuki prend le journal correspondant et cherche l'article. Elle affiche l'air surpris que j'attendais lorsqu'elle le trouve.


_ C'est quoi cette photo ?

_ Apparemment c'est Sarah. Enfin quand elle avait 7 ou 8 ans.

_ Curieuse façon de chercher une fille qui en a déjà 14.

_ Si la rechercher est le but. J'ai l'impression qu'elle n'exagérait pas quand elle disait que sa mère se souciait moins d'elle que de ce que les flics pensaient.


Le café est prêt. J'en apporte une tasse à Satsuki et m'assied à côté d'elle.


_ A ce propos, tu as eu des nouvelles des autres ?

_ Non, ce n'est pas mon rôle. Kévin est toujours au sept pour ce que j'en sais. Sarah doit être au beau milieu des Alpes avec les furies noires. Je n'ai rien entendu concernant les deux autres homidés. Quant à attendre des informations de Torrence sur le lupus, on a intérêt à être très patient.

_ Je vois. Il n'y aurait pas comme un léger problème de communication chez les garous ?

_ Si seulement il n'y en avait qu'un. Enfin, dis-moi plutôt comment ça s'est passé ces derniers temps. Valentine n'a plus changé de forme involontairement ?

_ Non, plus une seule fois. Pour l'instant.

_ Je ne pense pas que ça devrait se reproduire. Elle s'est sentie vulnérable ce matin là et son instinct l'a poussé à prendre une forme plus apte à la défense. C'est rare mais pas inquiétant. Et sinon ?

_ Pas grand chose. On se tient bien tranquilles. Ces derniers jours, je l'ai un peu baladé dans Metz. Elle a bien aimé l'esplanade et le plan d'eau. Moi je lui ai montré les vielles pierres que j'aime bien, comme la place Saint Louis. Ah oui, j'oubliai, on a réessayé de lui acheter des vêtements mais elle a encore dit qu'elle se sentait mal à l'aise.

_ Mal à l'aise ?


Cette information semble l'intéresser.


_ Oui, c'était déjà arrivé la première fois. J'ai gardé un tee-shirt. J'aurai bien aimé qu'un médecin y jette un coup d'oeil.

_ Amène-le moi !


Je me lève, rentre doucement dans la chambre et prends le sachet dans lequel traîne encore notre premier achat. Après avoir refermé la porte, je vais le donner à Satsuki. Elle semble hésiter à prendre le vêtement en main.


_ Tu aurais dû m'en parler plus tôt ! C'est dangereux !

_ Ce Tee-shirt ?

_ Oui. Souillé par le Ver !

_ Quoi ?


Je regarde le tas de tissu au fond du sachet.


_ C'est une de ces méthodes d'action. Il contamine les humains avec pleins de choses souillées de mauvais sentiments qui les influence dans leur comportement quotidien.

_ Je croyais que c'était juste un composant du tissu qui était défectueux.

_ C'est une autre méthode employée, mais là c'est bien plus grave. Il va falloir que tu t'habitues que ce qui te semblait logique autrefois deviennent complètement faux. Le Ver essaie de répandre la corruption à travers les humains et la consommation est un des moyens les plus sûr d'arriver à ses fins. Il contamine des vêtements, de la nourriture, des outils et même des jouets pour enfants.

_ Ce n'est pas possible...

_ Et pourtant ! Tiens, l'année dernière, une fillette de 8 ans a tué ses parents à coup de scalpel aux USA. Quelques jours plus tôt, elle avait reçu pour son anniversaire une « trousse de petit chirurgien du docteur Chukles ».

_ Tu veux dire que...

_ En fait, il s'agit d'un fétiche du Ver qui contient un esprit malsain.

_ Mais... il n'y avait quand même pas un vrai scalpel dans cette boîte de jeu ?

_ Oh non ! Juste un en plastique avec une seringue en plastique, un stéthoscope en plastique et un masque de chirurgien. Sauf que lorsque ses parents n'étaient pas là, ou lorsque c'était la nuit, le scalpel devenait en métal, la seringue avait une vraie aiguille et contenait un puissant poison paralysant, et enfin le masque de chirurgien exhalait une étrange odeur enivrante.

_ C'est... hallucinant.

_ En quelque sorte oui. Mais l'esprit souffle ensuite quelques idées particulières à l'enfant. Par exemple si son papa à la migraine, il fallait l'opérer en urgence dès qu'il serait couché. Après tout, plus de tête, plus de migraine.


Je suis révulsé. Je repose ma tasse de peur de la renverser. Satsuki remarque mon agitation.


_ Ne t'en fais pas. Premièrement on se fait à ce genre de nouvelles. Et ensuite nos rues ne sont pas pleines de petits meurtriers en puissance. Tu serais surpris de voir combien d'enfants ont assez de volonté pour ne pas obéir à un esprit.

_ Et le tee-shirt ?

_ C'est plus insidieux. Une façon simple et discrète d'irriter les gens un peu plus dans leur vie stressante et de les mettre en rogne pour les rendre moins sociables. Je suppose que vous avez trouvé ça dans un magasin assez bon marché.

_ Oui.

_ Tu aurais dû m'appeler. J'ai un peu plus de moyens grâce aux marcheurs sur verre. En plus j'aurai été ravie de faire les boutiques avec ma petite Valentine. Le Ver pratique des prix bas sur les produits souillés pour pouvoir mieux toucher une masse de gens importants.

_ Mais... comment le Ver y connaît quoi que ce soit en commerce ?

_ Oh il a bien d'autres préoccupations. Mais il y a longtemps, il a corrompu un chef d'entreprise qui faisait dans le pétrole au Texas. Avec bien des coups bas, c'est devenu une puissante multinationale. Elle ne fait plus rien maintenant. Elle contrôle des centaines, voir des milliers d'entreprises à travers le jeu de l'économie mondiale. Tu as déjà entendu parler de Pentex ?

_ Non, ça ne me dit rien. Je croyais pourtant être bien informé sur ce genre de choses.

_ Ne t'inquiète pas, c'est normal. Son conseil d'administration est bien évidemment pourri jusqu'à la moelle et, évidemment, acquis corps et âmes au Ver. Ils complotent des coups contre Gaïa. Par exemple, la dernière marée noire sur les côtes bretonnes, c'est eux. Sauf que les autorités doivent d'abord s'occuper de l'équipage du bateau, puis de l'armateur, de l'affréteur, du client. Généralement ça ne va pas plus loin. Et même si c'était le cas, il faudrait remonter encore de plusieurs dizaines d'entreprises intermédiaires avant de tomber enfin sur Pentex. La plupart ignore même qu'elles travaillent pour le Ver et ses sbires. Certaines n'ont pas besoin d'être aidées par la Pentex pour mépriser l'environnement. Les clients surtout ignorent tout des produits qu'ils achètent. La preuve, même-toi tu as eu ce tee-shirt.

_ Qu'est-ce qu'on peut faire contre ça ?

_ Survivre ! On a malheureusement peu de moyens de combattre directement la Pentex. Mais ses soldats nous traquent à peu près partout. Leur jeu favori c'est de construire une centrale nucléaire là où se trouve un caern afin de le corrompre irrémédiablement. De temps en temps on se défoule en démolissant l'une de leur entreprise « avérée », quand on en trouve surtout. Les marcheurs sur verre sont bien placés pour se tenir au courant des projets indirects de la Pentex et les empêcher d'agir.

_ Et pourquoi Valentine a pu le sentir ?

_ C'est sûrement un de ses dons. Les garous ont quelques petits pouvoirs qui leurs sont naturels ou qu'ils peuvent apprendre, mais difficilement. L'un d'eux, assez répandu, est de sentir le Ver, c'est à dire de pouvoir repérer ceux qui portent sa marque, comme ses monstres, ou les choses qu'il a souillé. Mais Valentine n'a pas encore assez d'expérience pour l'utiliser correctement. Sinon elle n'aurait jamais touché ce truc.

_ Super. Et il y a encore d'autres trucs que le Ver a mis en place ?

_ Et bien si tu survis aux danseurs de la spirale noire, à la Pentex, aux fomori, aux monstres divers et aux flaïels, tu peux encore t'intéresser à Malféas.

_ Allons bon, c'est quoi encore ça ?

_ C'est le royaume du Ver dans le monde des esprits. Je serai bien incapable de te dire ce que tu pourrais y trouver, en dehors de hordes de flaïels je suppose, je ne m'intéresse pas trop au monde des esprits. Un théurge pourra t'en dire plus. Il paraît que c'est dans ce genre d'endroits que ce sont retrouvés les hurleurs blancs avant de devenir les danseurs de la spirale noire.


Je me lève pour aller chercher un autre café. C'est encore beaucoup d'informations à ingurgiter d'un coup. C'est même assez violent quand on vient de se lever. J'ai du mal à réaliser la puissance du Ver. Il a l'air impossible à combattre. Putain, mais dans quoi je suis embarqué ?


_ Bon ! Ce sera tout cette fois ? Je veux dire, le Ver a encore d'autres facettes ?

_ Oh, il essaie bien des choses mais rares sont celles qui réussissent selon ses espérances. Sinon je crois n'avoir rien oublié. On peut encore parler des vampires si tu veux.

_ Ah oui, y'a aussi les vampires (je me sens las d'un coup). C'est quoi le problème avec eux ? Ils sont aussi affiliés au Ver ?

_ Certains garous le croient. Mais il semblerait qu'ils soient indépendants. Là où ils sont énervants, c'est qu'ils sont très présents dans les villes.

_ Très embêtants pour des marcheurs sur verre donc.

_ Surtout, mais pas seulement. En fait ils essaient de contrôler les humains. Enfin les « gérer » serait un terme plus juste. En gros ils doivent favoriser le développement du bétail.

_ Sympathique. J'en ai à peine froid dans le dos.

_ Toi tu ne risques plus grand chose des vampires. Enfin pas des jeunes en tout cas. Ils sont englués dans leurs problèmes politiques, ils cherchent tous à se dominer les uns les autres.

_ Bizarre, ça me rappelle quelque chose.

_ Je sais. Mais ne va pas dire ça à un fils de Fenris. En fait les vampires sont plus individualistes. Les garous ont encore le respect de la tribu.

_ De mon point de vue, ça ne fait pas une grande différence.

_ Enfin bref, sinon, il y a encore quelques mages qui peuvent nous poser problèmes. Les chasseurs de sorcières aussi quand ils n'ont plus de vampires à traquer. Ah, et il y a ADN.

_ Je ne sais pas si je veux savoir mais dit toujours.

_ Il n'y a pas grand chose à dire sur les mages. Ils nous laissent tranquilles sauf si on est sur leur chemin. Ils n'apprécient pas du tout. Les chasseurs de sorcières traquent surtout les vampires mais certains ont eu connaissance de notre existence. Ils sont très peu nombreux et particulièrement concentrés sur les USA. On leur cause bien du souci il paraît. Ils ont plus de chances de prouver le danger que représente un vampire suçant le sang d'une victime dans une ruelle sombre que de convaincre les gens de notre existence même si l'un de nous se met à déchiqueter des gens en pleine rue de jour.

_ Le délire, je suppose.

_ Oui. C'est pratique quand même de nier la réalité à ce point là.

_ Et ADN ?

_ C'est une petite entreprise de biotechnologie, des États Unis également. Petite mais importante. Ils sont excellents dans leur domaine. Surtout grâce à leur politique d'expérimentation. Tu as déjà entendu parler de ce qui se passait dans le camp de concentration d'Auschwitz ?

_ Je savais que je ne voulais pas savoir.

_ Enfin bref, on sait qu'ils font beaucoup d'expérimentations animales et on les suspecte fortement d'avoir utilisé des humains. Mais bon, cela ne serait pas vraiment notre problème si un garou n'était pas tombé entre leurs mains.

_ J'imagine qu'ils ont fait de nombreuses expériences.

_ Oui, mais pas encore assez. On sait qu'ils ont réussit à capturer un deuxième garou et qu'ils en ont déjà combattu deux autres. Pour l'instant ça leur a suffit à mettre au point un armement spécial pour nous calmer. Le seul point positif, c'est qu'ils cherchent à obtenir des garous vivants. Maintenant, s'ils réussissent à te capturer, ce n'est plus vraiment une bonne nouvelle.


La porte de la chambre s'ouvre et Valentine entre doucement, les yeux encore pleins de sommeil.


_ Salut Satsuki.

_ Bonjour ma beauté. Tu as bien dormi ?

_ Super. De quoi parliez-vous ?

_ De la visite que nous ferons au sept des marcheurs sur verre, répond-t-elle sans hésitation. Je suis venue dire à Max que nous irons demain en début d'après-midi. Et puis j'ai appris que tu n'avais pas trouvé beaucoup de vêtements à te mettre. Qu'est-ce que tu dirais de m'accompagner faire les magasins tout à l'heure ? Je connais les endroits où on peut avoir des fringues sans risque de démangeaisons.

_ Ouais, c'est cool.

_ D'abord un bon petit déjeuner pour commencer, j'interviens. Vous ferez beaucoup moins de boutiques avec le ventre vide. Mais dis-moi Satsuki, c'est dans ton rôle de t'occuper de ce que porte les enfants de Gaïa ?

_ Je suis très solidaire des autres garous. Je suis toujours prête à aider mes frères à s'habiller avec classe.

_ Ben voyons.


Maintenant que Valentine est réveillée, Satsuki est intenable. Elle se plie en quatre pour amuser la môme qui a bien du mal à terminer son petit déjeuner. Lorsque cette tâche est enfin accomplit, elle va se changer et revient habillée avec ce que l'on a trouvé à « Artisans Du Monde ».


_ Pas mal, admet Satsuki. De toute façon sur quelqu'un d'aussi jolie, ça ne peut que faire bien.


Valentine rougit. Elle est toute excitée d'aller se promener avec la jeune femme. Elle tourne son regard vers moi, habillé de mon seul pantalon.


_ Tu ne viens pas avec nous ?

_ Allez Max, fais un effort, renchérit Satsuki. Je paie le resto aussi.

_ Non merci, vraiment. Je crois que j'ai assez goûté à la société de consommation ces derniers temps pour m'en passer durant quelques années.

_ Allez Max, s'il te plaît !


Évidemment, il m'est difficile de résister au regard de Valentine. Je sens que je vais accepter pour lui faire plaisir. Mais soudain, le son usé de la sonnette retentit à nouveau.


_ Qui ça peut être ? Demande Satsuki.

_ Je n'attends pas grand monde ces prochains temps.

_ C'est peut être Émilie, fait Valentine.

_ Elle ne sonnerait pas.


Je me tourne vers Satsuki, elle a un visage inquiet.


_ Les nouvelles que l'on attends pas sont rarement bonnes. Peut être que quelqu'un de pas trop bien intentionné à trouver ta trace.

_ Comment c'est possible ?

_ Je n'en sais rien mais ouvre avec prudence. Valentine, met-toi derrière moi.


Tandis que la gamine s'exécute, la jeune marcheuse sur verre change l'un de ses avant-bras en celui d'un crinos.

J'ouvre la porte en douceur. M'attendant à un monstre ou à un truc plein de pouvoirs magiques, je suis surpris de voir Émilie sur le palier.


_ Excuse-moi, j'ai oublié mes clefs chez ma tante.


Elle entre et voit Satsuki, avec deux bras normaux, tenir tendrement Valentine contre elle.


_ Bonjour.

_ Salut Émilie !


Elle répond à leurs saluts et s'approche de Satsuki.


_ Je voulais vous dire, je suis désolée pour la dernière fois. J'ai dû vous paraître froide et idiote.

_ Pas du tout. J'ai rencontré tellement de gens dans ton cas. Arrête juste de me vouvoyer et ce sera parfait.

_ D'accord.


Elle va poser son sac dans la chambre. Je referme la porte, encore sous le choc. Je me reprends au moment où elle revient vers nous. Elle prends juste le temps d'appeler sa tante pour lui demander de lui envoyer les clefs. J'ai l'impression que mes nerfs vont lâcher. Elle joue avec ma patience ou quoi ? Elle raccroche et s'approche de moi.


_ Tu vas bien ?

_ Oui (à part que j'ai du mal à ne pas hurler sous la tension). Tout s'est bien passé dans les Vosges ?

_ Oui, oui, très bien. Ils ont eu un peu de mal à comprendre ce qui me tracassait mais je savais qu'ils respecteraient mon silence.

_ Et... tu as pris une décision ? (J'ai une de ces envies de la secouer pour qu'elle parle enfin)

_ Oui. J'ai décidé que des garous et des monstres n'étaient pas suffisant pour se mettre entre nous.


Mon coeur risque de bondir hors de ma poitrine tellement je suis heureux. Je la prends dans mes bras.


_ Mais il y a encore une chose que je voudrais te dire. C'est ce à quoi j'ai réfléchit le plus longtemps.

_ Quoi donc mon amour ?

_ Je ne veux pas te voir partir risquer ta vie en t'attendant et en me demandant si tu vas revenir entier. Je ne pourrai pas le supporter. Et comme il est hors de question de te faire quitter les loups garous je n'ai plus d'autres solutions. Je veux me battre aussi.


Là, elle m'a eu. Je ne peux plus bouger. L'information doit mettre un certain temps pour que je la comprenne. Émilie, ma douce Émilie veut se battre contre des monstres tentaculaires, des chefs d'entreprises, des vampires, des généticiens et des mages qui n'aiment pas qu'on leur marche sur les pieds ? Mais c'est inconcevable.


_ Tu... tu plaisantes ?

_ Pas du tout. J'ai eu le temps de bien observer la montagne ces derniers jours. Je me dit que ça vaut peut être le coup de préserver tout ça par certains moyens... radicaux.

_ Mais tu as toujours été contre la violence.

_ Toi aussi. Et du jour au lendemain, te voilà un guerrier loup garou.

_ Mais c'est dangereux.

_ Max, je t'aime, mais ne me prends pas pour une imbécile ! Tu crois que je ne le sais pas ? La dernière fois, Valentine m'a parlé des danseurs de la spirale noire. Je sais à quoi m'en tenir.


Je ne sais plus quoi dire. Émilie se tourne vers Satsuki.


_ Vous... pardon, tu ne saurais pas si une tribu accepte de former des combattants humains ?


Je vois dans les yeux de la marcheuses sur verre qu'elle a une solution à proposer à Émilie. Elle la jauge du regard.


_ Il y a peut être un moyen. Tu es sûre de ce que tu fais ?

_ Parfaitement sûre !

_ Max ?

_ Je... je ne sais pas.

_ Tu sais, elle pourrait au moins apprendre à se protéger. C'est toujours un truc bon à savoir quand on vit avec un garou.


Satsuki aimerait avoir mon avis. Émilie me regarde d'un air implorant. Elle n'a pas envie de prendre cette décision si je suis contre. Mais il me manque l'avis de quelqu'un.


_ Qu'est-ce que tu en penses Valentine ?


De toute évidence, la môme n'osait pas donner son avis et elle est soulagée que je lui pose la question. Elle pose un regard teinté de timidité sur Émilie.


_ Je trouve qu'elle tient beaucoup à toi pour faire ça. C'est très courageux.

_ Oui, je trouve aussi.


Émilie est heureuse mais elle ne peut pas trop le montrer. Nous sommes tous pendus aux lèvres de Satsuki.


_ Tu ne pourras pas te battre au sein d'une tribu ou d'une meute. Mais il y a une autre solution. Vous avez déjà entendu parler des chevaliers verts ?

_ Je crois oui, je réponds. Il me semble que c'est une organisation terroriste.

_ Ouais, ça c'est ce que les types de la Pentex qui contrôlent les médias aimeraient bien qu'on pense. En fait il s'agit d'un groupe constitué de parents ou de proches de garous qui, comme Émilie, ne supportaient pas de rester à rien faire. Du moins au début. De nombreux garous ont rejoins leurs rangs aussi. Ils opèrent surtout en Europe. Ils sont entraînés, ils ont du matériel et ils ont de l'expérience contre les créatures du Ver. Je crois qu'il est possible de les contacter. Le chef de mon sept... enfin, de notre sept, doit en connaître. Qu'est-ce que tu en penses ?

_ J'ai l'impression que ce serait le bon choix. Max ?

_ Je ne pourrai pas te retenir de toute façon. Mais tu ne sais pas encore tout. Il y a bien d'autres choses horribles et dangereuses à affronter.

_ Ne t'en fais pas, je te protégerai.


Émilie m'embrasse avec fougue. Je ne sais pas encore si elle fait le bon choix, mais je ne peux me résoudre à casser ce moment. J'entends vaguement Satsuki amusée.


_ Euh... Valentine ? On va peut être aller faire les boutiques juste nous deux.

_ Je suis prête, réponds la gamine tout sourire devant la porte. Je n'attends plus que toi.


Nous prenons quand même le temps de leur souhaiter une bonne balade avant que la porte ne se referme et que nous nous dirigions, étroitement enlacés vers la chambre.


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Argail
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Lun 30 Aoû - 1:46


Chapitre 9 : Rencontre dans les ombres







Emilie dort près de moi. Nous avons passé tout le reste de la matinée à faire bien des choses inavouables en société. Je ne m'étais pas senti aussi bien depuis l'enlèvement. La douceur et la chaleur d'Emilie me repose bien plus que les quelques heures de sommeil des dernières nuits. Il est passé midi mais j'aimerai rester contre elle tout le reste de la journée. Ce ne sera pas possible malheureusement. La sonnerie du téléphone retentit cette fois. Comme en début de matinée, je me précipite, espérant qu'Emilie ne se réveillera pas. Je décroche. A nouveau, je ne suis pas surpris d'entendre Satsuki au bout du fil.


_ Salut mon grand, je te réveille ?

_ Non pas vraiment, je grogne.

_ Ah ! Je vois que j'appelle encore trop tôt. Mais je voulais savoir si je pouvais te ramener Valentine. Je dois aller travailler.

_ Eh bien oui, mais je dois partir aussi. J'ai dit à mon patron que je passerai le voir cet après-midi. Je pense que je vais devoir faire quelques heures pour rattraper mon retard.

_ C'est notre lot à tous. Emilie sera là ?

_ Non plus. Elle m'a dit qu'elle irait à la fac pour voir ce qu'elle a manqué.

_ Elle t'a dit ça pendant que vous faisiez une petite pause ?


L'air moqueur de la jeune femme est tellement perceptible que j'ai l'impression qu'elle me fait une grimace à travers le téléphone. D'autant plus qu'elle a vu juste.


_ Hum... bref... écoute. Amène-la jusqu'à la librairie, je la récupérerai là-bas. J'y serai d'ici une heure.


Je lui donne l'adresse et j'entends un petit soupir.


_ C'est en pleine rue piétonne ça. C'est qu'on est chargé.

_ C'est le dur lot de ceux qui aident leurs frères garous à être classes.

_ Gna gna gna !

_ Tu ne l'a pas complètement pourrie de bidules inutiles au moins, la pauvre !

_ Mais non voyons ! Enfin... pas tellement. Bon, on va se débrouiller. Ne sois pas en retard, je suis à la bourre.

_ D'ac m'dame !


Je raccroche. J'ai juste le temps de me préparer et de partir. Avec des monstres qui courent partout, je n'aime pas l'idée que Valentine risque de se retrouver seule.

Emilie sort de la chambre en s'étirant.


_ Qui était-ce ?

_ Satsuki. Elle doit déposer Valentine chez les Custer. Il va falloir que j'y aille mon coeur.

_ Je vous rejoindrai peut être là-bas après être passée à la fac, si vous y êtes encore.

_ Je ne sais pas, je pense ne pas rester trop longtemps. Elle va s'ennuyer sinon.

_ On verra bien. De toute façon j'ai un bouquin à prendre.

_ OK !


Je pose un baiser sur les lèvres d'Emilie. Je vais me changer rapidement. Avec tout le temps que j'ai à rattraper, je ne sais pas trop comment je vais pouvoir m'éclipser plus tôt que prévu. M. Custer est gentil, mais je ne veux pas abuser de sa générosité. Je trouverai bien quelque chose pour distraire Valentine. Je ressors de la chambre tout habillé. Je goûte encore aux lèvres d'Emilie. Ce qu'elles m'ont manqué. Je suis obligé de les quitter et de partir.

Dans la rue, je ne peux m'empêcher de sourire. Emilie est revenue, je vais retrouver le boulot que j'aime et demain je rencontrerai les marcheurs sur verre de Metz qui m'en diront peut être un peu plus long sur ce que je dois faire. En ce moment, tous les monstres du Ver ne me font plus peur. Je croise un mendiant à qui je donne une pièce. Je me demande si c'est un rongeur d'os. La seule chose qui m'inquiète un peu c'est qu'Emilie se soit engagée dans cette histoire de chevaliers vert. J'ai peur qu'elle se soit embarquée trop rapidement dans une situation qui la dépasse. Mais finalement, comme l'a dit Satsuki, elle y apprendra au moins à se défendre et ça, c'est toujours bon à prendre.

Je marche rapidement. J'ai aussi hâte de voir Valentine et ce que Satsuki lui aura fait acheté. Elle m'attend sagement assise sur les trois marches qui mènent à la boutique. Ils ne sont pas assez grands pour cacher un tas de sachets venant de boutiques dont je n'ai pas l'habitude de m'approcher. Je crains le pire. La môme me sourit quand j'arrive.


_ Tu n'as pas attendu trop longtemps.

_ Oh non, Satsuki vient juste de partir. Tu l'as manqué à même pas deux minutes.


En disant cela, elle regarde une montre d'un air très féminin à son poignet. Bon, ça commence bien.


_ Je crois qu'il faudrait rentrer avant que la police n'arrive !

_ Quoi ? Pourquoi ?

_ Ils doivent être à la recherche de celles qui ont dévalisé tous les magasins de la ville.


Valentine rit aux éclats et attrape quelques sachets. J'essaie de prendre le reste.


_ Bon sang ! Mais vous avez acheté des armures ou des vêtements ?

_ Je crois que Satsuki n'aime pas garder trop d'argent sur elle ou sur son compte en banque.

_ Je vois ! Enfin si elle aime dépenser, j'ai le loyer du mois à payer encore.


La petite m'ouvre la porte et la tient le temps que je passe. La librairie de M. Custer contient beaucoup de livres dans un petit espace. Je manque d'en renverser quelques uns. Un fort accent américain, dont je ne peux voir l'auteur à cause des paquets qui obstruent ma vision, s'élève dans la pièce.


_ Max ?

_ M. Custer ? Je crois que je vais avoir besoin d'aide, s'il vous plaît.


Le vieil homme se lance à mon secours et me dégage la vue en prenant quelques sachets. Il regarde ce qu'il a dans les mains.


_ C'est gentil de m'apporter des fournitures, big boy, mais je te rappelle que moi je vends des livres.

_ Euh... oui ! C'est que tout ça lui appartient !


Je désigne Valentine derrière moi qui salut poliment le commerçant.


_ Bonjour monsieur.

_ Hi jolie demoiselle ! Comment une si petite fille peut avoir besoin de tellement de vêtements ?

_ C'est une excellente question, je reprends. Mais avant d'y répondre, je pourrai poser tout ça quelque part.

_ Oh, bien sûr, viens dans l'arrière boutique.


Le vieil homme nous emmène dans la petite pièce presque entièrement remplie de cartons. Nous découvrons un petit endroit où poser tous les achats et nous retournons dans la boutique.


_ Alors young man, où étais-tu passé vendredi ? Emilie s'est inquiétée.

_ Oh ce n'était rien en fait. J'ai été dans une fête étudiante.

_ Ce n'est pas ton genre que je sache.

_ Euh... non, c'est vrai. C'est à dire que des amis m'y ont un peu traîné de force.

_ Curieux amis en vérité. Tu ne pouvais pas prévenir sweet Emilie ?

_ Hélas non. Je n'ai pas de portable. Et depuis que ces trucs sont apparus, plus moyen de mettre la main sur une cabine téléphonique.

_ Il y en a près de l'université.

_ Ah... euh... oui... mais la fête était ailleurs. Toutes les fêtes étudiantes ne sont pas sur le campus. Là c'était dans un bar presque à l'extérieur de la ville. Et comme on était en voiture, je n'ai pas pu les laisser en route ni repartir sans eux.

_ Tu n'as pas demandé au barman s'il avait un téléphone ?

_ Euh... c'est à dire que... si, bien sûr. Mais vous allez rire, il était en dérangement. L'un de ses habitués y a renversé son verre.

_ Décidément tu n'avais pas de chance.

_ Ne m'en parlez pas. Je n'ai pas cessé de penser à Emilie (ce qui était vrai cette fois). Je savais qu'elle devait me chercher. Enfin, tout est rentré dans l'ordre maintenant.

_ Sauf que tu ne m'as pas présenté à la petite princesse.

_ Ah oui, pardon. M. Custer, Valentine ! Valentine, M. Custer !


La môme sert la main au vieil homme puis me chuchote :


_ Je crois qu'il voulait surtout savoir ce que je fais là.

_ Chaque chose en son temps, puceron. J'y venais. Donc... voilà... en fait, Valentine est la fille d'une amie qui a dû partir pour des affaires de familles importantes. Comme elle ne voulait pas qu'elle manque trop l'école, sa mère me l'a confiée quelques jours.

_ C'est un grand signe de confiance, big boy.

_ Oui, à ce propos, je pense que je vais devoir partir un peu plus tôt malheureusement. Je sais que j'ai été beaucoup absent ces derniers jours mais je ne peux pas la garder tout le temps au travail. Elle va s'ennuyer.

_ Oh mais non, pas du tout, intervient Valentine. J'adore lire. Je n'avais pas grand chose d'autre à faire chez mon... euh... ma mère. Je crois que j'ai lu tous les rayons de la bibliothèque de l'école.

_ Ah ? Bon ! Et bien, M. Custer, si vous me permettez de...

_ Évidemment, elle peut rester. Je suis sûr que tu trouveras ton bonheur ici, sweet heart. J'ai un rayon pour la jeunesse assez fournit.

_ Merci mais... euh... vous n'auriez pas aussi des livres de Howard Phillips Lovecraft ?

_ Oui bien sûr, mais n'est-ce pas là une lecture qui n'est pas vraiment de ton âge ?

_ Il paraît. Moi j'aime bien. J'ai déjà lu « Dagon » et « Démons et merveilles ».

_ Tu n'as pas eu peur ?

_ Si. Mais je sais que c'est juste des histoires.

_ Bien ! Je crois que j'ai un ancien exemplaire de « The outsider »... pardon, je veux dire de « Je suis d'ailleurs ». Mets-toi assise derrière le comptoir. Je te l'apporte. Max, il faut ranger les rayons poésie, fantastique et grands classiques. Il y a des gens qui ne savent pas reposer ce qu'ils ont pris là où ils l'ont pris.

_ Je m'en occupe.


Je me met à l'ouvrage. Je suis content que Valentine soit une amoureuse de la lecture. Voilà qui va grandement nous simplifier la vie. Je range les rayons désignés. Certaines personnes sont vraiment peu soigneuses. Je retrouve des livres dans tous les sens, certains ne sont même plus sur les bonnes étagères. D'autres livres ont été négligemment poser en tas dont un ouvert ayant plusieurs pages cornées. J'essaie de réparer les dégâts puis je ramène chaque bouquin à sa place. Je vais ensuite dans l'arrière boutique et ouvre quelques cartons pour réapprovisionner quelques rayons un peu vides. Je note sur une feuille ceux que j'ai pris, puis je vais à la caisse demander à M. Custer lesquels doivent être commandés. Nous discutons quelques minutes, puis je vais appeler les éditeurs concernés. Enfin, je rejoins M. Custer et Valentine derrière le comptoir. Le vieil homme et moi accueillons les clients et les aidons à trouver ce qu'ils cherchent si besoin est. La clientèle de la librairie n'est pas très nombreuse mais fidèle.

Je me trouve avec une femme qui cherche d'anciennes éditions des voyages fantastiques de Jules Verne, lui expliquant que nous avions encore de vieilles éditions très bien conservées de « 20 000 lieus sous les mers » mais qu'il ne nous restait malheureusement plus aucun bouquin de « Voyage au centre de la terre », lorsque j'entends un faible battement. Je cherche des yeux d'où il peut bien provenir. Mais je ne vois rien et je me re-concentre sur la cliente. Elle finit par prendre « 20 000 lieux sous les mers » et « le tour du monde en 80 jours ». Je l'accompagne vers la caisse lorsque je me rends compte que le battement est devenu plus fort.


_ Je me demande d'où ça peut venir.

_ Quoi donc ? Me demande la femme.

_ Cet espèce de battement.

_ Quel battement ?

_ Vous n'entendez pas ?

_ Non. C'est plutôt calme ici.

_ Euh... je dois me faire des idées.


Allons bon, qu'est-ce qui m'arrive à nouveau ? Mais avant de chercher l'origine de ce bruit, je dois m'occuper de la cliente. Toutefois je m'aperçois bien vite qu'il n'y a pas qu'un seul battement. J'en entend un très nettement mais il y en a d'autres. Certains se font plus précis. J'en entends un très étrange et très rapide. Je passe derrière le comptoir en essayant d'en faire abstraction. Mais c'est difficile. Peu à peu ça devient vraiment fort. J'encaisse la cliente et emballe ses livres dans un sachet en lui souhaitant une bonne fin de journée.

Les sons s'entremêlent jusqu'à devenir assourdissant. Je commence à me choper un sérieux mal de crane. Ma vue commence à se brouiller. Tout à coup, je sens que je perds l'équilibre. Des bras me rattrapent. J'entends la voix de Valentine.


_ Max ? Tu vas bien ?


Des petites mains attrapent les miennes.


_ Alors big boy ? Tu t'endors ou quoi ?


Je comprends que c'est M. Custer derrière moi. Mais merde, qu'est-ce qui m'arrive ? Je dois être en train de faire une sorte de malaise. Je me concentre. Je ne dois pas me laisser partir. Tandis que je lutte contre l'inconscience, Les différents battements se font moins forts, et surtout, ils se distinguent les uns des autres. J'en entends un derrière moi. Celui qui est si rapide est devant. Mon esprit se fait plus clair, tout comme ma vision qui me montre le petit visage inquiet de Valentine. Je commence à comprendre. Ce que j'entends, ce sont des battements de coeurs. Pourquoi je les entends tout à coup ? Pourquoi celui de Valentine est-il si différent ? Je n'en sais rien, mais je commence à reprendre pied dans la réalité. Je parviens à tenir debout, ce qui soulage grandement M. Custer. Je prends Valentine dans mes bras.


_Ne t'inquiète plus ma belle. C'est passé.

_ Qu'est-ce qui s'est passé ?


J'approche ma bouche de son oreille pour lui murmurer.


_ Je crois que c'est quelque chose qu'il faudra demander à Satsuki, tu vois ?


La petite acquiesce. Le fait que ce soit un truc de garous la rassure. On a déjà vécu tellement de choses bizarres que l'on commence à s'y faire.

Je me concentre encore et je parviens à maîtriser complètement le phénomène. Je suis quand même un peu inquiet pour Valentine mais elle a l'air d'aller aussi bien qu'auparavant. Je suppose que Satsuki pourra m'en dire plus. Je reprends le travail. Mais la curiosité me taraude. Est-ce que je pourrai le faire revenir si je le voulais. Je me pose la question lorsque entre le parfait cobaye pour tenter l'expérience. Emilie vient d'arriver et va saluer M. Custer. Je me concentre. Les battements réapparaissent si soudainement que j'en suis surpris. J'essaie de contrôler le phénomène de toutes mes forces et je parviens à les garder à un volume convenable. Apparemment, je ne peux pas en écouter juste un, mais je parviens à distinguer celui d'Emilie des autres. Je coupe le « contact ». Je reçois un baiser d'Emilie. Puis elle va voir Valentine, espérant qu'elle ne s'est pas trop ennuyée. La gamine la rassure.


_ Tant mieux, fait Emilie. Je vais prendre mon livre et je vais acheter de quoi manger ce soir. Tu veux venir avec moi ou tu préfères rester ici ?

_ Oh, j'ai complètement oublié de vous dire. Satsuki nous attendra au restaurant ce soir. Elle semble y tenir beaucoup.

_ Ah ? Et bien tant mieux, je suis un peu fatiguée de cette journée. Si je n'ai pas à faire la cuisine, ça m'arrange.


Je finis donc mes heures de la journée tandis que Valentine continue de dévorer le livre que lui a trouvé M. Custer. Emilie trouve son livre sur les peintres du 18e siècle et le paie avant d'en commencer la lecture à côté de la môme.

Nous partons alors que le soleil est déjà couché. La nuit commence à envahir les rues et les lampadaires s'allument sous nos yeux. Nous sommes légèrement chargés des achats de Valentine et Satsuki. Je prendrai le reste demain. Il y a peu de monde dehors ce soir car le froid recommence à faire des siennes. L'automne est tout proche. Je me demande si mon don fonctionnera encore. Comme il n'y a pas trop de gens dans les environs, c'est le moment d'essayer. Je met donc le « contact ». Les battements de coeurs m'assaillent rapidement. Mais je réussis à les contrôler aussitôt. Je distingue particulièrement bien les coeurs d'Emilie et de Valentine (toujours aussi rapide) grâce à leur proximité. Je m'entraîne à en distinguer d'autre. J'entends celui d'un vieil homme qui passe à côté de nous. Plus loin, je perçois très bien ceux d'une jeune mère et de son bébé. J'entends les battements d'un groupe de flics en patrouille, ceux accélérant d'une petite bande de jeunes à l'approche des forces de l'ordre, ceux de quelques amis qui bravent la fraîcheur à la terrasse d'un café, celui d'une vendeuse de sandwichs, ceux de deux amoureux sur un banc public.

Mais il arrive quelque chose de bizarre. A un moment, je m'arrête sur une jeune femme élancée et je n'entends rien. Jusqu'à présent, je peux savoir précisément à qui appartient chaque battement que j'entends. Il n'y a pas d'erreurs possibles. Ou quelque chose m'empêche d'entendre son coeur, ou il ne bat tout simplement plus. Je m'arrête au grand étonnement des filles.


_ Qu'est-ce qu'il y a ? Demande Emilie.

_ Je n'entends pas son coeur.

_ Quoi ?

_ Euh... rien. Je dois vérifier un truc. Allez déjà au restaurant dire à Satsuki que j'arrive.

_ Mais, Max...

_ Ce n'est pas grave mais je dois savoir quelque chose. J'arrive dans deux minutes. Promis.


Emilie n'a pas l'air d'accord mais je ne peux pas laisser cette question sans réponse. Je leur dis encore de ne pas s'inquiéter et d'aller au restaurant avant que je ne me mette à remonter la rue en sens inverse.

La fille n'est pas très loin. Je me rapproche un peu pour ne pas la perdre de vue. Il me faut éclaircir ce mystère. Elle se déplace avec grâce et lance des sourires charmeurs à des garçons et des filles qui ont sensiblement le même âge qu'elle. Deux mecs encouragés par son attitude s'approchent et engagent la conversation. Elle se tourne pour leur parler. A ce moment, son regard se pose sur moi. Il me semble, de là où je suis, qu'un air contrarié passe sur son visage. Elle dit un mot aux deux garçons et tourne les talons pour s'engager dans une ruelle. Les mecs ne semblent pas contents de s'être fait avoir et l'insulte copieusement. Je m'attends à ce qu'ils la suivent mais ils préfèrent continuer leur chemin ailleurs. Lorsque j'arrive au coin de la ruelle, je jette rapidement un oeil. J'ai tout juste le temps de la voir tourner à un angle. Je ne la lâche pas et je m'engage à mon tour dans la ruelle. Je m'approche discrètement de l'angle où elle a tourné. Une main en jaillit, m'attrape par le col et m'envoie valser moi et mes sachets.

J'atterris douloureusement dans une espèce de cour plutôt crade et malodorante. Probablement un endroit pour les poubelles des immeubles avoisinants. Je n'ai pas le temps de me poser plus avant la question. La donzelle que je suivais bondit à mes côtés et j'écope d'un vilain coup de pied en pleine tête. Les murs tournent autour de moi mais j'entends très bien la voix de la fille.


_ Alors mon mignon c'est moi que tu cherchais ? Tu es content de m'avoir trouvé ?

_ Non, pas vraiment.


Cette fois-ci, c'est en plein estomac que son pied me frappe. Je décolle du sol de quelques centimètres et percute le mur derrière-moi. Putain, dans quel merdier je me suis fourré .


_ Moi je suis très contente. Je ne me suis pas amusée avec un garou depuis longtemps.


Son sourire est bien étrange, nonobstant le sadisme qu'il révèle. On y voit clairement deux canines bien longues. Oh non ! J'aurai dû m'en douter. Un vampire ! J'essaie de me relever. Je dois faire face à tout prix, je n'ai pas d'autre choix. Elle m'attrape à nouveau par le col (c'est une manie) et me soulève sans difficulté. Elle me balance contre une poubelle qui ne résiste pas au choc et m'ensevelit d'ordures diverses.


_ Voilà une bonne place pour un foutu loup. Tu m'as suivi alors que tu n'es même pas capable de te battre ? Je ne crois pas avoir fait quoi que ce soit qui mérite un tel cadeau.


Je crois qu'elle a compris que je n'étais pas encore prêt à affronter le moindre adversaire et elle attends tranquillement que je sorte moi-même de la poubelle éclatée. Elle fait durer le plaisir. J'ai l'impression d'être une souris prise dans les griffes acérées d'un chat. Et on sait comment se finit généralement ce genre de lutte. Mais je ne peux pas laisser tomber. Plus que jamais auparavant, je me sens garou. Il faut que je tienne. Je suis un ahroun bon sang. Elle s'approche lentement, sûre de sa victoire. J'essaie de frapper dès qu'elle est à portée et la touche au ventre. Mais elle ne recule même pas d'un centimètre.


_ Pauvre loque ! Tout juste bon à faire de la fourrure. Tu oses porter la main sur moi ?


Là je me ramasse le coup de poing le plus violent que je n'ai jamais reçu. Je percute à nouveau un mur et tombe sur le sol. J'ai l'impression que mon crâne va éclater. Du sang coule de mes lèvres et de mes tempes. Je n'ai pas le temps de reprendre mon souffle cette fois-ci que je sens un coup de pied m'écraser les reins. J'entends un craquement. Elle sait doser sa puissance pour ne pas me tuer. Encore qu'en ce moment, ça ne me rende pas très joyeux. Le vampire me retourne sur le dos sans ménagement. Elle attrape le dessus rouillé d'une vieille boîte de conserve et arrache mon tee-shirt. Lentement, elle fait passer le bord coupant du métal le long de ma poitrine. Je me retiens d'hurler mais la douleur qui se voit sur mon visage doit lui apporter pleinement satisfaction. Je réussis à bouger alors qu'elle arrive sur mon ventre et j'attrape son poignet pour l'empêcher de continuer.


_ Alors la bébête ? Tu te décides à te transformer et à me livrer un beau combat ?


Si seulement elle savait comme j'aimerai ça. Mais la douleur empêche toute concentration. Voyant que je n'accéderai pas à sa demande, elle appuie d'un coup sec et enfonce la moitié du morceau de métal dans ma chair. Là, tout loup garou que je suis censé être, je pousse un cri. Elle se met à essayer de tourner le couvercle dans tous les sens. Je sers les poings. Quelque chose de visqueux coule le long de mes côtes et je suppose que mes veines sont en train de se vider.

Je me sens partir. Aucun doute sur la victoire de la suceuse de sang. Je n'ai même pas réussi à lui faire le moindre mal. Tu parles d'un guerrier. Ce ne sera pas une grande perte pour les garous que je meurs ici, baignant dans le sang et les ordures. Les ombres s'avancent peu à peu. J'en vois une grandir derrière le visage rayonnant de bonheur malsain de mon agresseur. Je remarque à peine des griffes jaillirent de cette ombre et lacérer le dos de la fille. Le vampire hurle et s'écarte rapidement de mon corps. Un loup garou sous forme de crinos se tient devant moi.


_ Putains de garous ! Je vais vous vider de votre sang l'un après l'autre.


Elle bondit sur mon sauveur et le frappe de ses griffes. Mais le crinos esquive habillement et frappe son ennemi au ventre. Du sang jaillit de la bouche du vampire tandis que le garou retire ses griffes de son estomac. La fille ne s'avoue pas vaincu et frappe de toutes ses forces en direction du crâne du crinos. Celui-ci s'abaisse au bon moment et réplique immédiatement en déchirant la poitrine du vampire et en mordant à pleine dents dans son bras. La fille attaque avec sa deuxième main mais le garou pare le coup et l'envoie s'écraser au sol.


_ Pu... putains... de garous... je vais... vous tuer...


Mais elle a à peine le temps de se mettre à genoux que le crinos enfonce ses doigts dans sa boite crânienne. De son autre main, il appuie sur l'épaule et tire de toutes ses forces. Il arrache la moitié de la tête sans difficultés. Il laisse le corps retomber au sol et se débarrasse du morceau de crâne dégoulinant du reste de cervelle attaché à ses doigts. Il s'approche de moi et se transforme. J'ai du mal à croire que c'est Satsuki qui s'approche de moi, nue comme un ver.


_ Max ! Bordel ! Mais qu'est-ce que tu as foutu ?

_ Une belle connerie apparemment.

_ Comment tu te sens ?

_ Aussi bien qu'après être passé sous un camion. Mais je crois que je commence à y voir mieux. Tu pourrais retirer cette saloperie de mon ventre ?


Elle arrache le métal d'un coup sec et appuie sur la blessure pour stopper l'hémorragie.


_ Tu es déjà en train de guérir. Tu as de la chance. Elle ne t'as pas mordu ou griffé. Là tu aurais compris ta douleur.

_ Je croyais que les vampires n'étaient pas des créatures du Ver, pourquoi il m'en voulait autant ?

_ Les vampires ne se posent pas plus de question à notre propos que nous sur le leur. Mais en plus, celui-ci fait parti du Sabbat.

_ C'est quoi ça ?

_ Une secte vampirique qui s'oppose à la Carmillia, l'autre tendance des vampires. Ai-je besoin de te préciser lesquels sont les plus fréquentables ?

_ Non. Je crois que j'ai compris. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

_ On attends que tu ailles mieux et on essaie de rentrer chez toi discrètement. Emilie et Valentine doivent manger sans nous. J'ai fusillé une robe de valeur pour te porter secours alors j'espère pour toi que tu as au moins pris soin des affaires de ma petite princesse. Sinon je te préviens que ce n'est pas la peine de survivre.



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Argail
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Lun 30 Aoû - 2:02


Chapitre 10 : Les marcheurs sur verre




Satsuki a eu la bonne idée de reporter notre rencontre avec le sept des marcheurs sur verre. Je dois avouer que je ne suis pas trop en état de voir du monde en ce moment. En particulier mes futurs alliés. J'ai déjà eu du mal à rassurer Emilie et Valentine lorsqu'elles sont rentrées paniquées du restaurant. Et pourtant elles étaient loin d'imaginer tout ce qui nous était arrivé. Car évidemment, après m'être pris la raclée du siècle, il a fallut rentré. Et c'est loin d'être une mince affaire pour une jeune femme nue et un mec qui tient à peine sur ses pieds.

Pendant que je me rétablissais doucement, Satsuki a déshabillé le vampire. Elle a enfilé son pantalon et ce qui restait de son chemisier. Elle a réussit à faire tenir ce dernier grâce à la ceinture, ce qui lui donnait un air curieux, mais en allant vite et dans l'obscurité, ça ne se verrait pas trop. Elle m'a fait passer la veste déchirée dans le dos. Le trajet fut épique. Heureusement que Satsuki a une force surnaturelle pour me soutenir. De loin, on devait ressembler à un couple d'amoureux. De près, à des rescapés d'un bombardement. On a utilisé au maximum les petites ruelles pour rentrer. On a dû se faire remarquer mais, heureusement, les gens ne se préoccupent pas trop des gens bizarres la nuit.

Une fois à l'appart', Satsuki m'a déposé sur le matelas et elle a commencé à soigner mes plaies. Elle disait que je guérissais vite mais qu'à la vue de mon état lamentable, ça prendrai quand même quelques jours pour que plus rien ne paraisse. C'est à ce moment-là que Emilie et Valentine sont arrivées. On a bien mit une heure à les calmer. Mon amour m'a regardé avec des yeux terrifiés. Peut-être qu'elle commençait à comprendre vraiment les dangers qui l'attendaient. Moi aussi en fait.

Satsuki a appelé le sept pour les prévenir et a emprunté des vêtements à Emilie avant de repartir. Elle me laissa au soin de ma belle qui ne pouvait pas faire grand chose de plus.

Valentine était à côté de moi et me tenait la main. Les blessures l'impressionnaient mais je devinais une certaine impatience qu'elle ne pouvait ou ne voulait formuler. Elle devait sûrement vouloir que je lui raconte ma rencontre avec un vampire. Je savais bien qu'elle était capable de l'entendre, mais moi, je n'avais pas la force de la raconter. La môme a respecté mon silence.

La voiture fait un bond et me sort de mes rêveries. Il pleut à pierre fendre mais Satsuki roule toujours aussi vite et je n'ai pas l'impression qu'elle se soit rendue compte que l'on vient de passer sur un nid de poule. Par contre, la cicatrice sur mon ventre me lance douloureusement.


_ Je ne suis pas sûr que c'est le moment de nous rendre au sept.

_ Allez, t'es solide Max. On traverse juste la ville. Et puis tu t'es fait chouchouter toute la journée d'hier par Emilie et Valentine alors viens pas te plaindre.

_ Je pouvais à peine bouger.

_ Ohlala ! T'en verras d'autres.

_ Tu sais rassurer les gens toi, pas de doute.

_ Allez, regarde, on est arrivé.


Satsuki stoppe devant un entrepôt près du chemin de fer. Je lis l'affichage à travers le pare-brise. « Société d'engrais naturels ». Ah ! C'est charmant ! Satsuki sors précipitamment sous la pluie et vient m'aider à m'extraire de la voiture. Je dois m'accrocher à la capote et à la portière. L'effort me coûte de nouveaux élancements dans le ventre et le dos. Elle ferme les portes à clef et nous nous dirigeons vers la porte de service. Elle comporte un code que Satsuki tapote rapidement et nous entrons.

Il y a un petit couloir tout ce qu'il y a de plus ordinaire qui tourne sur la gauche. On arrive devant une porte en bois. Ou du moins qui semble en bois. En réalité, je m'aperçois que c'est un trompe l'oeil. C'est une porte blindée. Satsuki appuie sur un bout de mur qui s'écarte pour laisser apparaître un petit appareil avec une sorte d'écran. Satsuki appuie son doigt dessus, une lumière passe et la porte s'ouvre. Pas vers l'intérieur ou l'extérieur, mais elle se soulève.


_ C'est sophistiqué pour protéger de l'engrais naturel.

_ Je t'en prie, tu n'as quand même pas cru que c'était seulement une société agricole ? C'est une couverture.

_ Je sais, je plaisante.


Nous entrons dans une grande pièce. Celle qui ressemble le plus à ce qu'on devrait trouver dans un hangar. Il y a là plusieurs véhicules. Je dénombre 4 motos, deux 4X4, une sorte de minibus et un camion. Je regarde les deux grandes portes.


_ En fait il suffit de passer par là pour éviter les sécurités.

_ Celui qui passe par là mérite de nous piquer toutes nos merveilles, fait une voix grave.


Un homme au ventre plutôt proéminent et avec une belle barbe noire s'approche de nous.


_ Ce sont des portes de notre conception. De l'acier trempé mélangé avec un zeste de titane. C'est fou le boulot que ça représente pour les camoufler en de simples portes de hangar. De toute façon, on a une surveillance vidéo aussi.

_ Max, je te présente Ed Gorvitch, notre théurge. Ed, voici Max notre petit nouveau.

_ Enchanté.

_ De même fiston. Tu t'intéresses à la belle mécanique.

_ Euh... un peu, je mens effrontément.

_ Ah ! Alors tu vas aimer ce que je vais te montrer. Toutes ces merveilles c'est mon oeuvre, ou presque. Forcément, y'a de la récupération au début. Mais j'ai tout renforcé. Les réservoirs des motos sont blindés, pareil pour les carrosseries des voitures et du camion.

_ Euh... Ed ?

_ Et t'imagines pas les quelques petites armes secrètes qui sont planquées là-dedans. Et bien sûr, le tout bourré d'esprits invoqués par ma personne. Parfois avec un peu d'aide quand même, mais bon.

_ Ed ?

_ Tenue de route impeccable, vitesse accrue, détection du Ver, double phare, normaux et avec UV pour nos amis vampires (là j'apprécie quand même), correcteur de direction,...

_ ED !!!


Satsuki doit hurler pour que le théurge se taise, étonné.


_ On doit aller voir Jacqueline. Soit tu viens avec nous, soit tu nous laisse aller.

_ Ah, OK ! J'viens avec vous.


Ed ne lâche pas le morceau tandis que nous montons un escalier et empruntons une passerelle en métal. Nous franchissons une autre porte et longeons un couloir. Là encore, il y a des portes partout. Satsuki m'explique.


_ On a des chambres pour accueillir d'autres garous ou pour se planquer quelques temps. On a des réserves de nourriture, une cuisine, une salle de bains et quelques toilettes. On a de quoi tenir un certain temps avec une vingtaine de personnes.

_ Je suis sûr que ça ferait une belle colonie de vacances.

_ Dis donc toi, tu as l'air en forme à faire de l'humour comme ça pour un mec en kit.

_ Au contraire, l'humour c'est la dernière chose qui te reste quand tout est perdu. Mais c'est vrai que c'est difficile à ce moment là.


Nous arrivons dans une grande salle. C'est une sorte de salle de réunion. Il y a une grande table entourée d'une dizaine de chaises. De l'autre côté de la pièce trois canapés sont alignés. Une grande baie vitrée donne sur le hangar. Un grand réfrigérateur se trouve dans un coin et il y a même un bar à côté. Assis sur l'un des grands tabourets, se trouve un autre homme assez mince qui pianote sur un ordinateur portable.


_ Hé, Phil ! Amène-toi !


Le mec quitte son ordinateur d'un air bougon sous l'injonction de Satsuki mais il nous sourit en arrivant à notre hauteur.


_ Alors c'est lui Max ! Salut !

_ Bonjour !

_ Tu viens avec nous ? On va voir Jacqueline.

_ Euh... c'est à dire que... j'ai ce rapport à terminer et à envoyer aux marcheurs sur verre de Bordeaux.

_ Phil ! De toute façon, Jacqueline voudra que tu viennes pour présenter Max à tout le monde. Alors quitte ton jeu et viens avec nous.

_ Oui bon d'accord.


Phil va arrêter son ordinateur.


_ C'est un ragabash, me souffle Satsuki. C'est un expert en informatique mais c'est aussi l'escroc le plus doué que je connaisse. Fais attention, dans certaines affaires, il n'a ni amis ni ennemis.


Phil nous rejoins et nous franchissons ensemble la porte qui mène au bureau de Jacqueline.

C'est une pièce à peine plus petite que la précédente mais bien mieux décorée. Une table ronde, entourée de six chaises confortables, est posée sur un tapis de la couleur de l'herbe. Un grand écran se trouve contre le mur de gauche. Sur la droite, devant des fenêtres qui, je suppose, doivent être blindées, se trouve le bureau de Jacqueline ainsi que son occupante, une femme d'une quarantaine d'année, l'air sportive et sérieuse. Elle lève les yeux vers nous à notre entrée mais c'est surtout moi qu'elle regarde.


_ Ah, le voici donc ce fameux louveteau perdu. Approche jeune homme.


J'obéis en essayant de cacher les crispations de douleur que me procure encore chaque mouvement.


_ Je suis Jacqueline Montvaillant. Chef de ce sept. Bienvenu parmi nous.

_ Euh... bonjour.

_ Asseyez-vous tous ! Je pense que Max a bien des questions à nous poser.


Je m'installe sur une chaise.


_ Vas-y ! Demande ce que tu veux !

_ Et bien, qu'est-ce que je suis censé faire ?

_ Pour l'instant, rien. Pas avant que tu ais fait ton rite de passage.

_ C'est quoi ce rite ?

_ Je suppose que tu sais déjà qu'il est différent selon les tribus. Chez les marcheurs sur verre, nous ne comprenons pas pourquoi nos jeunes doivent apprendre à chasser ou à tuer.

_ C'est déjà ça.

_ Tout ce que nous voulons, c'est voir si nos jeunes sont capables de se débrouiller seuls dans des situations délicates, comme face à des vampires ou des créatures du Ver.

_ Ah... Oui... quand même.

_ J'ai appris que vous aviez affronté un vampire récemment.

_ Disons plutôt que c'est lui qui m'a affronté. J'avoue avoir manqué de participation.

_ J'avais cru comprendre, en effet. Racontez-moi ce qui s'est passé.

_ Il n'y a pas grand chose à dire. J'avais trouvé que cette fille avait l'air étrange. J'aurai dû me douter que ne pas entendre battre son coeur signifiait que c'était un vampire.

_ C'est une erreur que l'on ne commet pas deux fois. Surtout si l'on en sort pas vivant.

_ Enfin bref, elle par contre avait bien compris que j'étais un garou.

_ Elle a entendu votre coeur battre plus rapidement. Mais pourquoi était-elle sur ses gardes ?

_ Je n'en sais rien. Quand elle m'a repéré, elle parlait à deux garçons.

_ Je vois, elle écoutait l'effet qu'elle leur faisait et elle vous a entendu. Pas de chance en fait. Au moins ces deux malheureux lui ont échappé. Si elle faisait parti du Sabbat, ils n'auraient pas survécu.

_ La Camarillia ne prends généralement aux humains que le sang dont ils ont besoin sans les tuer, précise Satsuki à mon encontre.

_ Donc elle a envoyé les deux gars sur les roses et c'est là que je l'ai suivi dans la ruelle. Evidemment elle m'attendait.

_ Toute seule contre un garou ? Elle ne manquait pas de toupet, fait Ed.

_ A moi ça m'a largement suffit. Elle m'a attrapé par surprise.

_ Evidemment, ça aurait été plus simple si le coeur battait, ajoute Phil.

_ Euh... oui... en tout cas, je ne l'ai pas vu venir. Et là... disons qu'elle m'a fait comprendre qu'elle, elle savait se battre.

_ Je vois, reprends Jacqueline. Vous savez vous battre Max, vous êtes un arhoun. Mais ce que je ne comprend pas, c'est pourquoi vous ne vous êtes pas transformé.

_ Les autres ont déjà tous eu leur première fois, intervient Satsuki. La fillette dont je vous ai parlé y a déjà eu droit deux fois.

_ Deux ? Non ! Valentine ne s'est transformée qu'une seule fois.

_ Ah ? Je ne te l'ai pas dit Max ? Lorsque l'on enlève les louveteaux, c'est qu'ils ont déjà eu leur première transformation. A part dans certains cas comme le tien bien sûr. Seulement ils n'ont pas forcément conscience de ce qui leur arrive. Toutes leurs perceptions changent d'un coup et ce n'est pas facile à appréhender. Valentine et les autres ont du conclure à un malaise, une crise de somnambulisme, un cauchemar ou quelque chose comme ça.

_ Je ne crois pas que j'ai déjà ressenti un truc pareil.

_ C'est ce qui est inquiétant, réplique Jacqueline. Vous avez une forte volonté qui vous permet de garder « la bête » au plus profond de vous. Malgré vous parfois. Nous autres marcheurs sur verre utilisons des armes à feu mais nous devons souvent nous transformer malgré tout. Cela peut vous sauver la vie. Sans compter que vos sens sont amplifiés et, avec des armes adaptées, vous pouvez devenir redoutable à distance.

_ Peu importe, je n'aime pas les armes à feu.

_ Ce ne sera peut-être pas toujours le cas. Et je vous garantie qu'en face, ils n'ont pas de scrupules à les utiliser. Toutefois, en attendant, vous pouvez toujours utiliser ceci.


Jacqueline va ouvrir l'un des tiroirs de son bureau et en ressort une sorte de long couteau épais très brillant. Elle le pose devant moi.


_ C'est un klaive, une sorte de dague rituelle que les garous utilisent depuis bien des siècles. Faites attention, il est en argent.

_ Il est... euh... grand.

_ Il a été fait pour être manipulé par des homidés comme par des crinos.

_ Excusez-moi ! Je ne me sens pas très à l'aise avec les vouvoiements. Vous pourriez...

_ Bien sûr !


Une lanière de cuir est enroulée autour de la garde du klaive. Je le prends en main et je ressens une espèce de chaleur sur ma paume, très douce, presque imperceptible.


_ C'est un fétiche ?

_ Oui, une de mes créations, déclare Ed avant que Jacqueline n'ait pu répondre. J'en suis très fier. Elle contient un esprit de l'électricité. C'est dur de leur faire accepter de rentrer dans un objet qui n'est pas prévu pour contenir de l'électricité justement. Ce klaive peut envoyer la foudre, dans une faible proportion bien sûr, sur n'importe quel ennemi. Et toi tu ne risque pas la moindre décharge, même si le manche n'est que de l'acier. Tu peux le ranger sans problème sous une veste ou...

_ Ed, ça suffit.

_ Ah... pardon Jacqueline.

_ Cela devrait te suffire pour l'instant. Nous verrons ensuite ce que tu préfères vis à vis de ton entraînement. Nous avons encore bien des détails techniques à régler te concernant. Pour l'instant, la priorité, c'est ce problème de transformation. Il n'y a qu'un seul moyen. Nous devons briser ta volonté.


Je trouve le coup un peu rude. J'aimerai bien rester intacte autant physiquement que mentalement.


_ Vous pourriez préciser ?

_ Nous devons simplement trouver un moyen de te faire sortir de tes gonds et de lâcher toute la rage qui est en toi. Il faut trouver un choc émotionnel suffisamment puissant pour que tu libères ta vraie force.

_ On va titiller la petite bête en toi, fait Phil goguenard.

_ Attendez ! Vous voulez dire... me faire entrer en frénésie ?

_ Tout à fait, répond Jacqueline. D'habitude, les louveteaux n'ont pas besoin de tant de stimulation mais il faudra bien faire une exception dans ton cas. Dis-moi, c'est donc toi qui a recueilli la petite enfant de Gaïa ?

_ Oui ! Mais je vous préviens que je n'accepterai pas qu'on la mêle à ça.


Je regarde Satsuki en quête d'une approbation de sa part mais elle se contente de me regarder comme si elle me jaugeait. Si le fait de faire participer Valentine à mon entrée en frénésie ne l'inquiète pas, c'est qu'elle doit s'être soudain déconnectée du monde réel.


_ Nous n'aurons sûrement pas besoin d'elle mais c'est révélateur. Et je crois que j'ai quelque chose qui correspond. Nous avons reçu un message des marcheurs sur verre ukrainiens. Il serait peut être temps de t'envoyer sur une vraie mission. Je dois en parler avec Satsuki. Ed et Phil, occupez-vous de notre nouvel ami.


A contre coeur, je sors du bureau avec mes nouveaux « frères ». Phil me prend à part dès que la porte se referme.


_ Dis-moi, Max, ça t'intéresserait une connexion sans fil, sans abonnement, sans sécurités idiotes et sans soucis ? J'ai un pote qui peut m'avoir du wifi fabriqué dans un pays... dont on a rien à faire. Pas besoin de se connecter avec l'aide des grandes entreprises et impossible à infecté par un virus. La protection contre les flaïels informatiques est offerte.

_ Euh... c'est à dire que mon pc n'est pas très puissant ni très récent Phil. A mon avis ce ne sera pas compatible.

_ Pas de problème. Je crois qu'il reste quelques unes de ces unités centrales expérimentales à un pote à moi. Bon, bien sûr, c'est top secret mais je fais un prix pour mes potes marcheurs sur verre.

_ C'est à dire... J'y connais trop rien en informatique, donc je sais pas si...

_ Hé ! Tu crois que je te fourgue du matos sans aide ? J'ai un pote qui a conçu un manuel pour faire fonctionner n'importe quelle bécane. Un autre pote l'édite sous le manteau. Bon, il se fait une belle marge financière dessus mais on peut pas lui en vouloir, hein ?

_ Laisse tomber Phil, intervient Ed. J'en ai marre de tes trucs débiles qui ne marchent jamais.

_ Ed, mon pote, mon vieux, mon vieux pote, tu ne crois quand même pas que je t'ai refilé de la daube consciemment non ? C'est pas d'ma faute si ce lot de liquide de freins était pourri. Je m'suis fait doubler par un pote... enfin un ex-pote qui m'a presque vendu aux flics. J'ai perdu aussi des billes dans l'affaire mon vieux.

_ Et ton foutu démarreur ?

_ Le démarreur ?

_ Ouais, le démarreur !

_ Ah oui, le démarreur. Non mais là j'admets que c'était de ma faute. Un peu. Mon pote m'avait prévenu que y'avait pas de garantie, qu'il connaissait pas trop le pote de son pote qui connaissait le mec qui pouvait l'avoir. Bon, j'ai pas vérifié. Mais c'est le commerce aussi. Faut parfois montrer au vendeur que ta confiance en lui pour qu'il te contacte sur d'autres occasions.

_ D'autres occasions ! J't'en foutrai moi. Va jouer avec ton ordinateur et laisse le gamin tranquille.

_ OK, OK ! Du calme mon pote.


Phil se replie vers le bar et ouvre à nouveau son portable dont il ne lève bientôt plus la tête.


_ Euh... merci Ed.

_ Pas de quoi ! Je me suis fait avoir plus souvent qu'à mon tour avec ses combines foireuses. Alors ? Qu'est-ce que tu penses de notre petit sept ?

_ C'est... euh sympa.

_ Si tu veux je pourrai regarder ta voiture un de ces quatre. Je peux lui apporter pleins de petites améliorations. Et pas d'embrouilles avec moi. Que de la bonne mécanique et de bons esprits.

_ Je n'ai pas de voitures. Mais c'est gentil Ed. Dis-moi, Satsuki ne t'aurai pas confié sa décapotable à un moment ?

_ Ouais, dès qu'elle est arrivée au sept. Pourquoi ?

_ Non, comme ça. Je comprends bien des choses.

_ C'est que c'est une sacrée fille la gamine. Je sais pas si je dois te féliciter ou te plaindre qu'elle t'est pris en charge. En tout cas tu vas pas t'ennuyer.

_ Non, ça, je sais.


Satsuki et Jacqueline sortent du bureau. Le visage de Satsuki est fermé et Jacqueline s'approche de moi.


_ Bien, je crois que nous avons une solution. Très franchement, si celle-ci ne marche pas, c'est que tu es un vrai moine zen.

_ Non, là, j'en doute.

_ Satsuki va t'emmener et te dire ce que tu dois faire. J'espère que tu es prêt pour ton rite de passage jeune homme.



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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Lun 30 Aoû - 13:48




Chapitre 11 : Le rite de passage






Satsuki roule comme à son habitude. C'est à dire bien trop vite. J'ai beau savoir que cette voiture a chaque centimètre bourré d'esprits, je ne suis pas tellement rassuré. Heureusement, j'ai autre chose à penser. Nous roulons à toute allure vers mon rite de passage. J'ai déjà connu la crainte des examens. Mais là ça dépasse l'entendement. Mon corps est tétanisé. Je me demande si je serai à nouveau capable de bouger lorsque nous serons arrivés. Je suis juste encore capable de quelques capacités intellectuelles. La première chose à laquelle je pense, c'est que, si je dois me retrouver dans une « situation délicate », les élancements de mes blessures ne joueront pas en ma faveur. Je suis encore un peu sous le choc et je ne me sens pas prêt. Pas du tout. J'essaie de faire entrer mes lèvres en mouvements.


_ Tu m'as l'air bien sérieuse, Satsuki.

_ Ce que nous allons faire est loin d'être drôle.

_ A ce point là ?

_ Tu n'as pas idée.

_ Qu'est-ce que je vais devoir faire ?

_ Te battre, tu t'en doutes. Mais pas contre n'importe qui. Des humains.

_ Quoi ? Des humains... des Hommes ? Pas des monstres.

_ Oui, mais qui travaillent pour Pentex.

_ Mais c'est quand même des Hommes. Des êtres humains !

_ Auxquels tu auras sûrement à faire face tôt ou tard de toute façon. Des bien plus dangereux mêmes.

_ Qu'est-ce qu'ils font ?

_ En réalité, ils travaillent seulement pour un membre du conseil d'administration de Pentex. Tu n'as sûrement jamais entendu parler de Benjamin Rushing.

_ Non, évidemment. Je suppose qu'à ce niveau-là, personne ne les connaît.

_ Quasiment oui. Rushing est l'archétype de la distinction anglaise. C'est le numéro 3 de Pentex. Il était professeur dans une université réputée. Sa famille sert le Ver depuis des siècles. Il s'est préparé à prendre la suite dès son plus jeune âge. D'après ce que l'on sait de lui, c'est le plus perspicace et le plus cultivé de tous les membres du conseil. C'est bien dommage qu'un tel cerveau soit au service du Ver.

_ Et qu'est-ce qu'il a à voir avec mon rite de passage ?

_ Les personnes que nous allons voir garde la marchandise pour lui. Ta mission est simple. Il faut lui prendre.

_ C'est tout ?

_ Tu sais qu'ils ne te laisseront pas faire.

_ Je préfère ne pas y penser pour l'instant.


Nous sortons de la ville. On se dirige vers le nord je crois. Je m'en fous je dois dire. Je vais devoir me battre contre des employés du Ver. Je n'ai pas beaucoup d'expérience de garou mais je comprends bien qu'ils devront rester à terre. Ou alors ce sera moi.


_ Je suppose que je ne dois pas attendre d'aide de ta part.

_ Je ne te laisserai pas mourir, si c'est ça que tu veux dire. A moins que ça n'aille trop vite pour moi.

_ Ce ne sont que des humains non ?

_ Je ne parlais pas d'eux.

_ Je me suis fait rétamer par un jeune vampire, y'a même pas deux jours.

_ Ce sera différent cette fois, crois-moi.


J'envie son optimisme. J'ai l'impression qu'elle sait plus de choses sur ce qui va arriver qu'elle ne veut bien en dire. La ville a laissé la place à la campagne à perte de vue


_ Tu crois que je vais me transformer ?

_ Je n'en doute pas un seul instant.

_ Tu es sûre ? Comment tu peux si bien connaître ma réaction.

_ Max, soyons clair. Si ce que nous allons faire là-bas ne déclenche pas un accès de rage de ta part, c'est moi qui te massacre. Et je ne plaisante pas. Je sais que tu vas le faire car une fois sur place tu n'auras pas d'autre choix, tu verras.


Je la détaille du regard. J'ai du mal à y croire mais Satsuki est des plus sérieuses. J'ignore ce qu'elle et Jacqueline m'ont préparé mais ça a l'air d'un truc énorme.


_ C'est quoi cette marchandise ?

_ Je ne peux pas te le dire. Tu sauras quand on y sera.

_ Bon sang Satsuki, c'est risqué. Comment savoir si je me transformerai devant ce truc si je ne l'ai jamais vu avant. Tu te rends compte que tu ignores peut-être ce qui peut vraiment me mettre en colère ?

_ J'en ignore encore beaucoup sur toi et ta colère, c'est vrai. Mais je suis sûre de mon coup. Tu entreras en frénésie.

_ Et si je ne m'arrête pas ? Imaginons que je me transforme, que j'entre en frénésie et que je tue tous les gardiens. Si je ne me calme pas ensuite, qu'est-ce qui va se passer ? Tu seras ma dernière cible.

_ Tu crois que je n'ai jamais eu à faire à un garou en frénésie ? Je te rassure Max, tu es sûrement un puissant arhoun mais si tu m'attaquais je saurai encore te maîtriser. Et tu as une très forte volonté. Il te sera facile de combattre la frénésie le moment venu.

_ Je l'espère.

_ On arrive ! Écoute bien. Si jamais on rencontre quelqu'un avant d'arriver où il faut, tu me laisses parler, compris ?


J'acquiesce. Satsuki tourne sur un petit chemin de terre délavé. La voiture ne s'embourbe pas. Je sens tous mes muscles se crisper lorsque nous pénétrons dans un grand bois. Nous ne mettons pas longtemps avant de nous arrêter devant une sorte de petit bunker. Nous descendons de voiture.


_ Qu'est-ce que c'est ?

_ Un ouvrage oublié de la ligne Maginot. Ou plutôt un ouvrage que les humains ont préféré oublier. Je ne saurai pas te dire quelles horreurs y ont eu lieu pour qu'il soit fuit comme un endroit maudit, ce qu'il est sûrement d'ailleurs, mais des horreurs, il s'en perpétue encore là-dessous. Le groupe qui travaille pour Rushing s'y est installé. Ils ne sont pas très armés. Leur boulot a surtout besoin de discrétion. Les marcheurs sur verre ukrainiens enquêtent depuis longtemps sur leurs activités. Ils ont finalement appris où se trouvait leur cache française. Et aujourd'hui, on vient faire le nettoyage.

_ Qu'est-ce qu'ils peuvent bien cacher là dedans ? Ce n'est pas très grand.

_ Tu n'es jamais entré dans un bunker ? Il y a bien des choses à découvrir là-dessous. Ici ce n'est qu'un petit poste avancé, c'est vrai. Mais certains ouvrages de la ligne Maginot courent sur des kilomètres en dessous du sol.


Je regarde la petite porte en métal rouillé.


_ Il va falloir entrer là-dedans.

_ Très perspicace mon grand. Ah, au fait, donne-moi ton klaive. Désolée mais tu n'auras que tes griffes et tes crocs pour sortir de là.

_ Tu assures mes arrières non ? Je veux dire, si je ne réussis pas à « nettoyer » cet endroit tu le feras.

_ Oui. Mais je n'en aurai pas besoin. Tu vas y arriver.


Sans partager l'enthousiasme de Satsuki, je lui tend le klaive puis je m'approche de la porte. Bien qu'elle ait l'air rouillée, elle est fermée à clef et résistante. Je l'observe de plus près.


_ Un trompe-l'oeil, encore. Cette porte est loin d'être vieille et rouillée. Sans transformation je ne pourrai pas l'ouvrir.

_ En temps normal, je devrais te laisser t'énerver dessus. Mais le temps nous est compté.

_ Euh... il y a un temps limite au rite de passage ?

_ Non. Mais notre mission est urgente. Tu comprendras. Écarte-toi, je t'ouvre le passage.


Satsuki utilise le klaive qui fait fondre la serrure comme un rien.


_ Je vais t'amener à l'endroit prévu, puis je te laisserai te débrouiller.


Satsuki s'enfonce dans l'obscurité de l'ouvrage et je la suis sans plus me poser de question. Le tunnel est sombre et descends légèrement. Le klaive nous fournit un peu de lumière mais je me doute que Satsuki a déjà changé ses yeux en ceux d'un loup. Nous sommes aux aguets.

Le couloir se divise en deux. Sans hésiter, Satsuki emprunte celui de droite. Au bout d'à peine deux mètres, elle ouvre une porte (d'époque celle-la) sur sa droite. Il y a un vieil escalier que nous descendons promptement et en silence. J'ai l'impression d'être en opération commando. Du moins j'imagine que c'est l'impression que ça fait. En bas Satsuki prend encore à droite, s'enfonçant plus loin dans les méandres de la terre. Les galeries forment un ensemble bien plus vaste qu'il ne pourrait jamais y paraître en surface. J'ignore comment Satsuki se repère, je suppose que les ukrainiens étaient vraiment bien renseignés, mais je m'aperçois que je ne sortirai pas de là sans elle. Si toutefois il m'est permis d'en ressortir un jour.

La jeune marcheuse sur verre s'arrête à un coude de couloir. Après le tournant se trouve une grosse porte de métal.


_ C'est là qu'ils sont, me dit-elle doucement en me regardant de ses yeux de loups. Je t'attendrai derrière le seuil de la porte. Je n'entrerai dans la salle que lorsque tu auras fini.

_ Bien !


Mes tripes se nouent. J'ai l'impression que je vais en vomir d'horreur. Mais qu'est-ce que je fous ici ? Satsuki s'approche de la porte et je la suis. L'odeur du métal rouillé m'est insupportable.


_ Je vais frapper. Ils ont un code secret que nous connaissons. Ils ne devraient pas être sur leurs gardes en ouvrant. Fais bien attention quand même.


Je ne dis rien. Je ne suis pas prêt. Je ne serai jamais prêt pour ce genre de choses.


_ Maintenant je dois te révéler ce qu'ils gardent ici.


Mon sang ne fait qu'un tour. J'attends les paroles de Satsuki comme un homme jeté par dessus bord attends la bouée de sauvetage qui lui sauvera la vie.


_ Ce sont des enfants !

_ Quoi ?

_ Des enfants, Max. Rushing est un pédophile notoire mais cela ne dérange ni le Ver ni les autres membres du conseil. Il a de petits réseaux en Europe de l'est, en Afrique et en Asie pour s'approvisionner en chaire fraîche. Ils enlèvent des enfants pauvres, les « préparent » et les envoient au compte goutte vers les États-unis.

_ C'est... impo... impossible.


Satsuki m'attrape par les épaules à m'en faire mal. Je m'aperçois à peine que la stupeur a fait disparaître mes autres douleurs. Et je suis beaucoup plus préoccupé par le fait qu'elle pleure.


_ Je n'ai pas besoin de te dire quel genre de tortures ils leurs font subir pour envoyer de bons petits esclaves à Rushing. Entre là-dedans Max ! Et tu as intérêt à en ressortir les mains couvertes de sang ou je te tue !


Je sens une colère effroyable monter en moi. Jamais je n'avais été dans un tel état de fureur. Peu importe la transformation, la frénésie et toutes ces conneries. Je les aurai tous à mains nues.


_ Et maintenant pense à Valentine, Max ! Si c'était elle qui était dans l'une de leur cellule ? Si c'était elle qui était torturée et violée depuis des semaines où des mois là-dedans ! Pense à elle Max !


Un jus bouillant se répand dans mes veines. Je brûle de l'intérieur. Je sais que Satsuki m'a lâché quand je l'entends taper contre la porte dans un certain ordre. Je ne sais pas lequel. J'en ai plus rien à foutre. Je brûle. J'ai du mal à garder les yeux ouverts. Ma tête est lancée de coup sourds et douloureux. Les murs, le plafond et le sol se colore de rouge sang. Ma gorge me fait mal. Je lâche un hurlement qui ne la soulage pas.


La porte s'ouvre.


Des griffes jaillissent. Elles lacèrent la petite chose sur le seuil. Des crocs se plantent. Ils gouttent au sang. Ils adorent ça.


Il y a des cris partout.


Une autre proie à droite. Un bond et deux poings énormes écrasent sa tête. C'est comme une fontaine.


Deux autres juste derrière.


Des bouches s'ouvrent. Des doigts arrachent les mâchoires inférieures. Ils ne crient plus. Les griffes et les crocs fendent l'air. Ils attaquent, déchiquettent, lacèrent, coupent, tranchent.


Des crépitements dans l'air.


La foudre parcoure le corps velu.


Les mains saisissent l'ombre sur la gauche. Elles plongent dans sa chaleur visqueuse et en ressortent tout ce qu'elles ont pu arracher.


Où sont-ils ? Il n'y en a plus que deux accroupis.


Un bras envoie le premier dans les airs.


Le second est malmené par une jambe tordue et puissante qui s'abat sans cesse sur son ventre qui finit par céder.


Le dernier se remet debout. La main l'attrape et répand son crâne sur le mur.


C'est finit ?


Non, cette odeur, derrière. Elle est près de la porte. Elle ne bouge pas. Pas besoin de courir. Une proie facile.


_ Max ? C'est moi !


Une voix qui charme. Une hésitation. De courte durée.


_ Max ? C'est Satsuki.


Une autre hésitation. Plus longue. Mais les crocs veulent du sang. Encore.


_ Max ! Arrête-toi maintenant ! C'est finit.


Les jambes ne marchent plus. Les griffes tremblent.


_ Max ! Concentre-toi ! Tu peux t'arrêter.


Les jambes veulent avancer. Les griffes veulent frapper. Les crocs veulent goûter.


_ Max ! Ne m'oblige pas à t'affronter. Reprends tes esprits.


Ma tête me fait si mal. Je porte mes mains sur mon crâne brûlant et je m'écroule. J'ai l'impression que l'on a vidé toute mes forces, toute mon énergie. Je n'ai qu'une seule envie. Rester au sol et attendre que ça se termine. Quoi ? Je n'en sais rien. Mais que ça s'arrête.


_ Max ?


Mes yeux se rouvrent. Satsuki est penchée sur moi.


_ ... Sat... su... ki...


Je n'arrive pas à parler. Pas correctement. Je veux lancer une main vers elle pour implorer de l'aide. J'aperçois un bras monstrueux. Je sursaute. Une violente poussée d'adrénaline me remet d'aplomb. Je regarde mon corps. Je suis un crinos. Oh bordel ! Je suis un crinos !


_ Respire Max, c'est finit.


Qu'est-ce qui est finit ? Tout me reviens d'un coup. La porte ! Et les griffes ! Et les crocs ! Et le sang ! Je regarde autour de moi. C'est un massacre. Juste à mes côtés, il y a un homme assez jeune avec une coupe militaire au tronc ouvert. Je me souviens que c'est moi qui lui ait éclaté la cage thoracique à coups de pied. Plus loin devant moi ce trouve la personne dont j'ai explosé la tête contre le mur. Je ne saurai jamais quel était son visage. Un peu sur la droite, il y a la fille que j'ai éviscéré. Elle a de long cheveux noirs qui devaient déjà être dégoûtants avant que je ne les souille de son propre sang. Il y a aussi la fille et le mec à qui j'ai arraché les mâchoires. Ils sont méconnaissables tant je les ai découpés. Un autre mec sans tête jonche le sol. Et puis il y a le dernier. Celui qui a ouvert la porte. Je l'ai coupé en deux. Je ne le savais même pas.

Qu'est-ce que j'ai fait ? Je veux me relever, mais une douleur aigu me vrille le dos.


_ Doucement Max ! Ils ont quand même eu le temps de t'envoyer une rafale. Heureusement ils n'attendaient pas de garous. Ils n'avaient pas de balles en argent. Il faudrait quand même les retirer avant que les plaies ne se referment. Ne bouge pas. Je vais sûrement te faire mal mais on a pas le choix.


Satsuki attrape son sac et en sort une pince et des compresses imbibés d'alcool à 90. Elle nettoie l'instrument puis l'enfonce dans une blessure et en ressort aussitôt une balle. Je sers les dents mais je ne tiendrai pas.


_ Je... je ne suis pas très douée pour ce genre de choses. Désolée Max. Tient le coup. Après tu guériras très vite.


Tenir le coup est difficile. Satsuki applique une méthode des plus involontairement brutales. Elle est d'avis qu'une fois la balle attrapée, il vaut mieux un coup sec pour la faire sortir tout de suite. Un humain aurait des blessures plus importantes après ce genre de soins qu'avant. Je ne peux m'empêcher de pousser un soupir de soulagement lorsqu'elle termine.


_ Reste un peu allongé. Je vais faire un peu de ménage par ici. Ces enfants ont déjà subis suffisamment d'horreurs pour ne pas voir ça.


Elle se lève et commence à traîner les corps vers des pièces désertes à côté. Je me « repose ». En fait je réfléchis beaucoup. Je ne regarde pas Satsuki emporter mes victimes (mes proies). Je ne sais pas qui ils sont. Je ne veux pas le savoir. Je sais qu'ils ont fait des trucs horribles. Et même pires que ça. Même morts, je ne pourrai leur pardonner leurs actes. Mais je n'ai jamais été pour la peine capitale. Et aujourd'hui je suis devenu bourreau. Je me sens triste. Perdu. Qu'est-ce qu'il m'est arrivé ?

Ma fourrure est tâchée de sang. Son odeur m'insupporte. Je fais le vide pour retrouver ma forme humaine. C'est étrangement facile. Rien ne vient me perturber. Je sens une chaleur se répandre dans mon corps. Rien à voir avec la brûlure de tout à l'heure. Ma peau glisse sur mes muscles, ça me chatouille un peu. Très vite, étonnement vite, j'ai retrouvé ma forme humaine. Je me redresse.


_ Et bien, tu t'y es fait drôlement vite à cette transformation, finalement, me lance Satsuki d'un ton étonné alors qu'elle réapparaît sur le seuil de la porte. J'ai pensé à te prendre des vêtements de rechange dans le sac.

_ Satsuki ? Tu crois que je suis un vrai loup garou ?

_ Tu en doutes encore ?

_ Ces gens ! C'étaient des erreurs humaines. Des horreurs avec des jambes. Pourtant, je crois que je regrette de les avoir tués.

_ C'est ta conscience d'homidé, Max. C'est normal.

_ Tu crois que je m'en débarrasserai un jour ?

_ Oh non ! Jamais ! Mais on fait avec. C'est bizarre au début. Et puis ça va mieux quand on commence à comprendre.

_ A comprendre quoi ?

_ Que nous ne menons pas un combat normal. Que notre but n'est pas d'envoyer les méchants en prison pour que les gentils vivent heureux. Que nous ne sommes pas la justice. Ce que tu as fait ce soir pourrait être interprété comme un acte héroïque par certains. D'autres y verront seulement un meurtre. Mais en fait personne ne détient la vérité. Est-ce qu'on aurait mieux fait d'avertir les forces de l'ordre plutôt que de venir ici ? Je n'en sais rien. Nous ne sommes pas des héros ou des justiciers. Nous sommes des bêtes. Nous ne nous battons pas contre des criminels mais contre le Ver. Même dans le cas de simples humains, nos armes ne sont pas des flics et des tribunaux. Nous avons nos griffes et nos crocs. Et tout ce que l'on peut faire, c'est s'en servir. Sors-toi la morale humaine de la tête, Max. Elle n'a pas court ici. C'est terminé. Tu ne peux pas combattre le Ver comme ça.


Satsuki attrape un autre corps et le traîne dehors. J'attrape machinalement les vêtement et je m'habille. Je suis encore pétri de douleur. Ses paroles m'ont un peu remontée. Elle a raison. Je suppose que je devrai attendre encore longtemps avant de les comprendre vraiment. De les faire miennes. Les corps ont presque tous disparus. Sur le mur du fond, il y a trois portes de métal. Elles comportent toutes une petite trappe en bas pour faire passer la nourriture.


_ Max ! Ils avaient leurs chambres dans les premières portes sur la gauche. Tu pourrais aller chercher les couvertures et recouvrir le « reste » ?

_ Ouais.


Je peux encore faire ça. Je vais prendre les couvertures et cache les tâches de sang et les parties déchiquetées des corps trop petites pour être ramassées. Quel carnage. Je prends aussi les draps, les matelas, les coussins, leurs vêtements. Tout ce que je trouve pour camoufler ce champ de bataille. J'ai trouvé de vieux panneaux d'affichages pourris s'ils sont en bois ou rouillés pour ceux en métal.

Je ne contemple pas mon oeuvre achevée. J'aimerai en finir. Satsuki a débarrassé le dernier cadavre. Une dernière tâche nous attends. Nous approchons des portes.


_ Tu vas comprendre qu'il existe des situations bien plus terribles à affronter que d'utiliser ses griffes et ses crocs. J'ai récupéré les clefs. Prend la porte de gauche. Évite d'être brusque.


Même si je suis dans une sorte d'état second, je n'avais pas besoin de cette précision. J'ouvre la porte. La cellule est presque vide. Elle ne comporte que des murs gris et humides. Il y a un lit de camp. Dessus, deux fillettes un peu plus jeunes que Valentine dorment enroulées dans une seule couverture. Je suppose que dormir est l'une des rares choses qu'elles peuvent se permettre ici. La porte cogne contre le mur et elles se réveillent en sursaut. Elles me regardent avec des yeux terrifiés. Je ne bouge pas du seuil.

L'une d'elles, apparemment la plus grande ose enfin demander quelque chose en ukrainien d'une voix tremblante. Voilà une difficulté supplémentaire. Je m'écarte et fais un signe vers la sortie. Elles ne bougent pas. Je vois tout de même qu'elles ont l'air intrigué. Aucun de leurs geôliers n'a pris autant de précautions sûrement. Elles doivent bien sentir que quelque chose de pas ordinaire vient de se passer. Je sors doucement en les regardant. J'espère qu'elles comprendront. Satsuki se défend mieux. Elle a réussi à se rapprocher du lit d'un garçon et d'une fille, tous deux dans les environs de douze ans, et elle recule peu à peu en leur faisant des signes d'invitations. Le garçon sort du lit et fait un pas. Personnellement, je m'appuie contre le mur et j'attends. Je voudrai aller ouvrir la dernière cellule mais je ne peux pas perdre de vue les deux premières fillettes. La plus grande finit par prudemment passer la tête dehors. Elle constate que tout a changé. Je ne fais pas le moindre geste pendant qu'elles sortent. Satsuki réussit à amener les siens et me confie leur garde en attendant de faire sortir les deux derniers.

Je reste quelques minutes en la compagnie de ces quatre gamins. Je ne fais rien, je ne dis rien. Mais je pense. Les voir là me soulage. Les avoir sortis de leur calvaire est sûrement la meilleure chose que j'ai jamais faite de ma vie. Mais je continue de me sentir coupable. Se débarrasser de la morale humaine c'est aussi facile que de s'arracher une partie du cerveau. Je ne sais pas si ça viendra en fin de compte.

Satsuki sort avec deux autres fillettes.


_ Bon on va y aller. J'ouvre la marche et toi tu restes derrière. J'ai prévenu Ed. Il nous attendra avec le minibus. Tu penses que ça va aller ?

_ Beaucoup mieux quand on sera sortis de cette tombe. Allons-y !




Explications de texte :

La violence exprimée ici est à nouveau à prendre avec beaucoup de recul. Il faut bien voir que les garous ne combattent pas n'importe qui et que cela ne se passe pas dans le monde réel où la donne est différente. Durant toute l'histoire, chaque acte de violence ne doit pas être pris comme une incitation à la haine, à la violence, voir au meurtre envers quiconque, même dans le cas de situation particulièrement sensibles comme c'est le cas dans ce chapitre. La société décrite dans loup garou : l'apocalypse est inspiré par la notre mais ce n'est pas la notre, justement. Il faut toujours avoir en tête que les garous combattent des êtres et/ou des situations surnaturelles et violentes avec des moyens surnaturels et violents.


Je crois que comme entrée dans un monde sombre et glauque, on trouvera difficilement mieux. J'ai eu bien du mal à concevoir ce chapitre, même s'il s'est finalement écrit très facilement par la suite, dû évidemment au sujet sensible de la pédophilie qui y est abordé. J'espère d'ailleurs que personne n'a été choqué de trouver ce genre de thème dans une fanfic, je sais que c'est un sujet très difficile, même pour des personnes qui se sentent concernées par la défense des enfants maltraités, comme c'est mon cas. J'avoue que j'attends vos réactions avec impatience pour voir ce que vous an avez pensé.
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Lun 30 Aoû - 16:55


Chapitre 12 : Retour au sept






Le sept des treize ne change pas beaucoup de jour. Il n'y a personne lorsque nous descendons de voiture, Satsuki, Valentine et moi. Les autres doivent nous attendre dans un chalet. Dans d'autres circonstances, je m'informerai de ce que je sais déjà par simple plaisir de la discussion. Mais pas aujourd'hui. Je suis fatigué. Les derniers jours ont été difficiles. Depuis le « nettoyage » du bunker, mes rêves sont hantés par des griffes et des crocs jaillissant en tout sens. Ils ouvrent de la chair et s'abreuvent de sang. Je me suis parfois réveillé en sursaut en effrayant Emilie et Valentine. Je n'ai rien dit à la gamine. J'en ai parlé de manière évasive à mon amour. Je ne souhaite pas m'étendre là-dessus. Du coup, elles ne se sont pas beaucoup reposées non plus ces temps-ci. J'ai dormi sur le canapé depuis avant-hier mais la môme a encore les yeux fatigués. Je la soulève et la sort de la décapotable. Je la garde dans mes bras. Satsuki contourne la voiture sur un air faussement embêté.


_ Venez ! Ils doivent nous attendre ! Si Phil n'avait pas essayé de me refourguer encore une de ses camelotes, nous serions en avance.

_ Ce n'est pas si grave. On a même pas deux minutes de retard.

_ Oui mais je vais encore me faire charrier.

_ Alors allons-y !


Le petit sourire de Satsuki s'efface. Elle cherche à plaisanter en espérant que je répondrai. Mais je ne suis pas d'humeur. Elle se contente d'ouvrir le chemin et je la suis en portant Valentine.

Je ne me sens pas très bien à vrai dire. Je suppose que ma petite histoire sera déjà parvenue au sept et que tout le monde saura ce que j'ai fait. J'ai du mal à imaginer que je vais revoir les autres pour la première fois depuis notre enlèvement et qu'ils me jugeront déjà. Que ce soit en pensant que je suis un héros ou un meurtrier m'est égal. J'aurai aimé n'avoir rien à raconter ou à justifier.

Nous montons les escaliers qui mènent à la terrasse. Satsuki ouvre la porte et entre. Je la suis, non sans craintes. Les visages se tournent vers nous à notre arrivée et tous sont souriants. C'est donc à ce moment que je m'aperçois que Kevin n'est pas là et Igor non plus. Sarah, Axelle et Bashir semblent heureux de nous revoir. C'est plus difficile à dire pour Razor, Spiritual-voice et notre ami lupus qui n'a pas encore de nom. Ils nous regardent sans bouger. Sellie, Goldgloves, Héléna, Angus et Torrence semblent également ravis.


_ Désolée du retard, annonce Satsuki.

_ Rien ne presse, répond Sellie. Ce n'est pas une assemblée très importante. Nous faisons juste le point pour voir où en sont les jeunes.

_ Oui, oui, je sais.


Satsuki rejoint les « anciens » tandis que je pose Valentine.


_ A ce propos, comment vas-tu Max ? Me demande Sellie. J'ai entendu dire que tu avais eu une semaine chargée.

_ Plutôt oui. Mais ça va.


Sellie me regarde en souriant et ne dis plus rien. Je vais saluer les autres. Ils m'ont l'air d'être en forme. Je trouve Sarah changée. Les racines de ses cheveux se sont particulièrement éclairées. Elles sont presque blondes.


_ Que t'es-t-il arrivé ?

_ Rien ! C'est ma couleur naturelle. J'ai juste laissé tomber toutes les saloperies chimiques que je me mettais sur le crâne.

_ C'est une bonne idée.


Je crois qu'elle est étonnée que je n'en dise pas plus mais je n'ai pas envie de parler de choses un peu futile. Pas plus que de choses sérieuses. Je me tourne vers Bashir à qui je sers la main.


_ Comment tu vas toi ?

_ Pas mal, me répond-t-il. J'ai pas encore fait grand chose.

_ Et ton père ?

_ Je... je n'ai pas encore osé lui dire. J'ai essayé pourtant.

_ Ouais, c'est pas facile. J'en sais quelque chose.

_ Et ton père à toi ? Tu as appris un truc ?

_ Non ! Je n'ai pas eu le temps d'aller voir ma mère.

_ Tu en as fait beaucoup ces derniers temps ?

_ Pas mal oui.


Je détourne le regard. Il me semble que Axelle a un air curieux.


_ C'est à dire ? Relance Bashir.

_ C'est à dire pas mal. Qu'est-ce qu'elle a Axelle ?

_ Euh... ça ne c'est pas très bien passé avec sa tante. Elle a pris peur. Genre une peur panique il paraît. Elle n'arrivait plus à se trouver dans la même pièce que sa nièce. Elle a essayé. Mais ça a raté.

_ Dommage. Elle ne mérite pas ça.

_ Ouais.

_ Et Kevin ?

_ Pas de nouvelles.


Je sens que Bashir veut me relancer sur ce que j'ai fait cette semaine mais il doit avoir compris que je ne suis pas d'humeur et ne dit rien. D'autres chaises ont été amenées et je m'installe sur l'une d'elles. Valentine vient se mettre sur mes genoux. Je crois qu'elle essaie de me réconforter depuis que je suis rentré de mon rite de passage, même si elle ignore ce qui est arrivé. Les autres prennent places également.


_ Bien ! Commençons, déclare Goldgloves. Pour l'instant, nos jeunes n'ont pas eu grand chose faire. Mais cela va changer. Les temps qui vous attendent vont être chargés.

_ Nous avons quelques difficultés avec votre groupe mes enfants, continue Sellie. Voyez-vous, les rites de passage concernent normalement une meute de jeunes d'une même tribu. Certains peuvent se passer avec un seul jeune. Mais dans d'autres cas, c'est plus difficile.

_ Pour être tout à fait clair, reprends Goldgloves, les cas de Sarah et Axelle nous posent problèmes. Elles doivent affronter des rites dangereux qu'elles ne pourront jamais réussir seules. Elles auront besoin d'aide.

_ Évidemment nous allons les aider, fait Bashir.

_ Sûr, renchérit Valentine.

_ Nous n'en attendions pas moins de vous, fait Sellie.

_ Il n'y a que Sarah et moi qui ayons besoin d'aide ?

_ Oui. Valentine, Razor, Bashir et Griffes Tonnerre passeront seuls.

_ Griffe tonnerre ? Je demande.


Le lupus sans nom se lève et se tourne vers moi.


_ C'est lui qui a choisi son nom, explique Torrence.

_ Sans conteste un nom d'arhoun, reprend Sellie. Je disais donc qu'eux peuvent, ou doivent se débrouiller seuls. Kevin est en train de passer son rite de passage en ce moment. Et c'est déjà fait pour Max.


Sarah, Axelle, Bashir et même Griffe tonnerre se tournent vers moi. Ils me regardent avec étonnement. Apparemment, personne ne leur a rien dit. Razor n'a pas beaucoup de réaction. Pour lui, un jeune qui a effectué son rite de passage doit être banal.


_ C'est vrai ? Demande Sarah avec une lueur d'excitation dans les yeux. Comment ça s'est passé ?

_ Euh... pas trop mal.

_ Mais qu'est-ce que tu as dû faire ? Demande Bashir.

_ Oui, explique ! Fait Axelle.

_ On aimerait bien savoir, dit Valentine d'un air très sérieux.

_ J'ai... je me suis battu. C'est tout.

_ Comment ça c'est tout ? Reprends Sarah. Tu t'es battu contre quoi ?

_ Des... ouais... des monstres.

_ Des fomoris ?

_ Non.

_ Ben quoi alors ?

_ C'est bon Sarah, ça suffit, intervient Héléna.


Sarah regarde sa tutrice et se tait. Je lui en suis très reconnaissant. Je crois qu'il m'est difficile de nier à présent que ce sujet me gêne. De toute évidence, les anciens sont intrigués par mon comportement. Satsuki me lance un regard navré. Elle avait peut être espéré que la présence des autres me forcerait à parler.

Sellie se lève.


_ Max, veux-tu m'accompagner dehors je te prie, j'ai besoin de me dégourdir les jambes.

_ Oui, d'accord.


Je réponds sans réfléchir. M'éloigner un peu de la réunion me semble une bonne idée sur le moment. Je laisse Valentine descendre de mes genoux. J'évite le regard des autres tandis que je rejoins Sellie devant la porte. Nous sortons et quittons l'ambiance lourde de l'intérieur.

Nous descendons doucement les escaliers. Je suppose que Satsuki va être bombardée de questions. Mais je sais qu'elle ne dira rien sans mon accord. C'est une fille réglo. Et les autres anciens ne semblent pas vouloir en parler non plus pour l'instant. Sellie arrive en bas de l'escalier et s'agrippe à mon bras.


_ Marchons un peu. Dis-moi, comment vas-tu mon garçon ?

_ Je ne sais pas. Physiquement, pas de problèmes. Les traces de balles ont déjà disparu.

_ Et ce que t'as fait ce vampire ?

_ Plus de traces non plus.

_ Donc c'est dans ta tête que ce trouve le problème.

_ Oui. Sellie...


Je regarde le visage de la vieille femme.


_ ... je me demande si je suis vraiment fait pour être un loup garou.


L'ancêtre sourit.


_ Tu raisonnes mal. Et donc tu te poses de mauvaises questions. Tu n'as pas à te demander si tu es fait pour être loup garou. Tu en es un. Et tu ne peux rien changer à cet état de fait. Creuse-toi la tête Max. Et trouve ce qui te pose vraiment un problème.


Je n'ai pas à réfléchir longtemps. Je sais très bien que ce n'est pas la vraie question. Ce qui m'inquiète me brûle les lèvres. Je n'ose pas le dire. Et pourtant si je ne le dis pas à Sellie, à qui d'autre le dirai-je ?


_ J'aime tuer.


La vieille femme garde le silence.


_ Vous comprenez, je n'ai jamais aimé la violence. Même quand j'ai dû l'utiliser. J'ai toujours considéré que tuer un homme c'est mal. Et pourtant j'ai pris du plaisir au goût de leur sang.

_ Tu es un garou, Max. C'est à dire que tu es un vrai chasseur comme les loups, et comme les hommes autrefois, à l'époque où ils en avaient besoin. Tu ne peux pas lutter contre ça.

_ Satsuki me l'a déjà dit. Mais je n'arrive pas à faire comme si c'était normal.

_ Oh mais ça ne l'est pas. Seulement notre combat ne l'est pas non plus. Pas pour un esprit humain. C'est un autre monde, Max. Le tiens n'existe plus. Ou n'a jamais existé. Tu as déchiré le voile. Ton esprit est plus âgé que celui de tes amis. Il est plus résistant à ce changement. Mais tu t'y adapteras.

_ Mais quand ? J'ai l'impression de devenir cinglé parfois. Je fais des cauchemars la nuit. Je n'ai plus d'envies le jour. Plus d'énergie. Parfois j'ai l'impression qu'il vaudrait mieux que je laisse tout ce bordel derrière moi.

_ Et tu es encore là. Ce qui prouve que tu as le sens des responsabilités.

_ je ne sais pas si je tiendrai le coup, Sellie.

_ C'est possible. Je ne te cacherai pas que des jeunes craquent aussi mentalement. Mais on peut se battre aussi contre ça. Quel est le premier souvenir que tu as de cette mission ?


Sans réfléchir, je vais répondre le sang étalé par terre et sur les murs. Les cadavres mutilés. L'odeur enivrante des tripes encore chaudes. Mais en réalité, une image est plus forte que toutes les autres.


_ Ils ont souris. Les enfants. Le temps que l'on sorte du bunker, je crois qu'ils ont vraiment compris que nous étions venus les libérer. Quand ils ont vu le soleil, ils savaient que ce n'était pas pour la dernière fois. Et ils ont souris.

_ C'est bien. Garde ça en tête mon garçon. A chaque fois que tu penseras à cet événement, pense à ce souvenir. Ça t'aidera à tenir le coup le temps que tu te fasses à ta nouvelle condition.


La vieille femme me tire vers l'arrière.


_ Rentrons maintenant. Lorsque nous serons au chalet, si tu as envie de parler, tu pourras le faire. Si tu n'en as pas envie, tu pourras te taire.


Nous nous en retournons. Durant les quelques mètres qui nous séparent de la maison en bois, je suis accompagné par les sourires des enfants, comme autant de soleils qui éclairent mon chemin. Je ne sais pas si je suis vraiment prêt lorsque nous nous retrouvons devant la porte. Mais il faut bien entrer.

La discussion qui était en cours s'arrête aussitôt. Quoi de plus gênant au moment de faire une entrée franchement ? Sellie n'y prête aucune attention et va s'asseoir et se tourne vers moi sans rien dire. Je suis libre de ma décision, comme elle l'avait promis. Je fais quelques pas. Soit je me décide à tout déballer maintenant, soit je regagne ma place. C'est aussi simple que ça.


_ Bon, en fait, j'ai réfléchi et... enfin... si vous le voulez bien sûr, j'aimerai vous raconter ce qui s'est passé durant mon rite de passage.

_ Nous ne voulons l'entendre que si tu es vraiment prêt à le raconter, fait Axelle dans une sagesse étonnante.

_ Je crois que oui. De toute façon, je me doute qu'il faudra que je le fasse un jour ou l'autre. Autant en finir maintenant.

_ Nul n'est obligé de raconter ce genre de chose, fait doucement Torrence. Nous autres astrolâtres n'en parlons jamais par exemple.

_ C'est votre choix. Pour ma part, j'aimerai partager mon expérience. Je crois que j'ai la force de le faire maintenant. Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, je dois vous parler du vampire.


Et je dis tout. Je commence par leur raconter ma « contre performance » face au vampire, une histoire que connaît déjà Valentine mais qu'elle suit néanmoins avec attention. Je leur parle ensuite du problème qui se posait à Jacqueline quant à ma transformation et à la décision qu'elle prit avec Satsuki. Enfin, je fais un rapport assez complet de notre visite au bunker. Emporté par mon élan, maintenant que je me suis lancé, je m'aperçois que je parle en prenant à peine le temps de respirer. Je déballe mon sac. Non seulement l'histoire de mon rite de passage mais aussi mes doutes et mes angoisses depuis qu'il est arrivé. Les personnes qui me font face ne sont plus des adolescents tirant encore sur l'enfance et que j'aurai dû ménager. Ce sont mes frères garous qui m'écoutent avec passion et sans m'interrompre. Jusqu'à ce que j'en termine.


_ Et bien, fait Bashir, quelle histoire !

_ Moi je crois que tu as eu raison, Max, déclare Sarah. Tu n'as aucune raison de t'en faire. Ces gens bossaient de manière ignoble pour le Ver. Il fallait s'en débarrasser.

_ Ce n'est pas si facile de tuer un homme Sarah, intervient Héléna. Parmi les guerrières des furies noires, nombreuses sont celles qui peuvent massacrer des troupeaux de fomoris sans sourciller, mais qui sont emplies de doutes au moment de griffer ou de mordre un humain. C'est une chose que le rite de passage ne nous apprends pas souvent à affronter.

_ C'est une situation qui doit être très dure à vivre, commente Axelle.


Je ne sais pas qui a raison ou tort maintenant. Ce que je sais, c'est que je me sens beaucoup mieux maintenant. Je n'ai plus rien à cacher. J'ai tout dit. Ils ne me jugent pas. En fait, je crois que chacun se demande ce qu'il aurait fait à ma place. De toute évidence, cela semble un dilemme pour Bashir. Difficile également de dire ce qu'il en est pour Axelle. Je crois qu'elle comprend ce que j'ai pu ressentir. Sarah admet que ma position n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Elle ne semble pourtant pas se départir de son point de vue initial pour autant. Je sais bien que les furies noires sont intransigeantes sur toute question concernant le Ver de près ou de loin. Sarah n'en démordra pas.


_ Bien, fait Sellie. Je crois qu'il est temps de préparer les rites de passage suivants. Je pense que les premiers qui auront lieu seront ceux qui ne nécessite pas d'aide extérieure. Ainsi, l'expérience que les jeunes auront acquis de cette manière servira à résoudre les rites suivants.

_ Cela me paraît juste, répond Goldgloves. Bashir sera bientôt prêt en ce qui concerne les crocs d'argent. Ce n'est plus qu'une question de jours.


A mes côtés, Bashir déglutit difficilement.


_ Axelle est presque prête également, lance Angus. Le temps que les premiers passent leurs rites sera mis à profit pour lui apprendre les dernières choses qu'elle doit connaître. Je suis sûr qu'elle réussira alors haut la main.

_ Griffe Tonnerre est plus que prêt à tenter son rite de passage, déclare Torrence. Je dois dire que j'ai rarement vu un jeune aussi doué.

_ Je suppose que Razor est plus que prêt pour effectuer le rite également, dit Goldgloves. Après tout, il attends ça depuis si longtemps.


Spiritual Voice se contente d'acquiescer.


_ Le temps que tout cela se déroule, nous serons prêtes à faire passer le rite à Sarah, fait Héléna. Nous manquons encore d'informations pour l'instant. Avec un laps de temps pareil, tout se passera dans les meilleures conditions possibles.


Tout le monde s'accordent sur l'ordre de déroulement des rites de passages. C'est à ce moment que Sellie se tourne vers Valentine.


_ Alors mon ange. Tu penses être prête toi aussi ?

_ Je ne sais pas.

_ Ne t'inquiète pas. Je suis sûre que tu réussiras. Mais c'est un rite difficile malgré tout. Il te faudra tout un mois pour en venir à bout.

_ Un mois ?


Valentine est attristée par la nouvelle. Elle me regarde avec ses grands yeux irrésistibles. Mais que pourrai-je bien dire ? Ce n'est pas à moi qu'appartient la décision.


_ Je sais que ce sera long de te passer de tes nouveaux amis durant tout ce temps ma mignonne, mais c'est hélas nécessaire. Ne t'inquiète pas, tu verras, ça passera vite.


Valentine acquiesce sans rien dire. Puis elle monte à nouveau sur mes genoux et me serre fort dans ses bras. J'ai du mal à ne pas réagir. Je dois dire quelque chose.


_ Je... je pourrai peut être venir la voir de temps en temps, non ?

_ Tu pourras la voir oui, réponds Sellie. Mais je crains que la réciproque ne soit pas possible.

_ Qu'est-ce que ça veut dire ?

_ Je suis désolée Max, mais je dois d'abord l'expliquer à Valentine avant que tu ne le saches à ton tour.


C'est difficile à admettre mais je comprends. Je me contente donc de serrer à mon tour la môme dans mes bras avant que ne vienne le moment de la laisser là. Je pense qu'Emilie sera très triste. Tandis que la réunion se termine, Axelle, Bashir, Sarah, Griffe Tonnerre et Razor viennent également consoler la gamine. Satsuki vient l'embrasser sur le front au moment du départ.


_ Ne t'en fais pas ma belle. Pense à ce que tu vas vivre. Lorsque nous nous reverrons, tu seras une véritable petite louve.

_ Si c'est pour en devenir une comme toi, alors ça vaut le coup.


Satsuki éclate de rire mais, lorsque nous sortons tous les deux du chalet, je vois bien que l'émotion fait perler une larme qui s'écoule lentement sur sa joue.


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Argail
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Lun 30 Aoû - 17:06


Chapitre 13 : Les chevaliers vert






La route est longue. Je commence à fatiguer sérieusement. Malgré la vitesse excessive de Satsuki, savoir que sa voiture est remplie d'esprits est finalement rassurant. Et la vision de l'arrière est moins effrayante que lorsque l'on se trouve à la place du mort. Je regarde Emilie. Elle est pelotonnée contre moi. Son regard est perdu dans le vide. Depuis que nous nous dirigeons vers le repaire des chevaliers vert, elle ne cesse de penser à cent à l'heure (c'est à dire bien moins rapidement que la décapotable ne roule). Ce qui se passe dans sa tête est évident. Se retrouver dans un groupe paramilitaire était loin d'être son ambition. Une semaine auparavant, elle aurait encore considéré ce genre de groupe comme des êtres à éviter avec le plus grand soin.

Mais le Ver changeait tout. Et en premier lieu, la perception que l'on a des choses. Tout un coup des femmes qui marchent dans la rue deviennent des prédateurs assoiffés de sang, des jouets incitent au meurtre et des terroristes se retrouvent du bon côté du champ de bataille. Et des jeunes filles douces et aimantes deviennent des soldats.

Je serre Emilie dans mes bras. J'ai autant envie de la laisser aller là-bas qu'elle d'y rester. Mais elle ne veux pas reculer. Et je ne saurai la contraindre de renoncer. Ma vie a tellement changé en quelques jours que je ne peux pas me permettre de juger les choix de quiconque. J'ai déjà fait trop d'erreurs. Je me contente de serrer Emilie contre moi en espérant que ses yeux n'auront pas trop changé la prochaine fois que je les verrai. J'ai l'impression que les miens se sont éteints depuis le bunker.

Je caresse doucement le dos d'Emilie. Il reste peu de temps avant que nous ne soyons séparés. Nous avons passé la frontière allemande depuis presque une heure déjà. D'après les indications de Satsuki, nous sommes presque arrivés. J'en ai des frissons. Elle ne nous a pratiquement rien dit sur notre destination. Ni à quoi ça ressemblerait, ni qui on y trouverait. Je n'ai pas vraiment peur de l'inconnu, Emilie non plus il me semble, mais on avait pas franchement besoin de ça maintenant. Elle était déjà bien triste de ne plus revoir Valentine avant un mois. Maintenant, elle allait se retrouver loin de tous ceux qu'elle connaît, entourée d'inconnus dans un lieu inconnus. Comme notre meute lors de notre enlèvement. Finalement, Emilie va aussi avoir son rite de passage. Mais elle ce n'est pas une louve.


_ Satsuki ?

_ Oui ?

_ Tu es sûre que je ne pourrai pas aller la voir de temps en temps ?

_ On en a déjà parlé Max.

_ Je sais mais...

_ Non ! Désolée ! Crois-moi, si tu pouvais le faire je t'y encouragerai sans hésiter. Mais ce n'est pas possible. On ferait repérer les chevaliers vert à y aller trop souvent.

_ Et se pointer en décapotable, ce n'est pas voyant ça peut être ? Je fais un peu aigri.

_ Ce bébé peut être très discret quand il le veut, répond-t-elle sur un air dégagé. Pourquoi crois-tu que les flics ne nous ont jamais repérés ou que nous ne nous sommes jamais fait attraper par un radar automatique ?

_ Les esprits.

_ Tout juste Auguste.

_ Donc on peut se rendre sans problème jusqu'à leur cachette !

_ Sauf que lorsque l'on se rend chez les chevaliers vert, notre problème ce n'est pas seulement les radars. Le Ver veille aussi.


Emilie frémit. Je crois qu'il est temps d'arrêter là cette discussion. Satsuki a raison de toute façon. Ce serait trop dangereux d'aller la voir ainsi. Je vais devoir me résoudre à être un peu seul ces prochains temps. Ce sera la première fois depuis l'enlèvement.

Nous empruntons de petites routes. Traversons des bois et des champs. Puis nous entrons dans une grande forêt particulièrement sombre alors que nous sommes au beau milieu de la journée. Malgré les chaos de la route et les pierres qui volent à notre passage, nous ne sommes pas secoués.


_Encore une cachette en pleine forêt ?

_ Il faut avouer que l'on fait rarement mieux. A part les grottes peut-être.


Nous arrivons enfin en vue d'une belle maison à poutres apparentes. Elle est assez grande. Tandis que nous nous arrêtons sur une sorte de parking, je m'aperçois qu'un vieil écriteau indique qu'il s'agit d'un hôtel. Autrefois il avait mérité trois étoiles.


_ Qui prendrait une chambre dans un endroit pareil ? Je demande tandis que nous descendons de voiture.

_ Personne ! c'est le but !

_ Et si un promeneur égaré s'aventure par ici ?

_ Eh bien ça dépend. Ceux qui se sont égarés au nord seront arrêtés par les griffes rouges. Ceux qui se sont perdus au sud tomberont sur des enfants de Gaïa et ils seront ramenés en ville.

_ Et ceux du nord ? Demande Emilie tandis que je pense qu'il aurait mieux valu qu'elle ne pose pas la question.

_ Les griffes rouges assurent que personne ne s'égare jamais au nord.

_ Ah !


Je prends le sac de voyage d'Emilie et je passe mon bras autour de ses épaules pour l'amener vers la bâtisse.

Satsuki entre en première. Nous la suivons dans ce qui ressemble trait pour trait à un hall d'hôtel, si ce n'est que la femme de ménage n'a pas dû y venir souvent. Derrière un comptoir de bois dépolit, une vieille tête couverte de quelques cheveux blancs hirsutes nous regarde. Satsuki se dirige vers le comptoir. Mais la vieille peau parcheminée veut la renvoyer immédiatement.


_ C'est complet !


Complet ? Ici ? Mon oeil !


_ Je sais, répond tranquillement Satsuki. Je suis juste venu dans le coin pour admirer la verdure.

_ Ah oui ? Et quel type d'arbres avez-vous préférez ?

_ Les bouleaux !


Les bouleaux ? Il n'y en a pas un seul dans les environs. C'est plutôt une forêt de conifères. Mais la réponse semble plaire. La vieillesse se lève dans un grognement d'effort et je m'aperçois que c'est un homme.


_ Vous avez été suivis ? Demande-t-il.

_ Non ! Pas de soucis.

_ Vous savez où c'est ?

_ Oui !


L'homme se rassoit et Satsuki nous demande de la suivre. Nous franchissons la porte de gauche. Nous suivons un couloir qui a tout de celui que l'on trouverait dans un hôtel défraîchit. Nous nous dirigeons droit sur la porte du fond.


_ Un peu facile comme entrée, je remarque.

_ Pas si facile que tu crois. Si nous n'étions pas animés de bonnes intentions envers les chevaliers vert, nous serions sûrement déjà morts.

_ Encore des esprits ?

_ Oui ! Mais comme le Ver peut réussir à les tromper, ils ont rajouté le mot de passe.

_ « Bouleau » ? C'est tout ?

_ Non, il faut dire tout ce que j'ai dit à la virgule près. Comme ça, même si l'ennemi a le bon mot de passe, on peut le repérer avant.

_ Et si un ami se trompe ?

_ Si quiconque se trompe, il est invité à emprunter la sortie. Et s'il insiste trop, les chevaliers vert interviennent.

_ Je vois.


La porte du fond est équipée d'une petite sonnette. Satsuki appuie dessus mais nous n'entendons pas le moindre bruit. La porte s'ouvre sur une sorte de petit salon. Une voix Tonitruante nous accueille.


_ Satsuki ! Quel plaisir de te revoir !

_ Salut Lone ! Comment vas-tu ?

_ Toujours mieux quand je te vois petite.

_ M'appelle pas comme ça, fait-elle en rougissant.


C'est la première fois que je vois Satsuki ressentir une quelconque gène face à quelqu'un. Aussitôt ce Lone m'intrigue au plus haut point.


_ Et c'est Emilie et Max je suppose, continue-t-il.

_ Oui c'est ça.


Il s'arrête devant moi.


_ Un ahroun ! Cela fait longtemps que je n'en ait pas vu un nouveau. Et un bon d'après ce que m'a dit la petite.

_ M'appelle pas comme ça.


Je sens soudain une sorte de danger quelque part au niveau de mon ventre. Instinctivement, je fais un pas de côté. Le poing gauche de Lone me frôle. Je me surprend moi même à lancer un coup de pied. Mais Lone l'esquive et réplique de sa droite. Je m'abaisse, évitant le coup, pose mes mains au sol et profite de l'appuie pour lancer mes deux jambes l'une après l'autre. Il pare le premier coup mais le second le frappe au ventre. En me redressant, je lance mon poing et le frappe à la tête. Je l'envoie contre le mur.

Je reste en position de garde, attendant qu'il se redresse. Ce qu'il fait en riant.


_Eh bien mon vieux. Ouais, ça c'est un combattant.

_ T'étais obligé de faire ça ? Demande Satsuki sur un ton de reproche.

_ J'aime bien les tester, tu le sais. Calme-toi Max ! Personnellement, ça m'a suffit.


Je me détend un peu. Je sens soudain mon épaule me faire mal. Je ne m'étais même pas rendu compte que je me battait avec le sac d'Emilie en bandouillère. Cette dernière n'est pas tranquille lorsque Lone s'approche d'elle.


_ Ne vous inquiétez pas Emilie. Je ne me bats qu'avec des gens qui savent déjà se battre.


Il se contente donc de lui tendre la main qu'elle serre en murmurant un petit bonjour. Lone nous invite à nous asseoir et nous obéissons. Emilie et moi nous installons dans un petit canapé à l'ancienne. En face de nous, Satsuki s'installe dans un fauteuil et Lone dans un autre comme s'il était un président.


_ Alors Emilie, vous voulez rejoindre les chevaliers vert, c'est ça ?

_ Oui.

_ Je vois. Notre entraînement se doit d'être assez dur, je pense que vous vous en doutiez. Vous avez l'air plutôt en forme. Pensez-vous que vous tiendrez le coup ?

_ Je... j'ai fait beaucoup de sport au lycée.

_ Peut-être. Mais je pensais surtout mentalement. Voyez-vous, ça ne me plaisait pas beaucoup non plus au début mais il faut reconnaître qu'une certaine rigueur militaire est nécessaire pour mener à bien nos actions. Nous n'en sommes pas au point d'une véritable armée. Mais cela n'empêche pas que nous sommes exigeants sur le respect des règles et de la hiérarchie. Cela peut fortement gêner les personnes qui aiment leur liberté.

_ Je pourrai le supporter. Je crois.

_ Vous croyez ?

_ Euh... non ! J'en suis sûre.

_ Oui, voilà qui est mieux. Vous comprenez que si vous vous découragez, il faudra prendre sur vous. Il vous faudra rester jusqu'à la fin de votre première période d'entraînement. Personne ne vous laissera partir ou ne viendra vous chercher avant pour des raisons de sécurité. Je suppose que la petite vous a déjà expliqué...

_ M'appelle pas comme ça, réplique Satsuki en rougissant de plus belle.

_ ... que venir trop souvent ici pour des personnes extérieures n'est pas très discret, continue-t-il sans faire attention. Donc pas question de partir, ni de rester ici sans rien faire en attendant que le temps passe.

_ Je sais, répond Emilie. Je suis prête.

_ Bien, dans ce cas, il ne me reste plus qu'à vous montrez vos quartiers et à vous présentez aux autres. Au fait, vous avez un nom ?

_ Un nom ? Ben... Emilie.

_ Non, non ! Je veux dire un surnom. Celui que vous utiliserez en opération. Il faut vous y habituer dès maintenant et nous aussi.

_ Ah... euh... je n'y ai pas réfléchis.

_ Ce n'est pas grave. Vous trouverez. Peut être que les autres vous y aideront. Bref, Satsuki, tu peux me suivre deux minutes ?


Ils se lèvent et sortent par une autre porte. Nous laissant seul. Je leur sais gré de cette attention. D'ici quelques minutes, Emilie se détachera de mes bras pour y revenir... allez savoir quand. Peut être que ce serait plus supportable sans tout ce mystère qui entoure les chevaliers vert. Mais on a plus le choix. Et ce n'est plus le moment de penser à ça.

Emilie et moi, nous ne disons plus rien. Nous nous serrons. Nous nous embrassons. Nous ne prononçons pas le moindre mot. Pour dire quoi ? « Tu vas me manquer », « ça va être long », « vivement que tu ais appris à flinguer des monstres pour qu'on se revoit ». Des banalités quoi.

La porte s'ouvre et notre séparation est automatique. Résignés. Emilie se lève. Je lui donne son sac.


_ Désolé de ne pas vous faire visiter, Max, fait Lone. Mais moins vous en savez, mieux ça vaudra pour Emilie et nous.

_ Je m'en doute, oui.


Au cas où un vampire ou une autre saloperie me ferait avouer sous la torture. Depuis qu'on a posé le pied dans ce faux hôtel je me doute bien que le Ver doit être prêt à tout pour découvrir ce genre d'endroits. Je dois donc être prêt à tout pour le protéger. Surtout maintenant.

Emilie me lance un dernier regard, un dernier sourire puis elle passe la porte que lui indique Lone.


_ Bon, au revoir Max. Ravi de vous avoir rencontré. Quant à toi petite...

_ M'appelle pas comme ça !

_ ... à la prochaine. Tu sais comment me contacter.


Il suit Emilie et referme la porte. Je me retrouve comme deux ronds de flan. Je ne sais pas trop quoi faire. Satsuki me prend doucement le bras.


_ Allez viens Max ! On se tire !


Nous remontons le couloir et repassons dans le hall où nous saluons rapidement le vieux gardien. Et nous sortons.

Ce doit être mon sang de loup qui s'est remis en marche au contact de l'air frais. J'ai les idées plus claires. En montant en voiture je jette un dernier coup d'oeil à la bâtisse. Essayant de voir quelqu'un à travers les fenêtres. Mais de toute évidence elles sont fausses. Peut être Emilie me voit, elle. Satsuki démarre en trombe et roule rapidement. Elle pense sûrement que m'éloigner le plus vite possible de cet endroit est le meilleur moyen pour que je reprenne du poil de la bête au plus tôt.


_ Si tu veux, tu peux dormir au sept des marcheurs sur verre. Tu verras, on rigole bien.

_ Non merci, ça ira. Je peux me débrouiller. C'est juste que c'est la première fois que je me retrouve vraiment seul. Avant, au lycée, j'avais ma mère. Après, je me suis tout de suite installé avec Emilie.

_ Tu n'as jamais vraiment profité d'une vraie vie de célibataire en fait.

_ Oui, en somme.

_ Et bien j'en profiterai pour te faire sortir un peu. Je suis sûr que du coup tu ne connais aucune boîte de nuit.

_ Ces trucs où l'on ne s'entend pas parler et où le plus petit verre coûte trois mois de salaire ? Non merci.

_ Ahlala, ce que tu es casanier mon pauvre.

_ Je tiens à mes tympans et à pouvoir payer mon loyer. Il y a plein d'autres choses à faire en plus.

_ Se pavaner devant la télé avec son amoureuse dans les bras ?

_ Et alors ? Je te demande ce que tu fais avec ton Lone ?


Là j'ai dû dire un truc de trop car, plutôt que de me balancer une réplique bien sentie, Satsuki se tait, fait qui chez elle signifie plus que sûrement un certain malaise. Mais elle me répond finalement d'un air dégagé.


_ Ce n'est pas ce que tu crois, Lone est comme mon père.

_ Ah ? Comment tu l'as connu ?

_ Tu te souviens quand je t'ai dit que j'étais de l'assistance et que je n'avais jamais essayé de revoir mes éducateurs ?

_ Oui.

_ Et bien la réciproque n'est pas vraie. Lone faisait parti de l'équipe à l'époque. Il est le seul à ne pas avoir cru que j'avais fait une fugue. Les autres non plus d'après ce qu'il m'a raconté plus tard. Mais que ce soit une fugue, un enlèvement ou quoi que ce soit d'autres, ils étaient démunis et ne pouvaient que se contenter d'avertir la police. Lone n'en est pas resté là. Il a fouillé dans mes affaires à la recherche d'un indice, il a interrogé les autres enfants et il s'est enfin embarqué pour Florence.

_ Florence ? Comme ça ?

_ Oui, rappelle-toi ! Des marcheurs sur verre italiens ont envoyé de là-bas une lettre que j'avais écrite. Le temps qu'il fasse ses recherches, le courrier était arrivé et il croyait avoir une piste. Sauf que je n'avais pas bougé de la Lorraine. Résultat, il m'a longtemps cherché là-haut. Il a même étudié les réseaux de prostitution. Il imaginait le pire, évidemment. Il n'a jamais abandonné mais il a bien dû se résoudre au fait qu'il faisait fausse piste, certain que mes kidnappeurs l'avaient trompés. Il est revenu par ici et à recommencé ses recherches. Mais il avait perdu son travail puisqu'il ne s'y rendait plus et son argent n'était pas illimité. Il a donc finit à la rue. Mais c'est une chance car dans la rue, on trouve aussi les rongeurs d'os qui sont toujours au courant de tout. Lone ne cessait de raconter son histoire et cela est finalement tombé dans les oreilles d'un rongeur d'os qui me connaissait. Il m'a avertit et j'ai retrouvé Lone.

_ Et lui aussi a rejoins les chevaliers vert.

_ Oui. J'ai pourtant essayé de l'en dissuader. Déjà, je ne voulais pas lui dire que j'étais un garou. Mais il avait passé tellement de temps à me rechercher que je lui ai tout avoué. Par hasard, il a entendu parler des chevaliers vert à la télévision après qu'ils aient menés une attaque contre un projet d'usine chimique. Il a tout de suite fait un rapprochement avec les garous. Et à partir de là, il s'est engagé et n'en ai plus jamais sorti. Comme il n'a plus d'autre vie, il a rapidement monté les échelons.

_ Et pourquoi est-ce qu'il t'appelle...

_ Petite ?


Satsuki fait un sourire.


_ Parce qu'il sait que j'aime ça.



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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Lun 30 Aoû - 17:19


Chapitre 14 : Les premiers rites





Valentine ne bouge pas beaucoup. Elle reste sur son lit, les yeux rivés à un livre que je ne peux identifier sur l'écran vidéo. A ses côtés, un verre de jus de fruit est encore à moitié plein (ou à moitié vide ?). J'ai encore du mal à garder mon calme.


_ Tout de même, un jeun, à son âge. Et pendant un mois en plus.

_ Je sais, réponds Sellie à mes côtés. Mais c'est ainsi que se passe le rite pour les enfants de Gaïa. Elle est certes peu âgée mais elle est aussi très déterminée.

_ Quand le mahatma Gandhi faisait ses grèves de la faim, il ne s'autorisait que de boire de l'eau et du jus de citron, fait remarquer Axelle. Valentine a des boissons un peu plus « consistantes ».

_ Des nectars surtout, reprends Sellie. Et nous la surveillons de près. Tu n'as rien à craindre Max. Je suis persuadée qu'elle arrivera au bout du rite.


Sûrement oui, mais dans quel état ? Valentine n'est déjà pas bien épaisse et je ne peux m'empêcher de me demander dans quel état elle sera dans les trois semaines qui lui reste à faire. Mais je préfère garder ce genre de réflexions pour moi.


_ Je ne comprends pas la portée de ce rite. Voir si un jeune sait se défendre, je vois l'utilité. Mais là...

_ Vous auriez préféré que Valentine affronte une horde de monstres ? Demande calmement Sellie.

_ Non, pas du tout ! Ce que je voulais dire...

_ Je sais ce que vous vouliez dire, Max. Mais le jeun n'est qu'une partie du rite en réalité.

_ Qu'y-a-t-il d'autre ? Je demande en pensant qu'au bout d'un mois sans manger, Valentine, ni quiconque d'autre d'ailleurs, ne serait en état de faire quoi que soit qui ressemble à un rite de passage.

_ Le jeun doit aider à la méditation. Et la méditation doit amener la licorne, le totem des enfants de Gaïa.

_ Le totem ?

_ Les marcheurs sur verre ne t'ont encore rien dit des totems ?

_ C'est que j'ai été très occupé depuis mon rite de passage. Et depuis le départ d'Emilie chez les marcheurs sur verre je ne suis pas encore retourné au sept.


Satsuki est dehors en train de téléphoner. Sellie se tourne alors vers moi.


_ Je suppose que tu ne sais pas grand chose à propos des esprits non plus.

_ Je sais qu'on les utilise dans des fétiches.

_ Avec leur accord, contrairement aux danseurs de la spirale noire qui utilisent des flaïels. Bon, je pense qu'il vaut mieux commencer du début. Tu te souviens de la triade ?

_ Le Tisserand, le Sauvage et le Ver. Oui.

_ Et bien la triade a créée les Célestes pour les servir. Les Célestes sont doués de raison, ils sont très intelligents et possèdent une omniscience limitée. Gaïa et Luna sont des Célestes par exemple. Chacun d'eux a son propre royaume dans l'Umbra, ou le monde des esprits, si tu préfères.

Ensuite viennent les Incarnas, créés par les Célestes pour les servir, être leurs conjoints et leurs conseillers. Ce sont des esprits puissants mais tirant leurs pouvoir du Céleste qu'ils servent, tout en gardant néanmoins leur libre arbitre. Si un Céleste meurt, ses Incarnas restent et peuvent même revendiquer le titre de Céleste après avoir gagné en puissance.

Certains Incarnas sont devenus les esprits-totem ou simplement les totems. C'est à dire qu'ils ont choisit de se révéler aux yeux des garous et de les aider en échange de leur adoration. Chaque tribu a un totem. Mais il vaut mieux que je finisse d'abord de t'expliquer les esprits.

Après les Incarnas viennent les Jagglins qui servent les premiers. Ce sont des esprits assez simples mais parfois indépendants. Il arrive que certains d'entre eux deviennent fourbes ou se rebellent. Certains Jagglins peuvent servir de totem à une meute, car les meutes ont aussi des totems.

Enfin, il y a les Gafflins. Les Jagglins et les Incarnas les utilisent comme des outils. Il paraît que certains Incarnas ne les croit même pas capables de penser. Ils sont tellement simples qu'il arrive que certains soient créés par accident. Mais il ne faut pas les sous-estimer malgré tout car ce sont les esprits qui alimentent nos fétiches.


Je jette un coup d'oeil à mon klaive. Mais je ne sais pas vraiment si savoir quel nom porte l'esprit à l'intérieur est utile.


_ Et en ce qui concerne les totems des tribus alors ?

_ Chez les fiannas, répond précipitamment Axelle qui en avait apparemment fortement envie depuis le début, notre totem est le cerf auquel nous rendons hommage pour sa beauté, sa grâce et sa vigueur. J'ai déjà participé à un rite d'adoration.

_ Une leçon parfaitement apprise, fait Sellie en souriant avant de se tourner à nouveau vers moi. Je suppose que tu ne connais pas le totem des marcheurs sur verre.

_ Non, effectivement.

_ Ils ont choisi d'adorer le cafard.

_ Le cafard ?

_ Oui.

_ C'est... curieux... comme choix... non ?

_ En effet ! Déclare une voix claire.


Satsuki, son téléphone portable encore à la main, s'avance vers nous souriante.


_ J'ai eu la même impression quand je l'ai appris. C'était étrange. Du moins jusqu'à ce qu'on considère que le cafard vit depuis 325 millions d'années, qu'il est résistant, s'adapte à tout et qu'il est presque impossible de s'en débarrasser.

_ Evidemment, vu sous cet angle...

_ ... le cafard s'avère un choix bien réfléchit, termine Sellie. Mais reprenons. Les furies noires adorent Pégase qui est réservé et beau mais qui peut aussi se déchaîner pour protéger ce qui lui appartient.

Les rongeurs d'os adorent le rat. Choix logique semble-t-il, mais qui, tout comme eux, ne doit pas être sous-estimé. Le rat est un survivant adroit et féroce.

Le loup est le totem des fils de Fenris. Plus précisément, il s'agirait de Fenris lui-même.

_ C'est le loup qui, dans la Mythologie scandinave, aurait tué Odin, ne peut s'empêcher d'ajouter Axelle.

_ Tout à fait. C'est un combattant irrésistible, insouciant de la douleur et du danger. Tout comme ses adorateurs donc.

Les griffes rouges adorent le Griffon, un être colérique qui défend les étendues les plus sauvages et le Sauvage lui-même.

Les seigneurs de l'ombre ont choisit d'adorer un être désincarné en vénérant le Tonnerre. Peut être imaginaient-ils devenir eux-mêmes des dieux par la suite. Quoi qu'il en soit, le tonnerre est fier et sans merci. Il paraît qu'il aide souvent ses serviteurs les plus forts et les plus rusés.

Les Arpenteurs silencieux ont choisit un totem de sagesse à travers le Hibou, qui, lorsqu'il vole dans la nuit, voit tout et sait tout.

Le faucon est adoré par les crocs d'argent pour sa majesté, mais aussi parce qu'il vole au plus profond de l'Umbra, beau et distant, ce qui représente bien l'idéal de la seigneurie pour les crocs d'argent.

Les astrolâtres adorent la Chimère à la fois sage et changeante. Elle apprécie les mystères aussi. Il paraît qu'elle guide les astrolâtres lors de leurs voyages intérieurs.

L'Uktena est le totem de la tribu homonyme. C'est un puissant esprit des eaux qui apparaît sous les traits du serpent et du cougar. Il est malin, rusé et sage.

Les wendigos adorent le Wendigo, l'incarnation de la sauvagerie. C'est un esprit très insouciant qui protégera les siens si le danger est vraiment grand. Toutefois, ses manifestations consument souvent le coeur et le sang de ceux qu'elles touchent.


Sellie jeta un oeil sur l'écran de contrôle et observa Valentine qui n'avait pratiquement pas bougée.


_ Et enfin, il y a la Licorne, le totem des enfants de Gaïa. Elle est gentille, calme et sereine et possède de grands pouvoir de guérisseur. Nous la supplions de bien vouloir réparer le monde à travers nos adorations. Mais nous savons aussi que seule contre le Ver, elle ne peut rien. Nous nous efforçons donc de l'aider au mieux.

_ Et que fera-t-elle à Valentine ?

_ Elle l'emmènera avec elle dans son royaume. Là, elle sondera son coeur et son esprit.

_ Et si jamais ce qu'elle y découvre ne lui plaît pas ?

_ Tu doutes de Valentine ? Demande Satsuki.

_ Pas du tout, mais je voudrai juste savoir.

_ De mon vivant, cette chose ne s'est jamais produite, réponds Sellie. Si ça devait arriver, je suppose que la Licorne renverrait simplement la personne ici pour que l'on détermine sa véritable tribu.


Je jette à mon tour un oeil sur l'écran de contrôle. Nul doute que la môme passera brillamment ce test. Je sais que je me fais du souci pour rien mais je ne peux pas m'en empêcher.


_ Tu voudrais aller la voir ? Demande Sellie.

_ Oui. Mais est-ce que c'est possible ?

_ La méditation passe par la sérénité avant la concentration et surtout, les rituels qui vont avec. Tant qu'elle est préparée à ta visite, et que tu ne t'attardes pas trop longtemps, c'est possible en effet.

_ Alors j'aimerai beaucoup y aller.

_ Bien. Je vais aller lui parler et m'assurer qu'elle restera calme puis je viendrai te chercher.


Sellie sort de la pièce et il ne faut pas attendre longtemps avant qu'elle n'apparaisse à son tour sur l'écran. Valentine tourne seulement la tête vers la nouvelle arrivante et l'accueil d'un sourire ainsi que de quelques mots que je ne peux entendre. Je veux profiter de ce temps pour demander à Satsuki qui était au téléphone (ça avait l'air important lorsqu'elle est sortit tout à l'heure) mais Axelle est plus rapide.


_ Dis Max, tu as eu des nouvelles des autres ?

_ Euh... non. Pas de nouvelles de Sarah depuis qu'elle est repartie dans les Alpes. Je ne sais toujours pas ce qui est arrivé à Kevin. Encore moins à Razor et Griffe Tonnerre. Quant à Bashir...

_ Il vient de passer son rite de passage, Goldgloves me l'a dit ce matin, fait Axelle d'un air enjoué avant de reprendre rapidement un air plus calme. Euh... enfin là il se repose pour l'instant.

_ Ah ! D'accord ! C'est bien. On sait en quoi consistait son rite de passage ?

_ Les crocs d'argent vénèrent leurs héros, réponds Satsuki d'un air docte qui ne lui va pas du tout. Aussi, pour leurs jeunes, ils accomplissent un rituel qui les renvois à travers les lignées pour occuper les corps de glorieux ancêtres accomplissant leurs plus beaux actes d'éclat, lors de batailles donc.

_ Un jeune qui se retrouve d'un coup au milieu d'une bataille ? C'est très risqué quand même, fait Axelle les yeux écarquillés de stupeur.

_ Ils ont la force de leur ancêtre tout de même. Après, ils se battent en gardant leur esprit, évidemment. L'interprétation du rôle de l'ancêtre est sévèrement jugé. Les jeunes ressentent alors la sauvagerie pure et immaculée d'avant le temps de l'Impergium.

_ C'est horrible, reprends Axelle. Il aurait pu se faire tuer si facilement.


La jeune fille tremble des pieds à la tête. Sa réaction me surprend. Elle ne semblait pas la plus fragile du groupe. Je passe un bras autour de ses épaules.


_ Allons, calme-toi. Il a survécu après tout. Et les crocs d'argent seraient décimés à l'heure qu'il est si leur rite était infaisable.

_ Oui, c'est vrai. Mais quand même... dans quel état est-il ?

_ C'est difficile à dire, réponds Satsuki. Il est indéniable qu'il a dû être blessé mais pas dans sa vraie chair. Ce doit être déroutant. Je suppose qu'il est surtout exténué mentalement. En tout cas, ce serait mon cas si j'avais dû affronter ce genre de choses.

_ Je... peut être qu'il est possible d'aller le voir, s'exclame Axelle plus calme mais encore un peu secouée. Je devrais aller demander à Goldgloves. Excusez-moi.


Je m'aperçois qu'une larme a coulé sur sa joue lorsqu'elle s'éloigne. Elle quitte la pièce rapidement.


_ Elle est plutôt émotive, je fais.

_ Emotive ? Mais tu n'as rien compris mon pauvre Max. Elle...


Satsuki est interrompue par le retour de Sellie.


_ Bien Max, tu peux y aller si tu veux.

_ Ah, oui. Merci.


J'aimerai entendre les explications de Satsuki sur le comportement d'Axelle mais je pense que Valentine risque de s'impatienter si elle ne me voit pas arriver. Et cela risque de la déconcentrer. Je verrai ça plus tard.

Je sors du chalet et rejoint celui d'à côté. La porte, habituellement fermée à clef pour ne pas déranger la môme, et ouverte et j'entre en douceur. Elle est toujours assise sur le lit, son livre posé à côté d'elle. Elle me regarde entrer, arborant un sourire qui, pour être calme, n'en est pas moins de son habituelle chaleur. Je vais poser un baiser sur son front et je m'assied à côté d'elle.


_ Bonjour puceron. Comment tu vas ?

_ Plutôt bien. C'est moins difficile que je n'imaginais. Je suis plus souvent fatiguée. C'est tout.

_ C'est déjà bien assez je trouve. Tu veux un verre de nectar ?

_ Oui s'il te plaît.


Je me lève et attrape le verre que je remplie de nectar d'abricot. Valentine le boit doucement, par petite gorgée, comme elle mastiquerait consciencieusement de la nourriture si elle en avait. Elle ne boit pas tout d'un coup et pose le verre sur une petite table de nuit.


_ Ce n'est pas ça qui calme les grondements de mon ventre, mais ça fait toujours du bien.

_ N'hésite pas à le dire si c'est trop dur.

_ Non, ça va, je t'assure. Avant que je ne commence, Axelle m'a expliqué qu'en fait on ne connaissait pas la faim. Notre corps gronde un peu pour réclamer de la nourriture mais ce n'est pas la vraie faim. Là, maintenant, je commence à savoir ce que c'est. C'est une expérience qui n'est pas... inintéressante.

_ Elle sait tout cette Axelle, je fais en me rasseyant.

_ Elle est très curieuse je pense. Je crois même qu'elle aurait aimé être à ma place juste pour savoir ce que ça fait.

_ Moi je crois qu'elle aura déjà bien assez à faire avec son propre rite de passage.

_ Il paraît que chez les fiannas c'est très difficile. Angus m'a dit qu'en fait il y avait trois épreuves en tout.

_ Je vois, ça expliquerait qu'elle ne peut pas y arriver sans l'aide d'une meute.

_ Ce sera bien de voir d'autres rites.

_ Je ne suis pas si sûr.


Je vais préciser qu'étant donné leur dangerosité, un rite de passage par jeune est bien suffisant. Mais je me dis que c'est le genre de choses qui peuvent déconcentrer une jeune enfant de Gaïa en pleine préparation de méditation. Je préfère changer ma phrase au dernier moment.


_ De toute façon, on ne va pas la laisser tomber.

_ C'est... évident.


Tout en parlant, Valentine se met à bailler.


_ Tu veux dormir un peu ?

_ Non, si je dors maintenant je ne dormirai plus cette nuit. Et Axelle m'a dit qu'on récupérait mieux en dormant pendant les heures de la nuit avant minuit.

_ Si Axelle l'a dit alors.

_ En général, lire m'aide à rester assez éveillée.

_ Ben tiens, raconte-moi de quoi il parle ton livre là.


Je prends la môme dans mes bras et elle commence à me raconter l'histoire. En fait j'ai déjà lu le livre. C'est la guerre des mondes de H.G. Welles. Valentine l'a depuis peu mais elle en est déjà arrivé au passage où le héros et le prêtre sont cachés dans une maison dont ils ne peuvent sortir, les martiens trafiquant quelque chose juste à côté. La môme me raconte tout ce qu'elle sait avec détails et fait même des commentaires.


_ En fait, l'auteur voulait montrer quel effet ça fait de se faire attaquer par une civilisation supérieure sans comprendre pourquoi. Il fait un parallèle avec les européens qui ont tué des tribus indigènes dans les îles qui ne pouvaient pas leur résister.

_ Oui, c'est tout à fait ça. C'est Axelle qui te l'a dit je suppose.

_ Non, c'est écrit au début du livre, dans le premier chapitre.

_ Ah ? Bon, d'accord.

_ Mais je suis sûre que Axelle le sait.

_ Je crois que ça ne fait aucun doute.


La porte s'ouvre soudain et Sellie entre.


_ Je suis désolée de vous déranger les enfants mais Jacqueline, la chef du sept des marcheurs sur verre, précise la vieille femme à l'attention de Valentine, est là et elle souhaiterait te voir Max. C'est urgent.

_ Ah ? Bien, j'arrive. Désolé puceron, je dois y aller. Profites-en pour lire la suite, je veux la connaître lorsque je reviendrai.

_ OK.


Je pose un baiser sur la joue de Valentine et je suis Sellie au dehors. Nous marchons assez rapidement. L'ancêtre est encore pleine de vigueur. Nous entrons dans l'autre chalet. Jacqueline est bien là en compagnie de Satsuki.


_ Max ! Te voilà ! Nous avons un problème.

_ Quel genre de problèmes ?

_ Un assez méchant. Avec de grandes canines.

_ Encore un vampire ?

_ Pas un. « Des » vampires.

_ Encore mieux. Que veulent-ils cette fois ?

_ Te mettre la main dessus.

_ Qui ? Moi ? Oh non... attendez... ce ne serait pas des amis de celle qui m'a attaqué dans la cour ?

_ Des amis, je n'en sais rien. Toujours est-il qu'ils sont clairement là pour la venger.

_ Je croyais que c'était un jeune vampire. Qui donc peut bien s'en soucier ?

_ Et bien il semblerait qu'elle ait fait une forte impression sur un membre très respecté et très ancien du Sabbat. Ce serait lui qui enverrait ses sbires à ta recherche.

_ Ils recherchent aussi Satsuki ?

_ Non. Un autre vampire surveillait la fille. Il t'a vu la suivre mais il ne devait pas l'aimer beaucoup car il est resté là, sachant très bien qu'elle ne ferait pas le poids face à un garou.

_ Question de point de vue pour le coup.

_ Bref, ne te voyant pas ressortir, il a été jeté un coup d'oeil et à constaté la mort de la fille.

_ Mais ça ne tient pas debout. Pourquoi aurait-il été raconté ça à son chef si il n'aimait pas cette fille.

_ Pour se couvrir. Les meurtres entre vampires pour des questions de pouvoirs sont fréquents. Il n'a pas dû aimer que son chef se soit entiché de cette fille et tenait à prouver qu'il n'avait rien à voir dans l'affaire de sa mort.

_ Donc ils croient que c'est moi qui ait tué la petite copine de leur boss.

_ Que ce soit toi qui l'ait vraiment tué ou Satsuki, ça ne fait pas une grosse différence maintenant. Ils sont peut être à ta recherche mais ils s'attaqueront à tout garou sur leur route. Un groupe de vampires expérimentés parcourt Metz dans tous les sens possibles en ce moment. Leur réseau de renseignement ne devrait pas tarder à trouver ton appartement.

_ Aïe !

_ Ce n'est rien. Ed et Phil sont en planque devant chez toi. Ils sauront éviter le grabuge. Par contre il te faudra changer d'adresse après ça. Mais nous avons de quoi t'aider, ce n'est pas le moment de s'inquiéter de ça. Nous devons d'abord régler le problème de ce groupe de vampires.

_ Vous feriez bien de contacter Igor, intervient Sellie. Les rongeurs d'os n'apprécient pas vraiment que des vampires se pavanent en ville. Ils vous aideront sûrement.

_ C'est une bonne idée.

_ Euh... pardon, je reprends. Mais une bonne idée pour quoi ?


Satsuki lâche un petit rire.


_ Pour un ahroun, tu poses de drôle de questions mon pauvre Max, tu devrais déjà avoir compris.


Elle me regarde d'un air un peu moqueur mais surtout amusé.


_ Dis-moi, ça te dirai de faire une chasse au vampire cette nuit ?
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Argail
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Lun 30 Aoû - 20:37


Chapitre 15 : La chasse aux vampires






Il est tard lorsque Satsuki arrête enfin sa voiture sur le parking de l'université. A cette heure-ci, les places de stationnement sont libérées de toutes les voitures de professeurs, de personnels et d'étudiants qui les encombrent habituellement. Je me suis toujours félicité de venir en vélo lorsque j'aperçois le même gus faire trois fois le tour du campus à la recherche d'une place particulièrement hypothétique. L'île du Saulcy est un lieu verdoyant et agréable mais son défaut est d'être entouré par deux bras de la Moselle qui en empêche toute extension. Le nombre d'étudiants grandissant à donc finit par avoir raison du petit campus initial.

Nous descendons de la décapotable et repassons sur le pont pour sortir de l'île baignée de quiétude en cette heure avancée. Nous sommes en pleine semaine et les rues ne sont pas très animées. Heureusement d'ailleurs si l'on en juge par ce que nous sommes venus faire ce soir. Avoir un public n'est pas dans notre intérêt. Nous traversons à nouveau la Moselle par le pont moyen et prenons sur la droite, évitant les rues piétonnes du centre ville pour aller vers l'esplanade et le palais de justice bien connu depuis qu'un magistrat s'y est fait poignardé.

Il ne fait pas très chaud. L'hiver est bientôt là. Nous marchons à pas vifs pour nous réchauffer. Les voitures ne sont pas nombreuses non plus ce qui nous permet de traverser la route sans danger. Enfin, nous rejoignons l'esplanade, mais plutôt que d'aller vers la fontaine, nous nous rendons dans le petit parc pour enfant derrière le tribunal. L'endroit est désert.


_ Bon sang ! Qu'est-ce qu'il fout ? Demande Satsuki. Il m'avait dit qu'il serait là.

_ Il va sûrement arriver.

_ Tu parles, c'est toujours pareil avec lui. On ne peut pas lui faire confiance.

_ Tu crois que ces vampires sont si dangereux que ça ?

_ Non, sûrement pas. Des vampires trop puissants auraient refusés de se préoccuper de la mort... enfin de la destruction d'une novice. Sûrement des blancs becs à la botte du grand chef.

_ Le premier et dernier « blanc bec » que j'ai croisé m'a mit dans un sale état.

_ Tu n'étais pas prêt. Maintenant, tu l'es, fit-elle d'un ton catégorique qui ne lui ressemblait pas.

_ C'est quand même curieux qu'ils s'aventurent comme ça dans la ville, à la recherche de loups garou en plus, je fais pour discuter et essayer de lui donner meilleure humeur.

_ Ils ne cherchent qu'un seul garou. Ils s'imaginent sûrement que l'on est au courant de rien et qu'ils ne rencontreront pas de garous en groupe.

_ Même. A moi ça me semble assez...

_ ... suicidaire ? Oui. Mais ils sont jeunes. Et le Sabbat ne fait pas très attention au « bétail ». Faire d'autres novices leur sera facile.


Un bruit attire notre attention. Deux silhouettes montent les escaliers de pierre.


_ Enfin ! Ce n'est pas trop tôt Igor. Et quelle arrivée. Dans le genre discret tu repasseras pour un rongeur d'os.

_ Ouais ben du calme beauté ! J'te signale qu'on s'rait pas là si tu surveillais mieux ton louveteau.

_ Je n'ai pas de leçons à recevoir de toi, et en particulier en ce qui concerne l'éducation des jeunes.

_ C'est pas parce que j'm'en passerai bien que j'suis incompétent dans le domaine, mamz'elle !

_ Dîtes, quand vous aurez fini de vous la jouer « cour de récré » tous les deux, on pourra peut être penser à la ville qui grouille de sangsues, fait une voix que je suis content d'entendre.


Kevin contourne Igor pour se joindre au groupe et me regarde d'un air narquois.


_ Alors Maxou ! On te laisse quelques jours tout seul et tu te débrouilles pour déclencher une guerre ouverte avec les vampires. Joli boulot mon vieux.

_ Oh ça va !


Je suis d'un coup moins réjoui de revoir le ragabash.


_ Bref, reprends Satsuki un peu grognon de n'avoir pas de piques à lancer contre Kevin, les marcheurs sur verre patrouillent dans toute la ville. Mais nous ne sommes pas assez nombreux. Est-ce que vous avez quelque chose à nous apprendre ?

_ I's'pourrait qu'on en ait repéré un pas plus tard qu'y a cinq minutes beauté. Y'a un tenancier de bistrot qu'a vue un' sorte de cadavre ambulant v'nir lui d'mander un ou deux renseignements sur une certaine rue où s'trouverait un certain appartement d'un certain jeune qui s'rait ici avec nous.

_ Un cappadocien ?

_ Semblerait.

_ Euh... pardon, mais un quoi ? Je demande.

_ Un cappadocien, répond rapidement Satsuki. Un vampire qui a la peau froide et les traits émaciés. Il paraît qu'ils font des recherches très poussées sur la non-vie comme ils disent. Peu importe la quantité de sang qu'ils boivent, ils ont toujours l'air de morts fraîchement décédé. C'est curieux que ce soit un cappadocien qui aille au renseignement.

_ Apparemment, les aut' s'raient des Lasombras.

_ Ah, merde... ce sont des vampires très puissants, fait elle à mon encontre. Ils se croient supérieurs aux autres clans de vampires. Et ça expliquerait qu'ils mettent tellement d'acharnement à te retrouver.

_ Balèze Maxou, réplique Kevin. Tu attaques directe le beau monde. La classe !

_ Tu vas te taire oui ? Je fais.

_ Bon, ça suffit, déclare Satsuki. Il serait temps de leur montrer qu'ils n'ont pas à faire à un de leur clan. Tu sais vers où ils allaient Igor ?

_ Paraît qui z'ont trouvé l'appart' mais qui z'ont vu qu'y avait personne. Alors doivent chercher un garou pour les renseigner. Y z'allaient vers la place Saint Louis, aux dernières nouvelles.

_ Parfait ! Allons donc les renseigner !


Nous descendons tous les quatre l'esplanade vers le parking de la République. Sans nous en apercevoir, Satsuki et Igor se mettent à marcher un peu en avant, nous laissant derrière Kevin et moi. Ce dernier sort un paquet de cigarette, en prends une entre les lèvres et me le tends.


_ T'en veux une ?

_ Non, je fume pas.

_ C'est ton droit.


Il sort un vieux briquet et doit jouer plusieurs fois sur la pierre pour qu'une flamme apparaisse. Il allume la cigarette et inspire un bon coup.


_ H'reusement que je l'avais celui-là pendant mon rite de passage, fait-il en remettant le briquet dans la poche.

_ C'est à dire ? Qu'est-ce que tu as dû faire ?

_ Ils m'ont laissé dans une forêt sans que je sache où elle se trouvait et je devais revenir tout seul.

_ C'est tout ?


Kevin me lance un regard sombre.


_ Non, je veux dire, des trucs spécifiques de garous. Des monstres, des esprits ou des trucs dans le genre, tu vois.

_ Quand t'as toujours vécu dans la rue, comme moi, sortir d'une forêt n'est pas simple. J'ai eu pas mal d'embûches. Je suis même tombé sur une bestiole plutôt hargneuse mais elle s'est tirée vite fait quand je me suis transformé. Par contre après j'ai vu un fomori.

_ Comme ça d'un coup ?

_ En fait, il me suivait. Il pensait pouvoir se farcir un petit louveteau tout seul ou bien quelqu'un qui le pensait l'a envoyé à mes trousses.. Mais je lui ai appris à vivre. Enfin si on peut dire. Il m'a pas mal emmerdé avec ses trois têtes, mais une fois que t'en as eu une, finalement, les autres sont plus faciles à trancher.

_ Et comment tu as retrouvé ton chemin finalement ?

_ Ben c'est ça le plus marrant. Si cette saloperie du Ver m'avait pas attaqué, je l'aurai jamais su. Il venait de la ville, j'ai juste eu besoin de flairer sa trace.

_ Pas mal. J'ai jamais rien senti moi. A part...

_ Le sang ? Ouais, on l'oublie pas celui-la. Mais si t'as pas cherché, forcément, t'as rien trouvé de plus. Moi, c'est pas venu tout seul non plus. Cette chose puait vraiment mais en m'éloignant je trouvai bizarre que l'odeur ne se dissipe pas trop. Alors j'ai cherché si y'en avait pas un autre et c'est là que j'ai senti la même odeur un peu plus diffuse, comme un truc résiduel quoi. Alors j'ai trouvé d'autres « traces » et ça m'a conduit tout droit sur la route et sur sa bagnole dans laquelle y'avait une carte routière. J'ai trouvé quelle route c'était grâce à une borne. La façon dont il a garé la voiture m'a montré de quelle direction il venait. J'ai plus eu qu'à suivre le plan direction Metz.

_ T'as quand même mis du temps il paraît.

_ Ben du coup j'étais pas trop pressé quoi. Et puis tant que j'ai mes clopes, ça va.

_ Et le briquet, bien sûr.

_ Evidemment.


Nous continuons de descendre vers la place Saint Louis en prenant à gauche dans les rues piétonnes puis à droit en longeant la place Saint Jacques et le centre commercial du même nom.


_ Ne restez pas trop en arrière. On ne sait pas vraiment sur quoi on va tomber, fait Satsuki.

_ S'raient pas plus d'six apparemment, réponds Igor.

_ C'est pas vrai, ça te dérangerait pas trop de donner toutes les informations d'un coup ?

_ Qu'est-ce que ça change ? D'toute façon si jamais on a un pépin, on a du renfort partout.

_ C'est pas une raison.


Tandis que nos vénérés anciens se disputent à nouveau, nous débouchons sur la place Saint Louis. Ils se calment aussitôt. C'est une petite place pavée à l'ancienne avec un passage couvert par des arcades de pierre sur notre gauche que nous empruntons. Il y a beaucoup de bars dans le coin et nous en longeons un certain nombre avant que Satsuki ne nous signale de nous arrêter.


_ Les voilà !


En effet, six silhouettes plutôt bien vêtues marchent sur la place d'un pas lent, indiquant clairement qu'ils cherchent quelque chose. Malgré sa tentative pour se dissimuler, on repère assez facilement le cappadocien avec sont teint cireux.

Satsuki dégaine son portable.


_ On va appeler Jacqueline et les autres. On va surveiller les vampires pendant qu'ils arrivent et on aura plus qu'à les cueillir.

_ Pfff, trop compliqué. Autant s'en débarrasser tout de suite


Igor saute par dessus la rambarde de pierre pour sortir de sous les arcades en hurlant :


_ Allez-viens fiston ! On va s'les faire !


Kevin pousse un soupir d'exaspération mais suit Igor malgré tout.


_ Non ! S'exclame Satsuki bien trop tard. Mais c'est pas vrai. On va se faire repérer avec ces imbéciles.

_ Surtout qu'ils sèment une belle panique.


En effet, des passants terrorisés s'écartent dans de grands gestes pour laisser passer les deux fous qui hurlent. Les vampires les repèrent évidemment et se dispersent.


_ Ah bravo ! Réplique Satsuki.


Elle porte la main à sa ceinture et constate que son arme à feu et bien là. Igor se lance à la poursuite de trois vampires et Kevin court derrière trois autres.


_ Bon. La vraie chasse va commencer. Reste avec Kevin. Essaie de rattraper le coup comme tu peux. Soit le plus discret possible. N'engage un combat que si tu es le plus loin possible des yeux humains ou si tu n'as vraiment pas le choix et ne te transforme pas devant tout le monde. Allez !


Nous nous séparons et je m'élance derrière Kevin. Ils ont quelques mètres d'avance sur moi. Je sens la large lame de mon klaive, glissé dans ma ceinture extensible, me battre la cuisse. Il doit dépasser de mon blouson, pourtant long. Mais je vais tellement vite que personne ne doit avoir le temps de voir qu'il s'agit d'une arme.

Les trois vampires sont rapides mais Kevin semble déchaîné. Je m'étonne qu'il ne se soit pas encore transformé par inadvertance. Je suis encore derrière de plusieurs mètres et nos amis suceurs de sang ne semblent pas m'avoir aperçu car ils s'arrêtent soudain pour faire face à Kevin qu'ils croient seul. Nous sommes tout prêt de la place Saint Jacques, lieu où de nombreuses personnes passent la soirée en raison des restaurants, des bars et du cinéma qui s'y trouvent. Une confrontation à cet endroit sera à coup sûr un désastre. Je me dépêche. Je dois rattraper Kevin. Il serait prêt à les affronter n'importe où.

Mais les vampires finissent par me voir avant et reprennent la fuite. Nous sommes en plein centre ville et il sera très difficile de trouver un endroit discret où mener un combat. Si ce n'était la rage de Kevin, les vampires pourraient se balader tranquillement, il nous serait impossible de les attaquer. Nous débouchons finalement sur la place d'arme, entre la Mairie et la cathédrale Saint Etienne. Il y a déjà moins de monde ici, ce n'est qu'un lieu de passage. Les rares personnes qui s'y attardent sont celles qui attendent le bus. La cathédrale est illuminée, comme à l'accoutumée, mais la lumière est gênée par le grand échafaudage occupant un bon quart de la vue, lui aussi habituel, qui se déplace saison par saison tout autour de l'édifice pour son nettoyage continu et actuellement posé sur une partie de la face sud.

Les vampires se dirigent droit sur la bâtisse religieuse. Evidemment, j'aurai dû m'en douter, toutes ces histoires de crucifix, c'est n'importe quoi. Les suceurs de sang escaladent facilement la palissade protégeant les travaux, fort heureusement, depuis un endroit sombre et désert. Ils commencent à monter et je devine leur plan. Ils vont alerter la police, les pompiers et plus ou moins tout ce que la ville compte de personnes officielles concernées par des gens qui iraient se balader à plus de 40 mètres du sol sur le bâtiment possédant les plus grandes verrières gothiques d'Europe.

Kevin saute d'un bond par dessus la palissade, apparemment sans avoir fait attention aux témoins possibles. Je n'ai pas trop le temps de réfléchir mais je fais au moins mine de l'escalader. Abrités par le filet de sécurité, nous pouvons enfin nous transformer et reprenons la chasse. Malgré le fait que je sais pertinemment que le filet ne retiendra pas mon nouveau poids, je m'élance entre celui-ci et les plateformes comptant sur mes griffes, et la solidité de l'échafaudage, pour ne pas faire de chute correspondant déjà à plus d'une vingtaine de mètres. Fort heureusement, ça tient bon et je réussis à gagner un étage sur les vampires. Je me pose sur la plateforme en attendant qu'ils montent, prenant mon klaive en main. Je suis devant eux et Kevin et derrière. Ils savent qu'ils ne peuvent rester en place très longtemps. Finalement, ils se décident à monter. A trois contre un, ça leur semble jouable. Mais j'ai l'avantage que l'escalier ne leur permette pas de monter à plusieurs de front. Deux d'entre eux l'empruntent néanmoins tandis que le troisième m'imite et monte sur la plateforme par le côté.

D'un coup de pied rapide et bien placé, j'envoie le premier vampire de l'escalier sur son confrère et tous deux manquent de dévaler sur la plateforme inférieure. Ils sont obligés de se cramponner à la rampe de fortune. Cela me laisse le temps de me retourner et de faire face au troisième qui croyait bénéficier d'un effet de surprise. Mon klaive, fendant l'air et lui pratiquant une entaille au ventre, lui prouve le contraire. Il recule en hurlant de douleur.

Mais j'ai sous-estimé les autres. Ils ont rapidement rétabli leur équilibre et j'ai à peine le temps de me retourner pour recevoir un poing en pleine mâchoire. Je me sens partir en arrière mais mes sens de garous réagissent presque plus vite que mon esprit. Ma main libre se pose au sol, m'empêchant de tomber, et mon klaive pénètre le ventre de mon assaillant dans une gerbe de sang. Lui ne crie pas. Surpris, il semble avoir le souffle coupé. Il s'affale sur la plateforme. Celui qui le suit a une sorte de couteau dans la main. Je suppose que la lame est en argent. On ne part pas à la chasse au garou avec des lances de bois. Je dois lâcher le klaive. Je n'ai pas le temps de le ressortir. Au moment où la lame du vampire va me frapper, j'attrape in-extremis le poignet de ce dernier et empêche mon coeur d'être transpercé.

Tout en le tenant, je le renverse au sol. Mais lorsque je veux lui faire lâcher son arme, le premier vampire, malgré sa blessure, m'agrippe par derrière. J'essaie de m'écarter mais tout ce que j'arrive à faire, c'est de bouger suffisamment pour que ses dents se plantent dans mon épaule plutôt que dans ma gorge. Putain, que ça fait mal. Beaucoup plus que ça aurait dû. Le vampire que je maintiens réussis à se libérer. J'utilise mes mains nouvellement libres pour écarter les dents dans ma fourrure. Mais le vampire résiste et il est bien placé. Pas moyen de le déloger. Je vais bien finir par l'avoir. Sauf qu'il suffit de quelques secondes pour que l'autre essaie de me planter à nouveau.

Soudain, le poids sur mes épaule s'envole enfin. Kevin est arrivé et a plongé sur mon assaillant. Je me redresse enfin. L'oiseau que j'avais réussi à coincer court pour rejoindre la plateforme supérieure. Il n'a apparemment pas changer de plan. Kevin est en train de mettre en pièce le vampire que j'avais à peine égratigné. Celui-ci est incroyablement résistant. Il se débat vigoureusement, mais en vain, au milieu de son propre sang. Je cherche le dernier vampire pour récupérer mon klaive mais celui-ci est debout, la dague encore plantée dans son ventre. Il est mal en point, sûrement mortellement blessé, mais il veut encore attaquer. Je ne lui en laisse pas le temps. Sa blessure le ralentit et je n'ai aucun mal à m'emparer du manche et à retirer l'arme.


_ Rends-moi ça ! Kevin ! Je te laisse ces deux-là, il faut que je rattrape l'autre.

_ Et avec ça ? Tu veux que je t'apporte à boire aussi ?


Je pourrai lancer une autre pique à mon frère de meute mais je n'ai pas le temps. Je fonce le plus rapidement possible. Je ne tarde pas à me retrouver sur les talons du vampire. Pile au moment où il les pose sur le toit de la cathédrale. Le vampire tourne sur sa gauche. Il est ainsi occulté aux regards des passants par la tour sud. Il cherche à rejoindre l'avant de la cathédrale, là où plus de monde le verra. Mais il ne lui a pas échappé que j'étais juste derrière lui. Et il commet la plus grosse erreur de sa vie. Enfin, de sa non-vie.

Il fait volte-face en brandissant sa lame. Tout vampire qu'il est, il a dû voir que la pente du toit est trop raide et donc la chance de m'échapper, très mince. Mais il m'aurait été impossible de tuer une mouche sur la façade principale de la cathédrale sans qu'une foule de curieux ne se jettent sur leurs portables pour appeler la police, les pompiers, le SAMU, l'armée, voir jusqu'à la marine si elle pouvait manoeuvrer dans la Moselle.


_ Allez sac à puces ! Approche si tu l'oses !

_ T'inquiète pas pour moi, sangsue ! J'ai les dents plus longues que les tiennes.


Le vampire se retourne vivement et veut s'enfuir à nouveau. Je n'ai que quelques petites secondes pour agir. Je n'aurai pas le temps de l'attraper avant qu'il passe la tour. Je n'ai plus qu'à espérer que si quelqu'un le voit, il prendra ça pour un problème électrique. Je lève mon klaive en me concentrant rapidement. Comme prévu, un éclair jaillit de la lame et frappe le vampire dans le dos. Il s'écroule au sol. Sa main dépasse tout juste de la tour. C'était moins une.

Je m'élance. Le vampire est groggy et essaie de se relever. Je l'attrape par le col et le plaque contre le mur de la tour. J'ai une furieuse envie d'écraser sa tête contre la pierre de Jaumont. Mais je n'ai pas le temps de bouger le moindre doigt qu'une douleur intense me vrille les cotes sur le flanc gauche. Je n'ai pas besoin de regarder pour comprendre qu'il tient toujours son arme et qu'il vient de me la faire goûter. C'est de l'argent, pas de doute. Le vampire a un sourire mauvais qui m'énerve encore plus que la blessure qu'il m'a infligée. Mes griffes lacèrent sa gorge et il lâche enfin son arme, plaquant les mains sur son coup pour retenir le flot rouge qui s'en écoule. J'en profite pour retirer la lame et lui en faire profiter à son tour. Son cri de douleur ne calme pas mon ardeur et j'abat mon klaive, lui fendant le crâne. Cette fois il s'écroule et n'est pas prêt de se relever à nouveau.

Mes blessures me lancent encore. Celle au flanc me brûle. Mais je n'ai pas le temps de souffler. Bien que les deux vampires que j'ai laissé à Kevin étaient très mal en point, je dois aller m'assurer qu'il va bien. J'attrape le corps de mon adversaire par une jambe et le traîne à ma suite en redescendant l'échafaudage. Kevin attends tranquillement à côté des deux corps qu'il a lacéré dans tous les sens mais qui tiennent encore à peu près en un morceau.


_ T'en a mis du temps, me lance-t-il.

_ J'aime quand tu t'inquiètes pour moi. T'aurais pu venir voir si j'avais besoin d'aide.

_ Un ahroun face à un seul vampire ? T'aurais voulu que je te fasse la conversation pendant que tu lui faisais une grosse tête ?

_ C'est pas le problème.

_ Ah, oui ! Il aurait fallut que j'ai plus « d'esprit de meute » c'est ça ? Bon la prochaine fois, je t'apporterai tes pantoufles aussi.

_ Tu es vraiment trop drôle. Je vais avoir du mal à ne pas tomber à force de rire.

_ Ouais, ouais ! Bon, qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

_ On attends que le public s'en aille. Vers trois ou quatre heure du matin il n'y aura plus personne et on pourra bouger tranquillement.

_ Oh merde. Et ça fait combien d'heures à supporter ta charmante compagnie ?

_ Au moins dans les six heures.

_ Youpi !


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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Lun 30 Aoû - 20:51

Chapitre 16 : La licorne






Septembre est passé non sans avoir fait rouiller les forêts environnantes, me rappelant une douce chevelure trop absente, et désormais Octobre s'amuse à dépeupler les arbres de leurs derniers atours ocres et jaunes. Il n'est plus possible de se rendre au caern des treize sans devoir affronter une magnifique pluie de feuilles tourbillonnantes qui ne durera malheureusement que trop peu. Du moins à mon goût. Le froid s'installe également et j'ai déjà pu constater à quel point pouvoir obtenir une fourrure sur demande était pratique.

On a rajouté des couvertures sur le lit de Valentine. Elle est confortablement au chaud et dort profondément, la tête posée sur ma poitrine. Allongé à côté d'elle, sur le dessus des couvertures, je caresse doucement ses cheveux en regardant son torse monter et descendre au rythme tranquille de sa respiration. J'avais à peine commencer mon récit sur la chasse au vampire que la môme avait déjà fermé les yeux. Elle est de plus en plus fatiguée mais, heureusement, son rite arrive très prochainement à son terme. Ensuite viendra une petite rééducation de l'estomac.

Moi en tout cas, j'avais bien envie de conter mon histoire. Non seulement la poursuite que Kévin et moi avons mené, mais aussi celle de Satsuki et Igor qu'ils nous ont raconté par la suite. Nos anciens respectifs avaient facilement rattrapé leurs vampires mais ils n'étaient pas vraiment dans des endroits tranquilles. Heureusement, les vampires ont tenté de s'enfuir sur les bords de la Moselle, beaucoup plus calmes. Satsuki n'eut même pas besoin d'utiliser son flingue. Igor réussit à leur couper la route. Le reste est assez basique. Seul le cappadocien faillit blesser Igor en l'attaquant par derrière. Mais Satsuki avait vivement réagi et la tête de la sangsue roula au sol avant qu'il n'abatte un couteau d'argent entre les omoplates du rongeur d'os.

Je pose la tête sur un bout d'oreiller. Finalement, ça s'était plutôt bien fini. Les vampires de la Camarillia avait entendu parlé de l'agitation et avait envoyé un groupe enquêter. Fort heureusement, ils avaient réussi à se faire entendre avant de se faire déchiqueter. Désormais, c'était uniquement un problème de vampires. Et personnellement, je ne m'en porterai pas plus mal. Je ressens encore quelques élancements aux endroits où j'ai été blessé. Rien de bien méchant mais la veille encore, j'avais du mal à bouger. Couché à côté de la môme, ça va beaucoup mieux. Tant que je ne fais pas le moindre mouvement.

Le caern avait changé également. Bien sûr les chalets n'avaient pas bougé de place, si ce n'est que les garous couvraient les toits de bâches de camouflage pour palier la couverture des feuillages qui s'émiettait. Peu avant que je rejoigne Valentine, je suis tombé par hasard sur Axelle et Bashir derrière l'angle d'une cabane. Sans que je n'ai eu le temps de leur demander quoi que ce soit, les deux jeunes insistèrent sur le fait qu'ils ne faisaient que discuter. Sans trop m'attarder, je m'enquis de l'état de santé de Bashir qui s'était très bien rétablit de son rite de passage. Puis je les ai laissé et suis reparti en direction de la chambre de Valentine. Plus loin, j'ai aperçus Razor sous sa forme de crinos. C'est la forme qu'il préfère, n'ayant jamais vraiment été homme ou loup. J'aurai aussi aimé avoir de ses nouvelles mais je voulais d'abord aller voir la môme. Dire que je m'inquiétais pour sa santé, en dépit de l'attention méticuleuse de Sellie, serait un euphémisme.

Maintenant je contemple le plafond tandis que Valentine dort sereinement. J'ignore si elle est dans de bonnes conditions pour effectuer son rite de passage mais, en tout cas, elle n'a pas l'air d'en être troublée. Je baille. La vie de garou n'est pas facile. Ne serait-ce que grâce aux vampires ou au Ver. Mais aussi avec l'entraînement qui va à côté. Pendant qu'Emilie apprend le combat avec les chevaliers vert et que Valentine méditait, je n'ai pas chômé. Malgré mes réticences, Satsuki m'a initié au tir avec armes à feu. Et ce qui m'agace, c'est que je suis plutôt bon. Encore un de ces foutus sens de ahrouns qui font de moi une machine à tuer. Il paraît que, d'après les anciens c'est à dire Jacqueline et Satsuki, l'apprentissage est plus difficile. Mais grâce à ma plus grande expérience par rapport aux autres jeunes, j'apprends plus vite à me servir de mon instinct. Croyant me faire plaisir, Satsuki m'annonce ça avec un grand sourire. Super ! Je suis le meilleur quand il s'agit de massacrer mon prochain. Hourra ! Ma mère serait tellement heureuse de le savoir. « Oh ! Mon fils est un tueur professionnel ! Quelle joie ! »

Ma mère ! Voilà un autre problème qui revient me hanter de plus en plus souvent. Je ne suis toujours pas allé la voir pour la questionner et savoir qui était mon vrai père. Au début, le choc d'apprendre que j'étais un loup garou et de devoir changer de vie m'occupait bien trop l'esprit. Sans compter les questions plus techniques comme m'occuper de Valentine et annoncer la nouvelle à Emilie sans qu'elle ne claque la porte. Puis sont venus les vampires, les marcheurs sur verre, le rite de passage, les chevaliers vert, le risque de bataille rangée en plein Metz mais aussi les autres membres de la meute, leurs rites et le souci que je me fais pour eux.

Mais maintenant que je me sens mieux en tant que garou et que les vampire m'ont enfin laissé tranquille, je m'aperçois que j'avais bien assez de temps pour résoudre la question. Est-ce que je tiens vraiment à savoir la réponse ? Difficile à dire. Qu'est-ce que ça m'apporterai vraiment de le savoir. Mon vrai père est enterré. L'autre a peut être été tué par un suppôt du Ver depuis le temps. Je me doute qu'il ne doit pas occuper un rang très élevé sans cela, on ne m'aurait pas perdu et lui m'aurait sûrement déjà retrouvé. Même si ma mère pouvait me donner son nom, est-ce que ce sera vraiment le sien ? Il est plus que probable qu'on le connaisse plus sous un nom d'emprunt, un nom de garou. Beaucoup de jeunes garous se trouvent un surnom. Plus souvent pour la frime que par besoin de discrétion. J'ai entendu dire que Sarah s'en cherchait un. Elle s'est tellement intégrée dans le monde garou que, pour elle, ça doit faire figure d'obligation.

Quoi qu'il en soit, je ne sais toujours pas quoi faire. Je n'ai plus de bonnes excuses pour y échapper mais je ne cherche pas à savoir pour autant. Je m'embrouille tout seul. Je décide de laisser ça de côté au moins le temps que Valentine finisse son rite de passage. J'essaie de faire un peu le vide dans ma tête. Je crois que je suis un peu stressé ces derniers temps. Je garde les yeux fermés. J'essaie de contrôler ma respiration en la calquant sur le rythme serein de celle de la môme. C'est une bonne méthode de relaxation. Je sens mes muscles se détendre. Je sens un léger vertige. Comme lorsque l'on est conscient que le sommeil nous prend et qu'on ne pourra pas lui résister.

Mais je sens cette sensation perdurer curieusement. J'ouvre les yeux. J'essaie de regarder autour de moi. Mais, si je suis pleinement conscient et réveillé, mes paupières refusent de s'écarter. Je ne rêve pas, j'en suis sûr. Pourtant, je suis incapable d'ouvrir les yeux malgré toute ma concentration. La sensation n'est plus un vertige. J'ai l'impression de glisser. De glisser à une vitesse phénoménale. Je n'arrive pas à bouger. Je sens encore la chaleur de Valentine contre moi. Difficile de dire si elle est vraiment là à mon côté. Bon sang mais qu'est-ce qui m'arrive ?

Tout à coup, je sens un frottement dans le dos et tout s'arrête. Enfin je peux voir. Je suis toujours allongé et je contemple un ciel étoilé. Mon premier réflexe est de vérifier si la môme est bien là. Elle aussi a les yeux grand ouvert. Ses beaux yeux de loups.


_ Où sommes nous ? Articule-t-elle.

_ Je n'en sais rien.


La difficulté avec laquelle je parle me fait comprendre que je suis moi aussi sous la forme du crinos.


_ Reste là pour l'instant.


Je me relève et je fais appel à l'un de mes dons. J'ai appris à m'en servir il y a peu. C'est un don d'ahroun appelé griffes-rasoir qui rend les griffes très tranchantes. Et qui font beaucoup plus mal. J'ignore où l'on est mais je suis sûr d'une chose, celui qui nous cherche des noises va le regretter. Pourtant je me suis à peine dressé que Valentine fait les gros yeux en fixant quelque chose derrière moi. Je me retourne, prêt au combat. Et je suis pétrifié sur place.

Devant moi se tient un cheval blanc magnifique. A rendre jaloux le plus beau pur sang. Mais ce qui me clou sur place, c'est la longue corne nacrée qui lui sort du front. Même en me retrouvant à nouveau sans pouvoir bouger, mon esprit fonctionne à toute vitesse. Je ne sais pas comment mais nous sommes dans le royaume de la licorne. Dans l'umbra. Le monde des esprits. Je suis en plein milieu du rite de passage de Valentine. J'ai été emporté avec elle. Et je suis en train de menacer un Incarna avec des griffes-rasoirs. J'avais autant m'ouvrir les veines directement. Sauf si, comme l'a dit Sellie, la licorne est vraiment, vraiment très gentille.

Elle avance lentement et me contourne. Elle s'approche de Valentine. La môme la regarde éberluée. Mais elle se lève à son tour. Elle ne semble pas vraiment savoir ce qu'elle fait. Elle agit comme si elle suivait des ordres sans chercher à les comprendre. La licorne abaisse doucement la tête. La pointe de sa corne frôle la chemise de nuit de Valentine. Elle s'arrête au milieu de sa poitrine. Je ne comprends ce qui va arriver que dans le quart de seconde qui précède l'évènement. Et même si je pouvais agir, je n'en aurai pas le temps. D'un mouvement sec, la licorne enfonce sa corne dans le torse de la môme. Valentine semble avoir le souffle coupé. Mais elle ne bouge pas. Aucune goutte de sang ne coule. Pas la moindre trace de blessure. On dirait que la corne est plongée dans l'eau.

Pendant un long moment qui me paraît ne plus finir, la licorne « sonde » la môme. Comme l'avait prévu Sellie. Quelque part je suis rassuré. Le rite de passage se passe bien. La seule question qui reste en suspend c'est ce qu'il va m'arriver quand l'Incarna en aura fini avec Valentine. La licorne a beau être sympathique, elle n'en reste pas moins un esprit extrêmement puissant qui ne doit pas apprécier d'être menacé. Quand bien même la menace est aussi ridicule que moi.

Valentine a les yeux fermés. Malgré la longueur du procédé, la môme ne montre aucun signe de lassitude ou de nervosité. Elle semble tout à fait sereine. Je crois que je suis loin d'imaginer à quel point elle s'est préparée pour son rite de passage. En ce qui me concerne, je ne peux me retenir d'éprouver un peu d'angoisse lorsque la tête de la licorne se relève enfin. Bien que j'ai annulé les griffes rasoirs depuis longtemps, je suppose qu'elle ne l'a pas oublié. L'Incarna se dirige vers moi avec lenteur. Je n'ai pas vraiment le choix. Il est ridicule de seulement s'imaginer que je puisse lui échapper si elle tient vraiment à me montrer qui est le patron. Ma détresse doit être visible car Valentine me lance de sa voix de crinos :


_ Reste calme Max ! Elle ne veut pas te faire de mal.

_ Peut être, je réponds, mais je ne suis pas sûr que quiconque aime être menacé, même un esprit.

_ Elle sait que tu voulais me protéger. Surtout, laisse-toi faire.

_ Oui mais me laisser faire quoi ?


La môme n'aura jamais le temps de me répondre. La licorne s'est arrêtée face à moi et a plongé sa corne dans ma poitrine tout comme elle l'avait fait avec sa disciple. Si je sens bien que la corne ne me fait aucun mal directement, je ressens soudain de vives douleurs en plusieurs endroits dans le corps. Partout où j'ai pris des coups récemment. Je ne sais pas si c'est à ce genre de choses qu'à dû se préparer Valentine, en tout cas, je ne peux pas faire aussi bonne figure. Mais je ne peux pas me retirer. Au-delà du fait que cela pourrait constituer une nouvelle insulte pour l'esprit, et je n'ai pas besoin de ça, je suis physiquement incapable de faire le moindre geste. Je suis totalement à la merci de la licorne.

Mais elle me relâche finalement et je m'écroule au sol. Mes jambes ne me portent plus, comme si c'était l'Incarna qui m'avait porté tout ce temps. Je n'arrive toujours pas à bouger par moi-même. Mes yeux ne s'ouvrent plus. Mes bras restent étalés sur le sol. Je ne peux même plus tourner la tête. Je ne sens plus rien. Je ne peux que me demander ce qui est en train d'arriver à Valentine lorsque je sens une lumière diffuse à travers mes paupières qui consentent soudainement à s'écarter.

Pendant quelques secondes je ne suis pas sûr de ce que je vois mais je finis par me rendre à l'évidence, nous sommes de retour dans la chambre de Valentine. La môme est toujours allongée à côté de moi, me souriant. Heureuse, elle veut se jeter à mon cou mais les forces qui lui restent en dehors du monde des esprits ne lui permettent pas d'en faire autant et se laisse tomber sur moi. Malgré sa fatigue évidente, elle semble aux anges.


_ Je l'ai vue. Tu te rends compte ? J'ai vu la licorne Max.

_ Je sais ma puce, je te rappelle que j'y étais.

_ Alors ça y est ? Je suis un vrai garou ? Une vrai enfant de Gaïa ?

_ Si c'est comme ça que tu te sens c'est que ce doit être le cas.

_ Il faut que j'aille le dire à Sellie.


Valentine esquisse un mouvement pour se relever mais je la retient.


_ Doucement. La première chose à faire, c'est de te laisser apporter un bon petit déjeuner au lit par mes soins puis que ce soit Sellie qui vienne te voir.

_ D'accord.


La gamine est trop contente pour chercher à discuter quoi que ce soit. Je me lève alors et je m'arrête après quelques pas.


_ Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Me demande Valentine.

_ Je n'ai plus mal. Plus rien du tout.

_ C'est vrai ? C'est la licorne qui t'a soigné ?

_ Je suppose. Enfin... bref, je vais voir pour ton petit déjeuner et on en discuteras avec Sellie après.


Je sors de la chambre et je vais directement dans l'autre pièce où la môme est surveillée. Je ne suis pas surpris d'y trouver Sellie.


_ Tu as fait un bon voyage ? Me demande-t-elle.

_ Vous saviez que la licorne m'emmènerait aussi si je restai près d'elle ?

_ Non, je l'ignorais.


Je ne dois pas faire une figure très compréhensive car la vielle femme rajoute immédiatement :


_ Je sais de nombreuses choses sur les esprits, Max. Mais malgré tous les savoirs récoltés sur l'umbra et ses habitants, on ne peut jamais savoir ce qui se passera dans des situations particulières. Peut être la licorne a-t-elle senti que tu avais encore besoin de soins. Peut être a-t-elle seulement emporté les personnes qui étaient présentes au moment de son arrivée. Ou peut être encore a-t-elle sentie quelque chose en toi qui l'a attiré. On ne saura probablement jamais.

_ Vous nous avez vu partir ?

_ Oui et non. Vos corps sont restés sur place si c'est là ta question. Mais je sais reconnaître des personnes qui sont dans le monde des esprits.

_ Mais pourquoi sent-on la douleur dans ce cas ?

_ La forme que tu prends dans l'umbra n'est pas un pur esprit. Tu prends une forme tangible qui peut être touchée, blessée et détruite. Les voyages dans l'umbra sont dangereux non seulement car un combat aura les mêmes conséquences dans notre monde mais en plus parce que même si tu n'es qu'affaiblit, il se peut que tu ne puisses plus retrouver ton corps.

_ Je vois. J'aurai préféré savoir tout ça avant.

_ Je ne vois pas pourquoi. Tu te serais alors inquiété sans arrêt pour Valentine, je veux dire encore plus que ce que tu nous a montré ce mois-ci, alors que vous avez finalement voyagé de la manière la plus sûre qui soit. Directement amenés par un Incarna en restant sous sa protection.

_ Les Incarnas ne peuvent pas nous aider dans l'umbra dans d'autres cas ?

_ Ce n'est pas si simple. Ils peuvent toujours intervenir comme il pourrait le faire ici-même. Mais leurs royaumes sont dans l'umbra profonde. Ce sont des endroits trop éloignés et donc trop dangereux à atteindre pour de simples garous. Et nous avons bien assez à faire dans l'umbra proche. Mais n'étais-tu pas venu chercher quelque chose ?

_ Quoi ? Ah ! Oui ! Le petit déjeuner... mais...

_ Occupe-toi de Valentine, ce sera bien suffisant pour aujourd'hui. Nous aurons tout le temps de parler de l'umbra une prochaine fois. Crois-moi. Ah ! Je crois que quelqu'un t'as devancé.


Je me tourne vers le miroir sans teint qui donne sur la chambre de Valentine. Satsuki, rayonnante, vient d'entrer avec un grand plateau rempli de petis pains chauds et de croissants. Un gros bol de chocolat chaud se trouvait sur le côté.


_ C'est pas vrai ! Elle va la rendre malade avec tout ça. Elle doit reprendre l'habitude en douceur.

_ Oui mais Satsuki se laisse souvent emporter par ses élans, quels qu'ils soient. Je te suggère d'y aller vite avec qu'elle ne gave cette pauvre enfant.


Ecoutant Sellie, je me précipite dehors près à faire un cours magistral de nutrition à Satsuki. Pourtant, je sais qu'elle ne va pas aimer ça.


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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Mar 31 Aoû - 4:32


Chapitre 17 : Mission dans l'Umbra





La forêt de conifères est bien plus sombre que celle de feuillus dans laquelle se trouve le caern des treize. La route est très étroite, chaotique et enneigée mais le minibus se manie facilement. Bourré d'esprits comme il est, ce n'est pas étonnant. Il semble peu probable qu'un autre véhicule, en dehors de motos, puissent rouler ici sans finir dans le fossé. Et quand je dis fossé, c'est plutôt le ravin qui habituellement suit toute route de montagne qui se respecte. Une belle chute de plusieurs dizaines de mètres.

Valentine dort tranquillement sur la banquette arrière, la tête sur les genoux de Bashir. Le croc d'argent regarde la forêt sans la voir en pensant apparemment à quelque chose de très important. Griffe Tonnerre, toujours sous sa forme de lupus, s'est posé sur les jambes de la môme pour lui tenir chaud et semble également assoupi. Juste devant eux, dans l'autre rangée, Razor a choisi de se donner forme humaine pour voyager plus confortablement. J'ai d'abord était surpris de le voir. Ce n'est qu'un enfant. Et puis je me suis rendu compte qu'il n'avait que 11 ans. Âgé pour un loup. Mais très jeune pour un humain. Curieusement, cela me dérange moins de l'embarquer dans une mission que Valentine. Je ne sais pas pourquoi. Peut être parce qu'il a été élevé tout ce temps par les garous. Ainsi, avec son problème de poils, il ressemble un peu à un petit bonze d'Himalaya. Son tee-shirt large et son pantalon baggy lui donne un drôle de genre totalement déplacé mais dont il n'a pas l'air de se soucier le moins du monde.

A l'avant du minibus, c'est à dire à une dizaine de centimètres du reste du groupe, Kevin affiche ostensiblement la mine de celui qui s'ennuie énormément, même s'il a compris depuis longtemps que personne n'en avait rien à faire.

Je me penche vers Satsuki juste devant moi.


_ Dis, tu ne m'as toujours pas donné d'explications. Pourquoi Axelle et Sarah ne sont pas venues avec nous pour cette mission ?


Satsuki me répond sans quitter son livre des yeux (une enquête sur la pollution de l'eau).


_ Ah ? C'est que ça me semble tellement évident. Ce sont les seules à ne pas encore avoir eu leurs rites de passage.

_ C'est si important ?

_ Techniquement, non. Je crois qu'elles sont à la hauteur pour cette mission. Mais sur le principe... Et bien, disons que ça ne se fait pas.

_ Mouais. Quand on embarque une fillette de 10 ans, les principes...

_ Si ça ne tenait qu'à moi, j'aurai préféré que votre meute soit complète, même pour une mission mineure. Mais bon, sans être des fanatiques, les fiannas aiment bien les traditions et Sarah n'est même pas encore revenue des Alpes. Alors faut faire avec.


Elle cherche une position plus confortable, s'enfonce un peu dans son fauteuil et tourne une page. Je ne sais pas si c'est un signe pour que je la laisse tranquille mais je veux vraiment en savoir plus.


_ On devra vraiment entrer dans l'umbra ? Ce n'est pas l'endroit que je préfère.

_ Il y a peu de chances que vous y échappiez. Mais il faudra bien t'y faire. C'est courant chez les garous.

_ Autant que les rencontres avec les vampires ?

_ A peu près.

_ Que rêver de mieux ?


Je m'enfonce à mon tour dans mon fauteuil. Cette mission ne me dit rien qui vaille. La seule fois où je suis allé dans l'umbra, c'était par accident. Et j'avoue que je ne suis pas si pressé d'y retourner. En fait, je ne me sens pas vraiment d'y aller par mes propres moyens. Voyager avec la licorne avait au moins cet avantage qu'il n'y avait rien à faire. Et c'est aussi la première fois que je vais affronter une créature du Ver. Ce n'est pas rien. Enfin, j'imagine.


Le minibus s'arrête enfin. Nous sommes dans un village plutôt rustique. Difficile d'imaginer que le Ver puisse se cacher ici. Maisons en rondins où chaque interstice est blanchit, rues pavées à peine déblayées, écriteaux en bois, réverbères datant probablement de l'invention de l'électricité, le tout entouré d'immenses et majestueux sapins enneigés.

Nous débarquons. L'air est pur à la montagne et les Vosges ne font pas exception à la règle. Je prends une grande bouffée d'air frais lorsque l'on se colle contre moi. Valentine est à peine descendue et elle grelotte déjà, un peu plus vulnérable à la température dû au fait qu'elle s'éveille à peine et que la chaleur de Griffe Tonnerre ne la recouvre plus. Je la prends dans mes bras mais nous sommes tellement habillés que cela ne sert pas à grand chose de toute façon.

Razor et Kevin donnent une allure bizarre à notre petit groupe. Le premier a pris soin d'enfiler un manteau avec une grande capuche, dérobant son visage à la vue de quiconque et lui donnant un air lugubre. Le second sautillant légèrement sur place en grimaçant de froid, n'ayant pas voulu emporter de vêtements plus chauds qu'une petite veste.

Mais ce n'est encore rien par rapport à l'arrivée de Griffe Tonnerre. En apercevant le loup de bonne taille, deux garçonnets, se rendant probablement à l'école, en frémissent de peur et hâtent le pas. Les quelques villageois qui se trouvent dans les environs nous regardent ahuris. Bien que je sais que cela lui coûte, il va se frotter contre les jambes de Satsuki pour jouer au chien-chien fidèle. Satsuki le gratifie d'une petite caresse derrière l'oreille en lui souriant. Bashir descend en dernier du minibus, l'air toujours ailleurs.


_ On ne va peut être pas rester là en attendant de se retrouver congelés, lance Kevin.

_ On se calme gamin, réponds Ed en vérifiant que les portes sont bien fermées. Faudrait pas qu'on nous pique cette petite merveille. Vous avez vu ? Pas un soubresaut, ni un glissement malgré cette foutue route. C'est pas peu dire que je suis pas peu fier de mon tas de ferraille.

_ Euh... Ed ?

_ Moi je dis que c'est tous des acrobates dans le coin, parce que pour passer par là, faut le faire. Et pas seulement en tournant le volant au bon moment, mais y'a des endroits où faut avoir des tripes, je vous le dit. Même en sachant que ce bijou est plein d'esprits, j'ai parfois eu des sueurs froides. Pourtant on aurait pas pu aller dans le fossé, même si j'avais lâcher le volant. C'est dire.

_ Ed ?

_ Faudrait que je l'essaie un jour mais je suis sûr que même sur une poutre, on ne peut pas tomber avec...

_ ED !!


Ed sursaute en entendant le cri de Satsuki, comme s'il venait de remarquer sa présence.


_ Quoi ?

_ On a pas de temps à perdre. Il faut y aller.

_ Bon, bon, on se calme, on y va. De toute façon ce patelin n'est pas bien grand, on devrait trouver vite.


Nous remontons l'unique rue du village à grands pas. Pour se réchauffer, Valentine a préféré que je la dépose. Elle me tiens la main en baissant la tête. Il faut dire que notre groupe hétéroclite était déjà peu discret, mais accompagné d'un gros loup et avec une fille qui se met à hurler, nous sommes à peu près sûr que toute tentative de discrétion est irrémédiablement fichue. Pour en rajouter encore un peu, c'est à Kevin de s'y mettre.


_ Vous avez vu un peu ce trou ? Bonjour le désert. Au moins s'il faisait chaud, ce serait à peu près supportable mais là... Je suis sûr qu'ils sont tous au comble de la félicité de vivre perdu dans un coin pareil. Faut vraiment être la dernière des poires pour venir se paumer ici. Et encore, je reste poli.

_ J'apprécierai oui, grommelle Satsuki. D'ailleurs si tu pouvais la fermer complètement ça m'arrangerait beaucoup.


En effet, nous sommes suivis du regard par toute la population du village présente. Et je suppose que certains n'ont eu aucun mal à entendre ce que disait le ragabash. Mais Kevin n'est pas du genre à renoncer pour si peu. Au contraire, lui répliquer le stimulerai plutôt. Mais avant qu'il n'en place une, je lui envoie mon coude dans les cotes. Il me lance un regard noir mais au moins il se tait. C'est encore un avantage d'être un ahroun. Mais je me doute bien que lorsque Kevin sera plus expérimenté dans son rôle de ragabash, il lui en faudra plus pour le calmer.

La route tourne un peu, dévoilant de nouvelles petites maisons, et de nouvelles personnes qui, à n'en pas douter, nous ont entendu arriver de loin. Un tel groupe de gens, ils ne doivent pas en voir tous les jours. Surtout des aussi bizarres. Vivement qu'on arrive, ça commence à me taper sur les nerfs d'être observé ainsi.

Enfin, Satsuki et Ed se dirigent résolument vers l'un des chalets. Nous nous arrêtons sur le porche. Satsuki frappe à la porte. Celle-ci s'ouvre sur une jeune femme plutôt jolie et qui l'aurait été d'avantage si ses yeux n'étaient pas cernés et embués de larmes. Elle s'efface et nous laisse entrer sans dire un mot. Après avoir refermé la porte, elle nous emmène vers le salon. Kevin s'assied nonchalamment dans un fauteuil tandis que nous nous tournons vers notre hôtesse.


_ Où est-il ? Demande Satsuki.

_ Dans sa chambre ! Il ne peut de toute façon pas en sortir, réponds la jeune femme.

_ Bien, allons le voir.


Notre hôtesse ouvre le chemin et nous la suivons, obligeant Kevin à se relever en grognant. Elle nous emmène jusque dans une chambre d'enfant. Un petit garçon d'à peu près huit ans est étendu dans le lit. Mais il est très mal en point.


_ Qu'est-ce qu'il a sur sa peau ? Je demande. On dirait...

_ Du sang, répond la jeune femme d'un ton désabusé. Il sue du sang. J'ai beau le nettoyer régulièrement, ça revient très vite. Parfois ce qui sort c'est... enfin... c'est une sorte de... mucus verdâtre. C'est pour ça que je crois qu'il a été intoxiqué.


Comme pour nous prouver les paroles de sa mère, le garçon est soudain secoué de spasme et des gouttelettes vertes perlent sur sa peau. La jeune femme prend aussitôt un linge propre qu'elle avait prévu à côté du lit et essuie le visage de son fils.


_ A un moment j'ai cru que ça ressortait, qu'il suffisait de le laisser expurger lui-même la substance. Mais les marques sont apparues à ce moment là.


Elle abaisse la couverture et soulève le haut de pyjama du garçon. Son ventre est parsemé de petites entailles plus ou moins sanguinolentes.


_ Quand le docteur Janvier m'a avertit qu'il allait avertir des spécialistes, j'ignorai que ce serait... autant... et si jeunes. Qu'est-ce que vous pouvez faire pour lui ?

_ Et bien madame je crois que nous arriverons à le guérir, répondit Satsuki, mais pour ça il va nous falloir votre entière collaboration. Même si nous vous demandons des choses assez bizarres. Pouvez-vous nous faire confiance à ce point ?


La jeune femme jette un oeil à Valentine, puis à Razor, à Kevin qui s'est adossé contre le mur semblant être intéressé par tout sauf par son fils, et enfin elle regarde Griffe Tonnerre. Je suis étonné qu'elle mette autant de temps à nous répondre non et à nous foutre dehors vite fait. Mais finalement je ne connais pas les mères désespérées comme je le croyais.


_ D'a... d'accord... je ferai... tout ce que vous voulez.

_ Bien, reprends Satsuki. Rassurez-vous, malgré les apparences, nous savons quoi faire dans ce genre de cas. Nous allons voir le docteur Janvier puis nous reviendrons soigner votre fils. Ne vous inquiétez pas.


Satsuki s'apprête à sortir de la chambre en nous faisant signe de la suivre mais elle s'arrête sur le palier.


_ Oh... ce serait trop vous demander une tasse de café lorsque nous reviendrons ? Le voyage a été long et ça nous aiderait à nous concentrer.

_ Euh... oui... oui, bien sûr.


Satsuki la remercie puis quitte finalement la chambre. Elle ne commence à nous expliquer ce qui se trame que lorsque nous sommes dehors et que Ed a refermé la porte.


_ Bien joué Satsuki, fait-il. Il valait mieux pour elle qu'elle ne reste pas trop près de son fils.

_ Pourquoi ? Demande Valentine.

_ Parce que son fils est possédé par un flaiel, réponds Satsuki, et que si cette saloperie s'est aperçue de notre présence, elle va également essayer de l'influencer. Mais le coup du café ne tiendra pas longtemps. Je vais retourner à l'intérieur et l'occuper en faisant celle qui s'y connaît en médecine. Pendant ce temps retrouvez Janvier et occupez-vous du flaiel.

_ Sans dec' ? Réplique Kevin goguenard. Tu vas aller jouer au docteur avec un gamin de huit ans.

_ Oh la ferme imbécile. Si tu crois que ça m'amuse. Mais il faut être discret et lui faire croire que l'on a soigné son fils normalement.


Satsuki nous souhaite bonne chance et retourne dans le chalet. Ed ouvre le chemin et nous continuons de longer la route.


_ Qui est ce Janvier ? Demande Razor.

_ Un théurge des enfants de gaïa, répond Ed. Il s'est installé ici il y a longtemps. Il n'a pas dû être trop dérangé jusqu'à aujourd'hui.

_ Pourquoi ne s'occupe-t-il pas lui-même du flaïel ? Fait Bashir.

_ Parce qu'il pense que le flaïel n'est pas venu tout seul, tu me suis ? Or, en essayant de s'aventurer dans l'umbra, il laisse son enveloppe physique derrière lui. Et qui sait ce qui peut arriver par derrière pendant qu'il combattra dans le monde des esprits.

_ Il pense être repéré ? Je demande.

_ Il ne sait pas. C'est difficile à dire. D'après lui, le flaïel vient de loin. Ce garçon doit le traîner depuis sa dernière visite en ville. Mais le problème c'est de savoir si d'autres l'ont suivi aussi.

_ Il se peut donc qu'on trouve plusieurs flaïels dans l'umbra.

_ C'est possible. Mais ils ne doivent pas être légion, va. Et ce ne sont pas les combattants les plus féroces qu'on connaisse.


Ed me jette un regard malicieux.


_ Je sais ce que tu te dis. Tu penses à tes compagnons avant tout. Mais crois-moi, le problème, ce n'est pas les flaïels. Et maintenant que Janvier et moi veillerons sur vous, vous pouvez partir tranquilles.

_ Si tu le dis.


En effet, je m'inquiète pas mal. Pour Valentine, mais aussi pour les autres. En dehors de Kevin, je ne sais pas qui a déjà affronté une créature du Ver. Bashir ne les a affronté que d'une manière bien particulière. Et j'ignore totalement ce que nous valons en équipe. Mais ça fait parti des choses qu'il faut découvrir sur le terrain, je suppose.

Nous quittons peu à peu le village.


_ C'est encore loin ? Demande Valentine.

_ Non. Janvier s'est installé en dehors du village car certaines de ses activités doivent rester discrètes.

_ Oui, mais il faut faire vite, reprends la môme, vous avez vu dans quel état il est le pauvre ?

_ Qu'est-ce que t'as Titine ? Demande Kevin l'air narquois. T'es tombé amoureuse du p'tit montagnard ?

_ N'importe quoi.

_ Tu aurais peut être préféré que ce soit toi qui aille jouer au docteur ?

_ La ferme !

_ Bon, ça suffit les jeunes, intervient Ed. On y est. Tachez de rester présentables. Il est d'un rang élevé.


En effet, notre marche rythmée par les piques de Kevin et les réponses indignées de Valentine nous a finalement menée jusqu'à un nouveau chalet. Une plaque de bronze à côté de la porte nous indique que le docteur Janvier est un médecin généraliste recevant sur rendez-vous.

Ed va pour frapper à la porte mais celle-ci s'ouvre vivement.


_ Enfin vous voilà !


Le docteur Janvier nous presse d'entrer. Il semble encore vif malgré ses cheveux blancs et ses rides profondes. Bien que sachant qu'il est plus jeune que Sellie, il me fait l'effet d'avoir quelques centaines d'années de plus. Peut être parce que ses yeux ne sont pas aussi pétillants que le mentor de Valentine.


_ J'ai déjà tout préparé pour le rituel, fait Janvier en nous amenant dans une grande pièce au fond de la maison, mais nous devons nous dépêcher.

_ On le saura, ponctue Kevin.


Le docteur choisit apparemment d'ignorer la remarque et nous fait entrer dans la pièce. Elle est plutôt étrange. Des bougies éteintes se trouve autour d'un cercle rituel que le vieil homme a dû dessiner il y a des lustres. Plusieurs petits objets sont accrochés à des portes manteaux ou des crochets. Je devns aisément qu'il s'agit de fétiches. Mais le plus surprenant, c'est encore que les murs sont recouverts de grand miroirs, comme ceux qu'utilisent les danseurs dans leurs salles de répétition.


_ Effectivement, on ne saurait être plus prêt que ça, remarque Ed. Bon, on s'y met tout de suite.


Le théurge des marcheurs sur verre se tourne vers nous.


_ Vous allez pas vous cassez la tête les jeunes. On vous a préparé un petit rituel fastoche qui vous donnera un coup de main à entrer plus vite dans l'umbra.

_ D'accord, je réponds, mais certains d'entre nous ne sont jamais entré dans l'umbra... par leurs propres moyens.

_ Ah oui !


Ma remarque n'étonne pas grand monde. Je ne serai pas surpris que les rites de passage de Razor et Griffe Tonnerre comportait un passage dans l'umbra. Valentine sait sûrement comment procéder grâce à ce que Sellie lui a appris. Apparemment seul Kevin approuve d'avoir quelques explications supplémentaires. Il est probable que pour des êtres aussi terre à terre que les rongeurs d'os, l'umbra est quasiment inconnu, voir à éviter.


_ C'est très simple en fait, reprends Ed, tu vas voir. Les garous ont un talent inné pour aller dans l'umbra. Il te suffit de regarder une surface réfléchissante, un miroir ou de l'eau claire. Le bois laqué marche aussi mais c'est quand même un peu plus dur.


Je vois. Finalement il s'agit « bêtement » d'aller de l'autre côté du miroir. Mais j'ai comme l'impression que d'avoir lu Alice au pays des merveilles ne sera pas suffisant pour affronter l'umbra.


_ De toute façon, en plus d'utiliser un rituel, vous serez aidé par Razor qui a une sensibilité très forte à la gnose.


Razor se contente d'acquiescer. Mais même s'il faisait autre chose, je serai incapable de le savoir car je fixe Ed avec des yeux ronds.


_ La quoi ?

_ La gnose ! C'est vrai que du coup personne ne t'a expliqué ça non plus. C'est l'expression du lien entre les garous et la mère sacrée. C'est ce qui nous lie à elle et ce qui nous permet de comprendre l'équilibre naturel.

_ C'est encore plus que ça.


Razor s'avance vers moi et j'ai peine à croire qu'un enfant de onze ans va m'expliquer le fonctionnement de l'univers.


_ La gnose est aussi ce qui lie les garous au monde des esprits. Ce qui nous permet de créer des fétiches en faisant appel à des esprits ou elle nous permet de nous rendre dans l'umbra. C'est une sorte de « sagesse mystique ».


C'est dur d'encaisser tout ça d'un coup. Razor doit le voir sur mon visage car il ajoute à voix basse :


_ C'est de la magie.

_ Profitez-en bien, intervient alors le docteur Janvier, jamais plus vous n'entendrez un uktena parler autant.


Le vieil homme s'approche également de moi.


_ Il n'est pas besoin que vous compreniez vraiment ce qu'est la gnose pour entrer dans l'umbra. Et le temps nous manque. Alors regardez-vous dans un miroir, concentrez-vous et laissez nous assurer le reste. Concentrez-vous seulement sur le miroir comme si vous vouliez vous rendre de l'autre côté.


Le médecin a donné le signal du départ. Nous nous mettons tous devant un miroir. A ma gauche, Valentine a déjà un air très sérieux. Passer dans l'umbra « pour de vrai » semble lui tenir à coeur. Il est donc hors de question qu'elle parte sans moi. J'entends vaguement Ed et le docteur Janvier procéder à ce que je serai tenté d'appeler des incantations mais c'est difficile à dire. De toutes mes forces mentales je regarde mon reflet en souhaitant être à sa place.


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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Mar 31 Aoû - 14:23

Chapitre 18

Des ombres à la lumière





Quelques secondes passent. Peut être des minutes. Je n'en sais trop rien. Je n'ai pas l'impression que quelque chose se passe. Je ne fais que fixer le miroir. Je plonge mon regard à l'intérieur. Je me noie dans la surface réfléchissante. Et je réagis.

Ce n'est pas mon imagination. Le miroir s'agrandit. Je ne sais pas ce qui se passera si jamais j'essayai de détourner les yeux. Je n'ose pas le faire. Je me contente de rester les yeux fixés devant moi. Le miroir se déforme. Il m'entoure en vagues. Il est partout. Peu à peu il se craquelle et régresse. Il se reforme dans mon dos.

La nouvelle (ancienne) pièce est plus sombre. Les miroirs sont soudain ternes. Tout à l'air pareil mais recouvert d'ombres. C'est notre monde fait d'ombres. C'est à la fois plus réel et plus incroyable que le royaume de la licorne dans l'umbra profonde. A mes pieds, les ombres que je pense être Ed et le docteur Janvier semblent toujours se concentrer sur leur rituel. Je ne pourrai pas savoir qui est lequel. Ils semblent être sous la forme du crinos bien que je suis persuadé qu'ils étaient toujours homidés lorsque nous sommes partis.


_ C'est aussi joyeux qu'un enterrement par ici, fait Kevin.


Sa voix rauque me ramène à l'instant présent. Nous sommes tous sous la forme du crinos. On se révèle tel que l'on est dans le monde des esprits. Je n'ai pas très envie de relever les traits d'esprits de Kevin. Je préfère qu'on se concentre sur notre mission.


_ Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

_ On doit retourner à la maison de ce garçon, explique Razor, et là, nous trouverons le flaïel.

_ Et on s'en occupe, fait une voix bizarre.


Cela faisait longtemps que je n'avais plus sursauté depuis que je suis garou et que je m'habitue à marcher dans l'ombre. Mais entendre une voix inconnue dans un monde aussi étrange... ça, je ne suis pas encore habitué. Curieusement, je sais immédiatement d'où elle vient et je me tourne vers Griffe Tonnerre. Faire la connaissance de la voix d'un arpenteur silencieux ne doit pas être commun. Il me sourit tranquillement. Du moins je crois. Ce n'est pas évident de savoir si un crinos sourit ou non.

Comme personne ne bouge, je me décide à faire le premier pas. Je jette un regard sur Ed et Janvier. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai un mauvais pressentiment. J'aurai préféré que l'un d'eux nous accompagne. Je passe la porte et longe le couloir vers la sortie.

Je dois m'arrêter sur le palier. Au dehors, le décor est bien différent. L'herbe, les fleurs, les arbres, même la roche me sautent aux yeux d'un seul coup. Je laisse le temps à mes yeux de s'adapter (mais ai-je encore des yeux finalement ?). Contrairement à l'intérieur de la maison, les couleurs sont plus vives. La nature s'étend dans ses plus beaux atours.

Mais je n'ai pas le temps de m'extasier d'avantage. Le temps presse. Nous redescendons vers le village tandis que Kevin sifflote l'air du générique de la quatrième dimension. Au loin, les maisons ressemblent à des fantômes drapés de voiles transparents aux couleurs sombres. Il n'est donc pas difficile de retrouver notre chemin. Je n'en suis pourtant pas très rassuré. La mauvaise impression que je ressens ne veux pas partir. Intuition réelle ou simple angoisse face à un monde inconnu ? Je ne saurais le dire.

Nous arrivons devant la maison du « malade ».Sans dire un mot j'ouvre la porte. Nous savons précisément où trouver le flaïel et nous nous dirigeons immédiatement vers la chambre du garçon. Durant le cours trajet, je transforme mes griffes en griffes-rasoir. Je vois Griffe Tonnerre faire de même. Si nous n'avons vraiment qu'un seul adversaire, cela devrait aller vite.

Dans la chambre, l'ombre de la femme et celle ressemblant au crinos de Satsuki sont penchée sur penchée sur l'ombre du petit garçon. Celle-ci semble être légèrement déchirée par endroit. Des tentacules grisâtres s'affairent à agrandir les plaies. Ses tentacules sont elles-mêmes rattachées à un corps frêle. Des pattes courbées et griffues le maintiennent sur le sol. Un long cou s'allonge jusqu'à une tête toute ronde à la peau craquelée et possédant un oeil blanc unique. C'est une vision toute aussi grotesque que repoussante. Je remarque que le flaïel tente de dérouler certains de ses tentacules vers la femme éplorée, mais de toute évidence, la présence de Satsuki le gêne dans cette entreprise.


_ On va pas attendre des plombes pour cet avorton, fais Kevin.


Celui-ci s'élance toutes griffes dehors vers la créature. Jusque là, le flaïel semblait ne pas nous avoir remarqué. Mais peut être faisait-il semblant au vu de sa réaction très rapide. Ses tentacules viennent frapper le ragabash en pleine poitrine comme des fouets et Kevin et renvoyé en arrière.


_ C'est un flaïel puissant, intervient Razor en regardant tranquillement Kevin percuter le sol, mais nous devrions le vaincre sans difficultés. Attention !


La créature tente de frapper à nouveau et choisit Griffe Tonnerre pour cible. Celui-ci esquive sans difficulté et, autant grâce à ses griffes modifiées qu'à une incroyable dextérité, s'accroche au mur, prêt à bondir à nouveau. Je devine à son regard qu'il attend notre intervention pour attaquer. Tandis que Kevin se relève en grommelant, je prends les choses en main.


_ Je vais attirer son attention en attaquent de front. Razor, tu l'attaques par le côté droit. Valentine tu restes derrière lui et attaques seulement si tu vois une ouverture.


Je n'aime pas jouer au chef mais personne ne conteste mon plan d'action. Je m'élance donc rapidement. M'attendant à une contre-attaque, je n'ai pas de problèmes à éviter le coup en faisant un saut de côté. Mais le Flaïel s'est préparé à une attaque de groupe et il répond également à Razor. Celui-ci pare une première attaque avec ses griffes. Valentine se jette alors en avant. Mais elle manque son coup, ne faisant que quelques égratignures à la bête, pour esquiver un tentacule que le flaïel gardait en réserve. La môme doit reculer pour le moment. Griffe Tonnerre bondit alors et se retrouve derrière la créature. Celui-ci devait également s'attendre à cette technique. Ses tentacules se meuvent soudain avec plus de souplesse. Il essaie d'empêtrer Razor et Griffe Tonnerre, tout en tenant toujours Valentine, Bashir et moi à distance par ses attaques « fouets ».

Je ne sais pas si c'est parce qu'on est peu expérimentés ou si c'est parce que le flaïel est vraiment puissant, mais je n'ai pas l'impression que l'on est en bonne posture. Kevin s'est relevé mais le coup qu'il a reçu a quelque peu refroidi ses ardeurs. Tout comme Valentine, il tourne autour de la créature, attendant une ouverture pour attaquer. Razor tranche le maximum de tentacules en essayant de se dégager. Mais le flaïel a le pouvoir de les faire repousser avec rapidité. Griffe Tonnerre quant à lui se défend mollement. Plusieurs tentacules ont enserré sa taille et ses jambes. Il semble surtout se concentrer pour garder ses bras et son cou libre.

Il faut agir vite. Je m'avance et, sans surprise, le flaïel m'envoie un coup de fouet. Mais je m'y étais préparé et je parviens à sauter par dessus pour me retrouver juste devant la créature. D'un coup puissant, je lacère la chair décrépite de sa tête. Le flaïel émet un bruit de je ne sais où est me fixe d'un air peu amical. Son grand oeil blanc émet un flash lumineux intense et je me retrouve projeté contre le mur avec violence. J'entends Valentine crier. Apparemment, le mauvais esprit ne nous a pas encore montré toute l'étendue de ses pouvoirs.

Mais il n'en aura plus l'occasion. En se laissant à moitié faire, Griffe Tonnerre s'est approché peu à peu de la créature. Profitant de l'attention que me portait celle-ci, il se débarrassa de quelques tentacules d'un bon coup de griffes et bondit en avant. Maintenant, il tient le cou frêle du monstre dans sa main. Son autre bras fend l'air et sépare la tête du corps aussi facilement que s'ils tenaient l'un à l'autre par une ficelle. Le flaïel s'effondre. Griffe Tonnerre laisse retomber la tête. Nous allons au secours de Razor en tranchant les tentacules désormais amorphes qui le retiennent.


_ Une bonne chose de faite, s'exclama Kevin. Bon, on retourne dans notre monde maintenant ?

_ Et qu'est-ce qu'on fait pour lui ?


Valentine se tient près du lit et observe les « blessures » que le flaïel a infligé à l'enfant.


_ On ne peut pas le soigner ?

_ Je n'ai pas encore assez de compétences dans ce domaine pour ça, dit Razor. Mais ne t'inquiète pas, maintenant qu'il est débarrassé du Ver, il s'en remettra très bien tout seul.

_ Tu pourras lui rendre visite toutes les vacances et vivre le parfait amour, renchérit narquoisement Kevin.


Valentine se contente de lui tirer la langue et, avant qu'il ne réplique, je déclare qu'il est temps de retourner chez Janvier. Nous ressortons, tandis qu'il me semble que ça s'agite du coté de Satsuki. Elle a sûrement dû sentir la mort du flaïel.

Nous remontons vers le chalet du médecin, tandis que Kevin fredonne à mi-voix « love today » derrière Valentine. Celle-ci a décidé de l'ignorer et entame la conversation avec Razor.


_ Finalement, il était seul ou pas ce flaïel ?

_ Je ne sais pas. Je suppose que s'il y en avait d'autres, ils seraient intervenus dans le combat. Mais c'est quand même curieux qu'un flaïel aussi puissant ait été seul ici.

_ Pourquoi ? Au contraire, il était plutôt tranquille pour vampiriser tout le village.

_ Non. Cela lui aurait prit beaucoup de temps et même si Janvier n'avait pas été là, les griffes rouges de la région l'aurait sûrement remarqué. Or, une fois l'alerte donné, il n'aurait pas tenu seul face à plusieurs garous.

_ Et pourquoi les griffes rouges ne sont pas intervenus ? Intervient Bashir.

_ J'ai entendu dire qu'ils étaient occupés avec le Ver en ce moment. Une nouvelle décharge doit s'ouvrir pas loin, ou quelque chose dans le genre. Ils ne se sont donc pas déplacés pour un simple flaïel.

_ A nous les corvées, ronchonne Kevin.

_ Je me demande quand même pourquoi ce flaïel était seul, reprends Razor plus pour lui-même que pour entretenir la discussion.


Et soudain la vérité me saute aux yeux.


_ C'est un piège.


Nous nous arrêtons de marcher. Tous les regards se tournent vers moi.


_ De quoi tu parles ? Fait Valentine.

_ C'est... ça ressemble au jeu d'échec. Ils ont sacrifié un pion pour nous obliger à attaquer et donc nous amener là où ils le voulaient. Maintenant ils doivent contre attaquer.

_ Je suis désolé de te contredire mais ça ne tient pas debout, intervient tranquillement Griffe Tonnerre. Pourquoi nous avoir attirer ici alors que nous ne sommes encore que des louveteaux.

_ Je n'en sais rien. Mais j'ai un mauvais pressentiment depuis le début de cette mission.

_ Ton instinct ? Demande Razor.

_ Je ne sais pas non plus. Dépêchons-nous de retourner chez Janvier.


Malgré les protestations de Kevin comme quoi il n'y aurait pas le feu au lac, nous pressons le pas vers le chalet. Plus je réfléchis et plus je trouve que tout ça ressemble à un beau traquenard. Peut être est-ce justement parce que nous sommes des louveteaux que ce piège nous a été tendu. Nous sommes trop jeunes et trop inexpérimentés pour voir le coup venir. Mais je ne trouve toujours pas dans quel but on aurait combiné tout ça. La perte de quelques louveteaux serait certes tragique pour les garous mais ce serait loin d'être irréparable.

Nous arrivons en vu de la maison isolée couverte d'ombre et nous nous précipitons à l'intérieur. Juste à temps. De toute évidence, deux ombres de crinos luttent dans la pièce aux miroirs. Pour une raison inconnue, Ed et le docteur Janvier se battent sauvagement.


_ Vite, chacun devant un miroir.


Je donne l'ordre dans la précipitation sans même m'en apercevoir. Mais tout le monde m'obéit sans discuter. Valentine se place à nouveau à côté de moi et nous fixons les surfaces réfléchissantes. Sans être paniqué, je suis quand même nerveux et je dois me concentrer de toutes mes forces pour que le miroir se mette à nouveau à onduler. Je fixe bientôt le plafond tandis que j'entends un bruit sourd, comme quelqu'un qui martèle le sol. Je suis allongé et la lumière est de nouveau présente. Nous sommes revenus.

Je me relève vivement. Valentine fait de même ainsi que Bashir, Razor et Kevin tandis que Griffe Tonnerre est déjà penché sur un corps étendu, le reniflant de sa truffe en poussant de petits gémissements. Reconnaissant le pantalon et les chaussures de Ed, je me précipite. Le théurge a l'air salement touché mais il respire encore, même si c'est avec difficulté.


_ Ed, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

_ Je... sais pas trop, répond-t-il en grimaçant. Janvier... m'a attaqué par... surprise. Il en... voulait... à vous.

_ A nous ? Mais pourquoi ?

_ C'est... il est...


Mais sa tête roule sur le côté. Je lui prends le pouls.


_ Évanoui ! Il faut vite trouver de quoi le soigner.

_ Allons avertir Satsuki, fais Valentine.

_ Mais il faut aussi retrouver Janvier, fait Griffe Tonnerre.

_ Allons-voir si on trouve des traces, réponds Bashir.


Nous laissons Ed, allongé dans la pièce aux miroirs et sortons en trombe. A l'extérieur, Razor hume l'air.


_ Je crois qu'il est parti vers le village.

_ Allons-y !


Nous redescendons en courant.


_ Pourquoi Janvier nous en voulait d'après vous ? S'étonne Bashir.


J'hésite un peu à répondre. Mais désormais mes idées sont très claires et je ne peux pas cacher cela à mes compagnons.


_ C'est un danseur de la spirale noire.


Ils lèvent des regards étonnés vers moi. Valentine trébuche mais Griffe Tonnerre, dans un réflexe foudroyant, l'attrape et la maintien debout.


_ Oui, ça expliquerait qu'il ait attaqué Ed, fait Razor. Mais pourquoi a-t-il attendu si longtemps ?

_ Parce que c'est à nous qu'il en voulait. Nous tuer n'aurait pas servi à grand chose, mais il aurait pu essayer de nous transformer aussi en danseurs, ce qui est d'un tout autre intérêt.

_ C'est à peine croyable.

_ Et pourtant, c'est la seule explication. Une fois que nous sommes partis dans l'umbra, Janvier a attendu que nous soyons assez loin pour agir. C'est pour ça que le flaïel était aussi puissant. Il devait nous retenir assez longtemps pour que Janvier tue Ed et ramène nos corps à ses amis. Dès que nous aurions repris conscience dans le monde réel, on plongeait dans leur putain de puit.

_ Il y aurait donc un nid de spirales noires dans le coin ? Intervient Valentine.

_ Oui. Et à mon avis, ce n'est pas en ville que ce gamin a ramassé le flaïel.


Nous arrivons devant la maison à toute allure. Si Janvier est arrivé jusqu'ici, il a peut être attaqué aussi Satsuki. Nous entrons avec rapidité dans la maison et nous devons stopper aussitôt. Satsuki est dans le couloir et nous dévisage rayonnante.


_ Quelle façon d'entrer chez les gens, pourtant certains d'entre vous n'ont pas été élevés dans les bois.


Un immense soulagement me parcourt. Elle n'a rien. Mais malheureusement, ce n'est pas fini.


_ Satsuki, est-ce que Janvier est là ?

_ Quoi ? Janvier ? Non !


La jeune asiatique me regarde d'un air inquiet.


_ Qu'est-ce qui se passe ?

_ Janvier a attaqué Ed. C'est un danseur de la spirale noire.


Les yeux de Satsuki s'écarquillent. Je la vois trembler légèrement. Connaissant ses appréhensions envers les danseurs, je m'y attendais. Mais nous devons faire vite.


_ On l'a poursuivi jusqu'ici mais il a dû aller plus loin ou bifurquer à un moment. Il faut le retrouver. Est-ce que le gamin est réveillé ?


Satsuki me fait un petit signe de tête positif. Je ne sais pas pourquoi mais je sens que tout le monde attends sur moi et comme je n'ai pas le temps de réfléchir, je prends les choses en main.


_ Bon. Ed est blessé, il faut que tu ailles le voir.


Elle acquiesce à nouveau. Je me tourne vers Griffe Tonnerre et Kevin.


_ Vous deux, accompagnez-la. Janvier s'est enfui mais s'il y a bien un caern corrompu dans les environs, il pourrait retourner là-bas.


Puis je me tourne vers Bashir, Razor et Valentine.


_ Vous, vous restez avec moi. On va interroger le garçon pour savoir où il a bien pu être contaminé par le flaïel.


Ils acquiescèrent également. Chacun partit donc accomplir sa nouvelle tâche.

Lorsque nous entrons, la jeune femme me saute au cou.


_ Oh merci, merci d'être venus. Votre amie est formidable. Je ne pourrai jamais vous remercier.

_ Ce n'est rien mais, s'il vous plaît, laissez moi parler à votre fils.


Elle me relâche et me laisse passer. Le garçon est réveillé mais il n'a pas l'air de respirer la santé. Sa convalescence risque d'être longue. Je préférerai l'interroger lorsqu'il aura l'esprit plus clair mais je ne peux attendre. Je m'agenouille à côté du lit, près de sa tête.


_ Salut. Excuse-moi de te déranger alors que tu voudrais sûrement dormir un peu mais je dois te poser quelques questions.

_ Pas de problèmes.


Sa voix est très faible mais elle reste claire.


_ Je vais essayer de faire vite, rassure-toi. Dis-moi, avant d'être malade, est-ce que tu te serais approché d'un endroit bizarre. Un genre de lieu où tu sais que tu n'as pas le droit d'aller, même si personne ne te l'a interdit.

_ Non.


Aïe ! S'il n'y a pas de caern des spirales noires dans le coin, toute ma théorie tombe à l'eau. Et toute cette histoire ne rime à rien. Mais après tout, les danseurs ne sont-ils pas fou. J'ai peut être écarté trop vite la possibilité que Janvier ait agit seul, sur un coup de tête. La petite voix du garçon poursuit.


_ Par contre, j'ai été à la carrière.

_ La carrière ? Quelle carrière ?

_ Celle qui est de l'autre côté de la montagne, répond alors la mère. En passant par un chemin, on peut y aller à pied à partir du village. Je lui avais dit de ne pas s'en approcher. Vous croyez que ça peut venir de là ?

_ C'est possible, madame. Mais à quoi sert-elle cette carrière ?

_ Ils ont dit qu'il y aurait un gisement de je ne sais plus quel minerai. Mais on a eu des informations au village comme quoi ils cherchaient peut être un site pour enfouir des déchets toxiques, peut être même nucléaire. On s'est battu contre ça à l'époque mais tout ce qu'on a obtenu, c'est que les camions qui vont et qui viennent jusque là haut ne traversent pas le village. Si c'est ça, ils auront de mes nouvelles, je vous l'assure.


Valentine, Razor, Bashir et moi nous regardons brièvement et constatons sans rien dire que nous pensons à la même chose. Il y a autant de chances que cette carrière soit là sans l'intervention du Ver qu'un chat se décide à apprendre la brasse coulée. Je me relève. Le temps nous est décidément compté dans cette histoire. Nous prenons poliment congés de la jeune femme et de son fils puis nous repartons vers le chalet de Janvier. Il faut avertir Satsuki. Apparemment, même s'il n'y a pas de caern des danseurs de la spirale noire dans le coin, le Ver s'est quand même installé. Et je suppose qu'un petit groupe de louveteaux ne peux pas faire face à un tel danger. On a besoin de renforts.


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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Mar 31 Aoû - 17:23

Chapitre 19

La carrière




Nous remontons le plus rapidement possible en guettant les alentours. Si Janvier a prévenu ses alliés, ils peuvent surgir n'importe quand. Juste à la sortie du village nous apercevons un sentier. Probablement celui qui mène à la carrière. J'ai beau retourner le problème dans tous les sens, je ne vois pas de solutions. Nous ignorons combien de créatures du Ver contient la carrière, nous devons protéger un blessé grave ainsi que des villageois et nos premiers renforts possibles sont les griffes rouges dont j'ignore totalement à quelle distance ils peuvent être d'ici. Même pour un loup garou, mon coeur bat très vite.

Nous arrivons près de la maison du docteur. Kevin est sur le seuil, fumant une cigarette. Nous sommes presque arrivés à la porte quand Griffe tonnerre et Satsuki sortent. Je suis foudroyé par les larmes de la jeune asiatique. Elle lève ses yeux humides vers moi.


_ C'est fini, Max. Ed est mort.


J'encaisse la nouvelle sans vraiment la comprendre. Mort ? Notre théurge à nous ? Satuki me montre ses mains. Elle a récupéré les fétiches de Ed. Mais elle est incapable de prononcer un mot de plus. Je la prends dans mes bras tandis qu'elle pleure à chaudes larmes.

Les autres ont tous une mine sombre et j'aimerai prendre le temps de pleurer moi aussi notre ami. Mais c'est impossible. Je prends Satsuki par les épaules et l'écarte un peu.


_ Ecoute, on a un problème. Je crois que des troupes du Ver ne sont pas loin.


Elle me regarde étonnée et sèche ses yeux du revers de sa manche.


_ Qu'est-ce que tu racontes ? Me demande-t-elle d'une voix encore hoquetante.

_ Le garçon que nous avons aidé s'est aventuré dans une carrière pas très loin d'ici. Je crois que le Ver possède cet endroit.


Je lui raconte tout ce que m'a dit la jeune femme. L'esprit combatif semble peu à peu reprendre le dessus. Satsuki se décide à reprendre les choses en main.


_ Il faut qu'on en sache plus sur cet endroit. Vous devriez aller jeter un coup d'oeil là-bas tandis que je vais avertir les griffes rouges. Peut être que je trouverai une autre aide en chemin. Quoi qu'il en soit, n'ouvrez pas les hostilités. Restez de simples observateurs, n'engagez le combat que pour vous défendre.

_ Voilà qui promet d'être passionnant, déclare Kevin en baillant ostensiblement.


Satsuki lui jette un regard noir en fouillant dans sa poche. Elle en retire les clefs du minibus. Elle les observe quelques secondes puis les enferme dans son poing.


_ Je vais faire le plus vite possible.


Nous repartons tous rapidement vers le village. Satsuki ne s'arrête pas et continue de courir vers le minibus. Quant à nous, nous observons le chemin vers la carrière. Nous ignorons ce qui nous attend au bout. Et avant d'y aller, je dois mettre quelque chose au clair.


_ Bon, il faudrait peut être désigner quelqu'un parmi nous qui ferait office de... euh... disons, leader. Ce sera utile s'il faut prendre rapidement des décisions pour tout le monde.


Valentine se retourne vivement vers moi.


_ Ben... c'est toi. Non ?

_ Attends ma puce. J'ai pris deux ou trois décisions dans l'urgence mais ça ne veut pas dire que je sois le mieux placé.

_ Je trouve au contraire que cela te désigne dans ce rôle, fait Razor.

_ Oui mais je connais moins le monde des garous que toi, Razor. Et je trouve que Griffe Tonnerre est un meilleur guerrier que moi.

_ Et alors ?


Griffe Tonnerre s'avance vers moi sur ses quatre pattes. Malgré sa forme du lupus, il réussit à s'exprimer avec aisance.


_ Tu as tort de douter de tes capacités, Max. Tu connais ton équipe, tu connais ses compétences. Et tu nous a montré que tu sais t'en servir. Être un leader ce n'est pas être le meilleur, c'est savoir diriger au mieux ce que tu connais des autres.

_ Je crois donc que l'affaire est entendue, fait Bashir.

_ Hé, attendez un peu, intervient Kevin, je ne suis pas d'accord. Moi aussi je veux être le leader de la meute.

_ Puisque personne n'a d'objections, allons-y ! Déclare Valentine.

_ Hé !


Mais le groupe se remet en marche malgré les protestations du ragabash. Kevin menace bien de ne pas venir mais il sait que ce ne serait pas très prudent avec le Ver si proche de nous. Il nous emboîte donc le pas en grommelant de plus bel. Pour ma part je suis satisfait. Je ne sais pas si je suis vraiment fait pour être un leader mais au moins j'ai leur accord, ce sera plus facile à assumer.

Le chemin aurait pu être un agréable sentier de promenade si ce qui nous attendait au bout n'était pas aussi sinistre. Il est bien difficile d'observer la beauté qui nous entoure quand nous nous dirigeons précisément vers la corruption à l'état pur. En dehors de la bouderie de Kevin, le trajet se fait dans le silence. Les créatures du Ver doivent être sur leurs gardes si le traître les a avertit. Pourtant, nous arrivons sans encombre jusqu'à un bois de pins. Des bruits nous parviennent alors. Rien de très fort mais il semble bien être provoqué par des machines. La carrière n'est sûrement plus très loin. Les arbres ont atténué le bruit jusqu'à ce que nous soyons assez proches.

Razor nous arrête soudain.


_ Ils doivent avoir déployé tous leurs moyens de défense. Si nous approchons trop près nous risquons d'être repéré.

_ D'après toi, jusqu'où pouvons-nous aller ? Je demande.

_ Encore quelques mètres, pas plus. On devrait alors les voir. Par contre je peux approcher un peu plus près. J'ai un don qui me permet d'avoir l'odeur de l'eau grâce auquel ils ne pourront pas me sentir approcher.

_ Tu es sûr de ton coup ?

_ Il n'y aura aucun problème.


J'acquiesce pour lui donner mon consentement mais je ne suis pas vraiment rassuré. Malgré ses connaissances du monde garou et des esprits, actuellement il m'apparaît comme le garçon de 11 ans que son enveloppe humaine laisse voir. Mais je me suis bien aperçu lors du combat contre le flaïel que l'âge comptait peu pour un garou.

Nous avançons encore un peu. Le bruit se fait plus fort tandis que le bois est de plus en plus clairsemé, annonçant l'orée. Un groupement de buissons est devant nous et lorsque nous écartons les petites branches, nous apercevons enfin la carrière. Elle est plus importante que je ne l'aurai imaginé. C'est un trou immense creusé en paliers dans la roche, le tout entouré d'une barrière en piteux état, sûrement pour s'assurer que des visiteurs viendront voir de plus près et se récolteront un flaïel pour leur curiosité. Dans le fond encore très large, pelleteuses et grues s'affairent à creuser encore plus profond. A priori, rien ne distingue cette carrière d'une quelconque autre entreprise humaine. Mais Razor remarque tout de suite ce qui cloche.


_ D'où provient la roche qu'ils sortent de là ?

_ Comment ? S'étonne Bashir. Mais c'est celle qu'ils sont en train de creuser devant nos yeux.

_ Non, regarde. Celle de la carrière est grise, même assez foncée. Tandis que celle qu'ils évacuent est presque blanche. C'est un autre type de roche.


Je commence à comprendre où il veut en venir.


_ Les danseurs de la spirale noire se déplace dans des galeries. Ils sont en train d'en faire une nouvelle.


Je scrute la carrière. Nous avons tous nos sens aux aguets. Nous devons découvrir ce qui se trame ici avant de tenter quoi que ce soit.


_ Logiquement, il doit y avoir une sorte d'entrée de mine ou un puit quelque part. Mais où est-il ?

_ Toutes ces machines nous le cache sûrement, fait Valentine.

_ Il faudrait aller voir de plus près.


Razor me fait un léger sourire. Il sait qu'il n'y a qu'une seule solution.


_ Bon, d'accord, vas-y. Mais soit prudent surtout.


Il acquiesce et se faufile derrière un rocher un peu plus loin avant de passer la barrière branlante. Nous suivons sa progression mais il finit par être hors de vue, progressant sur le flanc de la pente.


_ Et nous, qu'est-ce qu'on fait, chef ? Un poker ?


Dire que Kevin ne facilite pas les choses est un euphémisme. Mais à part attendre les renforts, on ne peut pas faire grand chose.


_ On devrait peut être se répartir autour du site ? Fait Griffe Tonnerre. On verrait mieux ce qui s'y passe. Et au moment d'agir, on aura un effet de surprise.

_ Oui, peut être.


Je n'aime pas trop l'idée de nous séparer, même sur une courte distance. Mais l'idée de Griffe Tonnerre a aussi du bon. Nous devons faire le plein d'informations et lorsque sera venu le moment de bouger, nous ne serons plus seuls. Je réfléchis.


_ Bon, Griffe, tu vas jusqu'à l'autre bosquet là-bas à droite. Tu devrais voir ce qu'il se passe derrière la grue principale. Moi je vais aller sur la gauche, derrière les trois arbres. Je verrais derrière leur préfabriqué. Bashir tu essaiera de contourner la carrière pour te retrouver de l'autre côté.Valentine tu restes ici et Kevin, tu vas monter à un arbre pour faire le guet.

_ Ben voyons, moi je suis pas assez bien pour jouer à l'espion, c'est ça ? Je suis juste bon à faire le guet, et encore, par temps clair. Et puis à quoi ça sert à faire le guet ici ?

_ Etant donné que Janvier nous a devancé, il y a de fortes chances qu'ils soient prévenus qu'on rode dans le coin. Et donc le guet sert à ne pas se retrouver coincé par l'arrière si jamais on a des problèmes à la carrière. Tu comprends ?


Kevin me lance un regard rageur, plus par dépit de ne pas avoir de réparties à mon argumentation que par véritable colère. Il finit néanmoins par se changer en crinos et grimpe dans un pin, sans un mot.


_ Bon, n'oubliez pas de ne pas vous approcher trop près ou nous serons repérés.


Griffe Tonnerre me jette un regard amusé et s'en va, s'enfonçant entre les arbres pour ne pas être repéré. Bashir se transforme en crinos sous nos yeux avant de le suivre.Valentine se tourne soudainement vers moi et m'entoure de ses bras.


_ Fais attention, s'il te plaît.


Je caresse doucement ses jolies petites nattes africaines.


_ Ne t'inquiète pas ma belle. On ne court aucun danger tant qu'on ne s'approche pas de trop près.


Je la serre encore un peu dans mes bras. Mais il faut que je rejoigne mon poste. Je l'amène près du buisson.


_ Fais bien attention à ce qui se passe, d'accord ? On pourrait voir des choses très importantes ici.


La môme acquiesce. Je lui souris et part à travers bois. Tout comme Griffe Tonnerre et Bashir, je fais un petit détour pour que les arbres me cachent au maximum. J'espère que les renforts ne tarderont plus à arriver. De toute évidence, nous allons devoir rayer cette zone de la carte et je me dis que, finalement, la sauvagerie des griffes rouge n'a pas que des mauvais côté. Les serviteurs du Ver doivent probablement s'y préparer. Avec un peu de chance, nous verrons ce qui nous attend.

J'arrive derrière les trois arbres. Ils ont poussé côte à côte, deux des troncs se croisant. Cela leur donne une base assez épaisse qui me cache sans problèmes. Je pourrai presque rester debout. Je jette un coup d'oeil alentour. Je suppose que les créatures du Ver préfèrent se préparer à l'attaque plutôt que de venir nous chercher. Mais après tout, je connais encore trop peu les engeances de la corruption.

Mon champ de vision s'étend maintenant derrière un petit préfabriqué, probablement le bureau du chef de chantier si toutefois ils en ont besoin d'un. Sans trop de surprises, je découvre l'entrée de la galerie, renforcée par des poutres en fer. Des rails s'enfoncent dans l'obscurité et quelques outils ont été déposés sur un râtelier sur la droite. Tout cela semble bien anodin et je commence à me demander si Janvier n'a pas tout simplement prit la fuite, quand bien même ses alliés étaient tout proche.

Toutefois, au bout d'un moment, je le vois sortir du bureau, accompagné de deux autres personnes. Ils sont bien au courant de notre présence. Je redouble d'attention. S'ils comptent préparer quelque chose, ce sera maintenant.

Mais soudain mon attention est attirée par une petite silhouette qui descends doucement sur le flanc opposé de la carrière, se cachant derrière de gros morceaux de roches ou des machines momentanément inutilisée. Razor se rapproche peu à peu de la base d'opération. Je ne peux m'empêcher de trembler. S'il se fait prendre, nous mettrons un certain temps à intervenir, vu la distance.

Qu'il n'en ait pas conscience ou qu'il soit sûr de lui, Razor continue d'avancer. Je scrute les alentours, inquiet. Et j'ai soudain des raisons de l'être. Je ne suis pas bien sûr d'abord mais, finalement, je suis convaincu qu'un rocher, ou ce qui ressemble à un rocher, bouge quelques mètres derrière lui. De toute évidence Razor ne l'a pas vu. Il s'arrête derrière une pelleteuse et le rocher s'approche, doucement, de plus en plus près. Je n'aurai pas le temps d'intervenir.

Razor doit prendre la fuite et je dois l'avertir. Presque sans réfléchir je me concentre pour gagner la forme du glabro, puis celle du crinos. Ma gorge étant devenue à moitié celle d'un loup, je pousse un long hurlement d'alerte qui doit raisonner dans toute la vallée. Pour la discrétion, on repassera.

Mais ça a marché. Razor, cherchant ce qui ne va pas, se retourne et aperçoit le rocher, qui, soudain se retrouve affublé de bras, de jambes et d'une tête. L'être de pierre se jette sur le théurge mais celui-ci n'a aucun mal à l'esquiver et à répliquer d'un coup de pied qui envoie le monstre au niveau inférieur. Razor se met à courir. Il n'a pas le temps de remonter. Il parcourt bien une dizaine de mètres avant que les premiers gardes ne se mettent à tirer. Heureusement, entre les équipements, les machines et la nature même du terrain, il y a bien assez de protection pour que cela ne l'inquiète pas. Il se rue vers une entrée annexe.

Maintenant, il va falloir couvrir sa fuite. Je me saisis de mon klaive et envoie un éclair vers un garde pas trop loin. Il s'écroule. Je me demande d'un coup s'il n'était pas possible que ce soit un humain. Mais lorsqu'il se redresse, deux ailes lui ont poussé dans le dos et il s'envole vers moi. Je me met à courir vers la planque de Valentine et Kevin. Il faut qu'on se regroupe au plus vite.

Sans surprise, une arme crépite au dessus de moi et des balles sifflent non loin. Mon assaillant ne semble pas être très à l'aise avec une arme pendant qu'il vole. Heureusement pour moi. Il se décide à plonger, ses longues griffes en avant. La moutarde me monte au nez. Voilà un putain de fomori qui va comprendre ce que ça coûte de se mesurer à un ahroun bien énervé.

Je fais mine d'être surpris par son attaque. Lorsqu'il s'apprête à me toucher, je saute, me retrouve au dessus de lui, et le frappe au dos de toute mes forces avec la jambe. Le résultat est celui escompté, il fait douloureusement connaissance avec le sol. Pas question de répit. Je n'en ai ni le temps ni l'envie. Il a à peine le temps de se relever que je suis sur lui. J'attrape ses ailes et le projette contre un tronc. Lequel des deux fait « crac », je ne saurai le dire. Il est sonné. Mais avec ce genre d'ennemis, pas de quartier. Je plante mes griffes dans sa gorge et l'écarte d'un coup. Pour la seconde fois, il s'écroule. Mais cette fois il ne se relèvera pas.

Ce n'était pas un adversaire bien dangereux mais il m'a fait perdre du temps. J'aperçois Razor qui se rapproche de la sortie où l'attends déjà Griffe Tonnerre. Ce dernier est également au prise avec un garde qui semble être constitué de gélatine, d'où la difficulté pour un garou de lui infliger des blessures à coups de griffes. Je ne perds plus de temps et me remet à courir.
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Mar 31 Aoû - 17:58

Chapitre 20

Requiem pour un garou




A l'endroit d'observation, Valentine m'attends sous sa forme de crinos et m'apprends, sans trop de surprise, que Kevin est parti se joindre à la bataille. Tant d'éléments sont déjà incontrôlables que je ne suis pas rassuré d'en savoir un de plus dans la mêlée.

Valentine et moi repartons donc rapidement. Dans la carrière, Razor est arrivé près de la sortie et se débarrasse du gélatineux avec un don, un fétiche, ou je ne sais quoi qui l'éparpille au quatre vents. Griffe tonnerre se prépare à affronter un sorte d'humanoïde déformé à six bras Et Bashir vient d'arriver pour l'épauler. J'aperçois enfin Kevin qui s'approche rapidement pour leur prêter également main forte.

Dans le reste de la carrière, ça commence à s'agiter aussi. Certains ouvriers courent affolés, prouvant qu'il n'y a pas que des monstres à l'intérieur. Mais tous les gardes se ruent vers le lieu du combat. Ils sont nombreux. Bien trop pour garder un simple chantier. Et nous ne somme que six en face.

Pendant que nous courons vers nos compagnons, j'essaie d'imaginer les moyens de fuites possibles. Mais ils comportent tous la certitude de se faire courser par la petite armada sans espoir de lui échapper. Bref, j'ai déjà connu situation plus optimiste. La seule solution qui nous reste, c'est de faire front. On a apparemment semé une belle pagaille dans le camp adverse. Si nous réussissons à tenir assez longtemps, peut être que la tâche sera plus facile pour les renforts. Si jamais nous avons la chance de les voir. Je voudrais dire à Valentine de partir. D'aller à la rencontre de Satsuki et des alliés qu'elle nous ramène. Mais je sais déjà qu'elle refusera de nous laisser, de ne pas se battre. Et je n'ai pas le temps de discuter pour rien.

Nous sommes proches de nos amis qui affrontent une dizaine de monstres assez divers et difficile à identifier. Heureusement, dans la mêlée, ils ne peuvent se servir de leurs armes sans se tirer dessus et les quatre garous gardent l'avantage au corps à corps. Mais les gardes sont de plus en plus nombreux. Durant la course, je repère une sorte de jeep, un « truck » je crois que ça s'appelle, garé en dehors de l'enceinte, à côté d'un petit cabanon préfabriqué servant probablement d'accueil. Une idée me vient. Je crie à Valentine de ne pas rejoindre les autres. Elle me regarde, interloquée mais ne s'arrête pas de courir.


_ Pourquoi ?

_ Tu verras.


Je me précipite vers le véhicule. Valentine semble deviner mes intentions et s'arrête au bord du chemin qui descend vers l'entrée de la carrière. Elle est nerveuse. Impatiente d'aider les autres.

La porte du véhicule n'est pas verrouillée et, par chance, les clefs sont sur le tableau de bord. Il est évident que les voleurs de voitures ne doivent pas être légions par ici. J'avais prévu de descendre la pente en roue libre, mais ce sera beaucoup plus pratique ainsi. Je m'installe à la place du conducteur. Je vois des ombres qui s'agitent à l'intérieur du préfabriqué mais, je m'occuperai d'eux plus tard. Je démarre, fait une rapide marche arrière pour bien positionner le véhicule et appuie sur l'accélérateur. La voiture démarre en trombe mais j'entends un bruit à l'arrière. Je ne relève pas la tête. Je dois me concentrer sur l'avant. Je suppose juste que l'un des occupants du préfabriqué a réussi à s'accrocher. Et dans ce cas il en sera pour ses frais.

Je presse la pédale d'accélération à fond. J'avertis mes compagnons d'un coup de klaxon. Kevin s'écarte sans tarder mais Bashir, Razor et Griffe Tonnerre attendent le dernier instant pour sauter de côté, empêchant au mieux les monstres de se préparer à mon assaut. Quelques uns réussirent à s'écarter mais la grande majorité d'entre eux se trouvent sur mon passage et ne peuvent éviter le pare-choc imposant de la jeep.

Le choc est rude. Certains fomoris sont plus résistants que je ne le pensais. Je vois le capot s'enfoncer, le pare-brise se fissurer, les rétroviseurs être emportés. La voiture fait des sauts sur les corps à terre. J'entends des craquements et des cris. Je ne lâche pas l'accélérateur.

Je sors de la mêlée. Le moteur fume et j'ai du mal à voir devant moi. Je tourne un peu en aveugle sur la droite, là où le chemin descends vers le fond de la carrière d'après ce que j'ai vu en arrivant. Je freine maintenant. Je dois rejoindre la bataille. Je me prends finalement un rocher et me cogne contre le pare-brise étoilé de toute part. Je l'aurai sûrement traversé si je n'avais pas ralenti.

Je reprends mon souffle, la tête un peu endolorie. Je me redresse. Il faut que je sorte, le combat n'est pas fini. La portière enfoncée résiste mais ma force de crinos en vient à bout rapidement. J'ai à peine mit le pied dehors que quelque chose de froid, lisse et visqueux s'enroule autour de mon cou en le serrant fort. Quelque chose essaie de m'étrangler. Sûrement mon passager clandestin.Je l'avais oublié. Je lance mes bras derrière moi. Je trouve et attrape ses chevilles en y plantant mes griffes. Je le soulève violemment et l'envoie au sol. Sous le choc, il me relâche mais se relève avec rapidité.

C'est une sorte d'être gluant qui se tient devant moi avec deux tentacules à la place des bras. Sa tête ressemble à une colline aplatie où un trou noir et béant lui sert de bouche. Deux sortes de boutons lui servent apparemment d'yeux. Je suis d'abord surpris par son apparence et il en profite pour prendre l'initiative. Comme un lourd fouet, son tentacule droit vient me frapper en pleine poitrine et m'expédie au sol. Le choc me renvoie à la réalité de la situation. Je me redresse vivement en évitant un autre coup, prévu pour m'écraser au sol. Je ne prends plus le temps de réfléchir et me lance à l'assaut. Mes griffes n'ont aucun mal à s'enfoncer dans la chair molle de mon adversaire et à le lacérer. A la place du sang, une sorte de substance grise écoeurante sort de ses plaies. Cela n'a pas l'air de l'affecter beaucoup. Il frappe également mais, heureusement, il est plutôt lourd et lent. Je parviens à éviter ses attaques sans problèmes et je riposte avec fureur. Je vais finir par dépecer ce gros sac de gélatine.

Mais l'agitation qui règne autour de moi me fais comprendre que je n'en aurai pas le temps. Je dois me débarrasser rapidement du salopard. Je feinte une attaque à la poitrine et il rabat l'un de ses tentacules en guise de protection. M'attendant à ce mouvement, je lance rapidement mon autre main vers son visage. Mes griffes pénètrent profondément et sillonnent son visage, lui crevant les yeux. Enfin il hurle de douleur. Je met à profit ce bref moment d'inattention de sa part et le pousse de toute mes forces vers le gouffre de la carrière. Il tombe dans un cri haineux et surpris. Et s'écrase quelques mètres plus bas en se répandant sur le toit d'une grue.

Je me retourne. Mes compagnons ont profité de la pagaille que j'avais semé pour faire le ménage. Griffe Tonnerre achève à peine le dernier monstre qui a réussi à parvenir jusqu'à eux. Nous avons gagner un léger temps de répit qui nous permet de nous regrouper. À part quelques petites plaies et du sang collant quelques poils, ils ont tous l'air d'aller bien.


_ Bon, on décarre d'ici ou on commence un pic-nique ? Demande Kevin.

_ On ne peut pas partir, réplique Bashir. Il faut les occuper le temps que les renforts arrivent.

_ Je sais pas si t'as vu mais ils sont nombreux, reprends Kevin en grognant. Et le suicide c'est pas mon truc. Alors jette-toi dans la fosse aux lions si ça t'amuse. Moi je dis qu'il faut se barrer et je me barre.

_ Tu restes là !


Mon ton est plus agressif que je ne le souhaiterai mais je n'ai pas le temps de faire dans la dentelle. De nouveaux fomoris approchent et nous n'avons pas de plan d'action. Je suis partagé entre fuir et combattre. L'un comme l'autre ne me semble pas un bon choix. Kevin le sait probablement aussi et c'est pour ça qu'il veut répliquer. Mais je ne lui en laisse pas le temps.


_ De tout façon ils sont trop près et nous ne pourrons pas leur échapper. Trouvons un endroit abrité où nous serons protégés de leurs armes. Il faut les affronter au corps à corps. C'est notre seule chance.


Personne ne dit plus rien. Ils cherchent un endroit où se battre. Kevin préfèrent croiser les bras et bouder. Peu importe. Il a compris qu'il n'y a pas d'échappatoire. Le moment venu, il faudra bien qu'il se batte.

Griffe Tonnerre repère un dépôt de matériel de forage qui fera l'affaire. Un petit camion chargé d'outils barre le chemin et des râteliers encombrés nous fournirons suffisamment de protection. Les monstres se rapprochent tandis que nous nous précipitons vers nos protections. Je peux presque toucher le véhicule lorsque les premières balles commencent à siffler à mes oreilles. Nous nous mettons à l'abri. Et attendons. Toutes griffes dehors.

Des pas se rapprochent. Mon coeur bat vite, même pour un loup garou. Nous sommes en sécurité mais sans moyens de replis. Le combat devra être déchaîné.

Une ombre s'élève devant nous. Une créature ressemblant à un lézard humain, avec beaucoup plus de dents et de griffes, vient de franchir l'une de nos protection d'un saut forcément surnaturel. Griffe Tonnerre est le premier à réagir et accueil le nouveau venu sur ses griffes tendues en avant. Kevin s'empresse de trancher la gorge du fomori.

Notre premier adversaire gît à peine au sol qu'un autre s'est glissé entre le camion et un râtelier. Ses bras, étrangement déformés, tournent sur eux-mêmes, fendant l'air de ses griffes recourbées. J'ai l'impression de faire face au plus repoussant des robots ménager. La solution m'apparaît rapidement. Je me jette au sol et frappe ses genoux qui se brisent sous le choc. Le monstre s'effondre au sol et je plante mes crocs dans sa gorge tant qu'il ne comprends pas encore ce qui lui arrive.

D'autres essaient déjà de passer. Bashir, Razor et Kevin forment un premier rempart vers l'avant du camion. Griffe Tonnerre et Valentine s'occupent de ceux qui essaient de passer par derrière. Je vais laisser mon défunt adversaire pour rejoindre ces deux derniers lorsque pour me relever, je m'appuie sur la ceinture qui retient la mitraillette du garde dans son dos. Et l'idée me vient que ce pourrait être utile. Ni une ni deux, je retourne le corps du « hachoir » et je m'empare de l'arme. Puis je cherche où elle pourrait être utile.

Malgré mes craintes, Valentine est en train d'abattre ce qui semble être son troisième fomori (une sorte de chauve souris géante aux yeux globuleux) tandis qu'à ses côtés, Griffe Tonnerre tiens en respect deux adversaires à lui seul. Une sorte d'homme grenouille tente alors de passer par dessus la mêlée d'un bond.

J'ignore si j'agis par instinct de garou ou par réflexe de marcheur sur verre, probablement les deux, mais mon doigt se crispe sur la gâchette et le monstre est stoppé en plein vol par la puissance de l'impact. Je tiens sûrement une arme trafiquée et pas par des moyens très naturels. Qu'importe, d'autres fomori arrivent et tente de déborder mes amis sur les côtés et je fais feu presque au jugé. Pourtant je ne rate quasiment jamais ma cible. Un nouveau don ? Je l'ignore. Toujours est-il que, aidé par notre position stratégique, j'abats une dizaine de monstre avant que la mitraillette ne soit vide.

Cela nous a permis de gagner un peu de répit que je met à profit pour fouiller plus avant le corps de mon ancien adversaire. Je dégotte deux chargeurs. Chacun de ses mecs à de quoi repousser un bataillon ma parole. Enfin, cela m'avantage en l'occurence. L'entraînement des marcheurs sur verre comportait heureusement la manipulation des armes à feu, et bien que cela ne me plaise pas beaucoup, j'étais plutôt content de ce passage lorsqu'il m'a fallut remplacer le vieux chargeur par un nouveau et l'armer.

Profitant que je ne tirais plus, les fomori attaquent à nouveau en nombre et il était temps que je soulage Bashir de deux masses énormes dont je ne saurai jamais si les deux points noirs que j'ai aperçu étaient des yeux ou des verrues. Je reprends le combat.

Malheureusement, je m'aperçois que nous finirons par perdre, bien que je m'en doutais un peu. Les fomori sont vraiment trop nombreux et je n'ai plus qu'un chargeur. Les autres sont trop pris par les assauts de monstres pour avoir le temps d'attraper une arme et je ne pourrai m'approcher d'un autre corps sans délaisser un endroit à surveiller qui donnerait un avantage considérable à nos ennemis qui pourront alors également faire usage des armes à feu. Seul un miracle peut nous sortir de là désormais.

Je continue de tirer. Les autres continuent de frapper, griffer et mordre. J'ai l'impression qu'eux aussi le savent. Il faudrait qu'on se fraie juste un chemin mais nos ennemis forment désormais une masse trop compacte. Et j'entends soudain quelque chose qui me glace le sang. Un long hurlement de loup, ou du moins quelque chose qui y ressemble. Mais quelque chose de pervertit, de sombre. C'est un son qui semble curieusement mutilé.

Janvier, le danseur de la spirale noire, se lance dans la bataille.

Je ne peux pas le voir mais je le sens approcher, fendant la masse de ses alliés fomoris pour s'approcher à grande vitesse. J'entends ses jambes plier et son corps s'élancer dans les airs. Il saute par dessus le camion. Je me tourne vers lui et envoie une rafale qu'il encaisse de plein fouet. Mais cela ne l'arrête pas. Il me tombe dessus toutes griffes dehors et ma poitrine est percée d'une dizaine de trous qui me brûlent. Je hurle de douleur mais je resserre mes mâchoires sur la gorge qui me fait face. Janvier tente de se dégager mais je m'accroche, non seulement de mes crocs, mais aussi de mes griffes avec lesquelles je me suis profondément enfoncé dans ses flancs depuis que j'ai lâché la mitraillette.

Je ne sais pas comment il fait, mais un coup puissant à l'abdomen m'envoie au sol. Je me redresse vivement et, pendant quelques secondes, je peux observer mon adversaire. Janvier est horrible. De son ventre sort un tentacule remuant et je comprends d'où vient le coup qui m'a fait lâcher. Ses yeux énormes et laiteux sont collés l'un à l'autre tandis que sa gueule semble comporter deux ou trois articulations de plus que celle d'un crinos normal. Pour compléter le tableau, son bras gauche est long et ne semble être composé que d'os noirs, comme brûlés.

Janvier se rue sur moi et je m'avance à sa rencontre. Je frappe, tentant de griffer sa poitrine. Mais son tentacule dévie mon attaque et son bras osseux me frappe à la tête. De son autre main, il tente de me planter ses griffes dans le ventre, mais je réussis à esquiver le coup. Par contre je ne peux plus éviter le retour du tentacule qui m'envoie à nouveau au sol. Et cette fois je n'ai pas le temps de me relever qu'un nouveau coup d'aller bien savoir quoi me frappe dans les côtes et me retourne au sol. Je m'aperçois alors que Janvier lève son poing osseux avec la ferme intention de me transpercer purement et simplement. Et malgré mes réflexes de garou, il frappe avant que j'ai pu esquisser le moindre mouvement.

J'attends la douleur mais un éclair sombre percute le danseur de la spirale noire. Il me manque de moins d'un centimètre et creuse un trou juste à côté de mon épaule. Surpris, je m'aperçois alors que c'est Bashir qui s'est jeté sur mon adversaire et qui lui lacère le dos à grands coups de griffes rageurs. Je me redresse et me précipite à son aide en dégainant mon klaive. Janvier réussit néanmoins à se débarrasser de Bashir d'un bon coup de coude en pleine mâchoire. Je suis presque sur lui lorsque des trainées noires se dégagent de ses bras et traversent le corps de mon frère de meute.

Je pousse un cri de rage. Janvier se retourne mais il n'a pas le temps de faire quoi que ce soit que la lame que je tiens lui ouvre l'épaule. Il recule sous le choc et j'en profite pour donner un autre coup qui entaille largement la base du tentacule. Le danseur de la spirale noire tente de riposter de son bras normal mais je l'évite et m'accroche au tentacule. Je tire d'un coup sec et l'arrache sous le hurlement de douleur de Janvier dont je me délecte.

Il est sérieusement blessé et préfère soudain battre en retraite, bondissant à nouveau au-dessus du camion. Je me jette sur la mitraillette et tire une dernière rafale dans sa direction mais je le manque sous le coup de la précipitation. Janvier s'enfuit à travers les fomoris.

Je me désintéresse complètement de son sort et me penche sur Bashir.


_ Bashir ! Hé, mec ! Réponds-moi !


Mais il ne dit rien. Il me regarde d'un air qui me semble triste. Ses yeux se ferment d'un coup et sa tête bascule sur le côté. Je prends son pouls. J'ai du mal à le trouver et il s'affaiblit.


_ Non ! Bashir ! Reste avec nous ! Réveille-toi !


Mais il est trop tard. Le corps puissant et velu du crinos se réduit peu à peu et perds son pelage dans mes bras. Je me retrouve avec le corps on ne peut plus humain de Bashir dans les mains.

Je sens la rage prendre le dessus sur ma raison. Elle monte en moi comme la lave dans le volcan. Mais un dernier éclair de lucidité me laisse entendre qu'entrer en frénésie maintenant serait probablement terrible. Pour atteindre les fomoris, je serai capable de frapper mes propres amis. Et ces derniers forment un mur entre nos ennemis et moi. Je dois me concentrer. L'effort pour retrouver mon calme est surhumain. J'essaie de respirer longuement et profondément. Je serre les poings. Je dois résister.

Mes efforts s'avèrent finalement payants. Je sens mon coeur ralentir un peu et la colère me quitter. Toutefois, je me demande à quoi cela aura servi. Les fomoris sont trop nombreux. Les autres réussissent encore à les contenir tant bien que mal mais ce n'est qu'une question de minutes, de secondes peut être, pour qu'ils prennent définitivement le dessus sur nous. Peut être que la frénésie n'était pas une si mauvaise alternative.

Un sorte de chat humain, décharné et visqueux, saute par dessus un râtelier. Je ne l'ai pas vu arriver. Il m'envoie au tapis d'un puissant coup de patte. Dans les quelques dixièmes de secondes qui suivent, je comprends qu'il va m'achever. Et je n'aurai pas le temps de réagir. Il abaisse une main pleine de longues griffes et s'écroule au sol.

Je ne comprends pas. Puis je m'aperçois qu'il s'est fait tirer dessus, mais pas par moi. En fait, passé le choc, je me rends compte que plusieurs rafales étalent les fomoris un par un. Je cherche l'origine des tirs et je vois, au dessus de nous, à l'entrée de la carrière, une vingtaine de personnes, apparemment homidés, habillées de treillis, les visages cachés par des lunettes de soleil de combat et des caches-poussières, armées de mitraillettes ou de fusils qui tirent sur les monstres. Une jeep, surmontée d'une mitrailleuse, fait des ravages dans les rangs ennemis. Observant la scène avec des jumelles, je vois Lone. Ce sont les chevaliers verts.

Un espoir intense m'envahit. Un autre reste de lucidité se demande s'ils sont assez nombreux pour faire face aux fomoris mais je décide d'ignorer ma propre remarque. Je me remets à tirer sur les monstres. Ceux-ci, déroutés, commencent à peine à répliquer aux nouveaux assaillants. Mais le reste de la meute reprends maintenant l'initiative et frappe durement. Griffe Tonnerre, dont je n'ai décidément de cesse de m'étonner de ses capacités, abat cinq fomoris coup sur coup. A ses côtés, Valentine lui offre un soutien important en griffant ceux qui tentent de le contourner. Suite à l'intervention des chevaliers verts, Kevin a pu s'emparer lui aussi d'une mitraillette et arrose copieusement (et sans trop de subtilités) tous les fomoris qui lui font face. Cela permet néanmoins à Razor d'utiliser ses fétiches. Et même si je ne comprends pas bien comment il fait ses trucs, il parvient à paralyser trois monstres et à en envoyer un autre dans les airs. Efficace.

Un petit groupe de chevaliers verts essaient d'approcher de nous. J'essaie de faciliter leur approche en dégommant systématiquement les fomoris qui s'approchent d'eux tandis que Griffe Tonnerre ouvre une brèche dans la marée amenuisée des monstres. Mes balles percutent le dos d'un être fait de quelque chose de très dur, comme du métal ou du fer, et c'est finalement une grenade de l'un des chevaliers verts qui lui règle son compte. Ils finissent par nous rejoindre et nous aident à nettoyer les alentours.

Les fomoris finissent par battre en retraite. Pendant que les moins intelligents continuent le combat, la plus large partie de ceux qui restent encore en vie dévalent les pentes et les chemins vers le fond de la carrière et la mine. Les dernières horreurs qui nous font face ne tiennent pas longtemps. Nous pouvons enfin souffler un peu.


_ Bien jouer la grenade, Phoenix, fait l'un des chevaliers verts à son acolyte. Si tu n'avais pas réagis, il aurait été trop près pour qu'on en lance une autre.

_ Pas de problème, cougar, réponds une voix que je reconnais aussitôt.


Mon coeur chavire tandis qu'Emilie retire son cache poussière et ses lunettes.
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Mar 31 Aoû - 19:18


Chapitre 21 : Une furie au combat







Il me faut une force mentale assez difficile à concevoir pour ne pas enlacer Émilie sur le champ mais, premièrement, le moment est plutôt mal choisit, deuxièmement, ne m'ayant jamais vu sous le crinos, elle ignore encore qui je suis et scrute actuellement Griffe Tonnerre d'un air interrogateur. Celui-ci se trouvant près de Valentine, plus facilement identifiable grâce à sa taille, c'est le candidat idéal. Je m'approche.


_ Émilie !


Elle se retourne et me dévisage de ses beaux yeux verts. Avant que j'ai pu réagir, elle se jette à mon cou (et elle doit sauter haut) et me serre fort. Je ne m'attendais pas à ça alors que j'étais sous ma forme de crinos. Je referme mes bras sans trop la serrer. Avec ma force, je pourrai la briser.


_ Si ça vous dérange qu'on se fasse massacrer pendant vos roucoulades n'hésitez pas à le dire.


La voix de Kévin est plus bravache que méchante mais il nous tire de notre rêverie. Le combat n'est pas terminé. Les fomoris ont pris d'autres positions dans le fond de la carrière et se mettent à tirer à tout va. Derrière nos cachettes, nous sommes relativement à l'abri mais nous nous couchons au sol pour plus de sureté.

Émilie reprends son arme en main. Il est difficile de dire à quel point cela me fait bizarre de la voir comme ça. J'aimerai bien savoir comment s'est passé son entrainement et ce qu'elle a fait depuis notre séparation, mais pour l'instant une autre question me trotte dans la tête.


_ Comment avez-vous pu arrivez aussi vite ?

_ On était plus ou moins en manoeuvre dans le coin, me répond-t-elle. Lone en avait parlé à Satsuki et elle nous a appelé alors qu'elle se rendait chez les griffes rouges.

_ Quelle chance !

_ Oui et non. C'est pleins d'endroits tranquilles par ici pour nous entrainer tranquillement. On y est assez souvent.


Une rafale crève les pneus du camion. Les chevaliers verts sont protégés et se contentent, pour l'instant, de consolider leurs positions. Sous mes yeux médusés, Émilie lance une nouvelle grenade vers le fond de la carrière. Nous ne voyons pas les résultats de l'explosion mais d'autres chevaliers verts en profitent pour entrer dans la carrière.

L'euphorie de l'arrivée des renforts retombe un peu. Les chevaliers verts ont réussis à repousser les fomoris mais ces derniers se sont rassemblés et semblent se préparer à la contre-attaque. L'effet de surprise passé, je doute que des humains, même bien armés, ne tiennent très longtemps face aux suppôts du Ver. Je commence même à regretter la présence d'Émilie. Mais je remarque que celle-ci n'est pas inquiète. Son talkie walkie crépite et quelques voix rendue nasillardes se font entendre.


_ Lone ! Lone ! Ici Scorpion. Je vois une ouverture vers l'est. On pourrait les prendre à revers.

_ Ici Lone ! Négatif Scorpion ! Conformez-vous à notre plan. On ne bouge pas. Contentez-vous d'aligner ceux qui approchent.


Je suis surpris par ce fameux plan. Attaquer n'est certes pas une bonne idée mais j'aurai pensé que Lone allait organiser le repli des troupes. Rester sur place n'est pas moins suicidaire que de se lancer au fond de la carrière.


_ Pourquoi vous ne bougez pas ? Je demande à Émilie Il faut se tirer d'ici en vitesse.

_ Non Max ! On attends encore des renforts. Les griffes rouges devraient arriver d'une minute à l'autre.

_ D'une minute à l'autre ? Mais on ignore où ils sont. Si ça se trouve Satsuki ne les a même pas encore prévenu.

_ Je n'en sais rien. Mais apparemment elle aurait dit à Lone de ne pas bouger et qu'ils allaient arriver très rapidement.


Sans vouloir douter de la capacité de Satsuki à diriger une équipe, je me demande si elle est aussi douée en tactique de combat. Les fomoris remontent lentement vers nous. Plutôt que de charger bêtement, comme lors de leur premier assaut, ils profitent à leur tour des irrégularités du terrain pour avancer le plus à couvert possible. Les chevaliers verts, Kévin et Griffe Tonnerre (qui s'est également procuré une arme), tirent sur ceux qui dépassent.

Pendant ce temps, Razor et Valentine se sont penchés sur le corps de Bashir. Le théurge espérait qu'il pouvait encore faire quelque chose grâce à ses esprits mais il y a apparemment renoncé. Des larmes coulent sur le museau de Valentine mais elle recouvre quand même le corps d'une sorte de bâche trouvée dans le camion. La crainte m'envahit. J'ai peur que d'autres de mes compagnons ou des chevaliers verts ne se retrouvent dans le même état avant l'arrivée des Griffes rouges.

Mais soudain un long hurlement retentit. Je le reconnais. C'est un cri garou. Celui de l'attaque. Je me retourne et vois une dizaine d'Hispo se porter à notre rencontre. Enfin je le croyais mais voilà qu'ils sautent par dessus nos protections et dévalent les pentes avec une rapidité foudroyante. Les fomoris n'ont pas le temps d'ajuster leurs tirs et les griffes rouges leur tombent dessus avec une rage et une violence effrayantes.

Je me lève prêt à me mêler au combat mais je m'aperçois soudain que plusieurs autres crinos arrivent également. J'en compte 5 en tout et le seul dont je connais l'identité est Satsuki. Ils se dirigent vers nous.


_ Bon, on bouge ou on va acheter des pop corns ?


Kévin s'impatiente. Il ne peut plus utiliser sa mitraillette sans risquer de toucher un griffe rouge et a hâte d'aller donner quelques coups de dents. Les autres me regardent en attendant ma décision. Les chevaliers verts quant à eux se contentent de soutenir l'action des griffes rouges du mieux qu'ils le peuvent.


_ On attends de voir Satsuki.


Ma réponse convient à tout le monde, sauf évidemment à Kévin qui manifeste son mécontentement par un soupir agacé.

Satsuki et son petit groupe arrive derrière les protections. Une crinos au pelage noire s'arrête devant moi.


_ On ne vous a pas trop manqué ?


Je crois reconnaître cette voix.


_ Sarah ?

_ C'est vrai que tu ne m'as jamais vu sous ma forme de crinos.

_ Moi non plus, fait la voix d'Axelle.


Un demi-loup au visage fin semble me sourire même si c'est toujours difficile à dire. Je suppose que les deux autres garous sont Angus et Héléna.


_ Comment êtes-vous arrivées ici ?

_ Nous avons été avertis de votre découverte dès que Satsuki en a informé les griffes rouges, répond Angus. Elle a eu l'idée de venir chercher Axelle et Sarah par un pont de lune afin que votre meute soit complète.


Je n'ai pas le temps de demander ce qu'est un pont de lune (ça me dit quelque chose) lorsque la voix de Satsuki me fait sursauter.


_ Qu'est-ce qu'il y a là dessous ? Une autre victime ?


Elle s'approche de la bâche. Avant que je n'ai pu réagir, elle découvre le visage de Bashir. Je jette aussitôt un regard inquiet à Axelle. Il est difficile de lire les sentiments sur un crinos, à part peut être la colère. Pour l'instant elle me semble tétanisée. Ses yeux sont fixés sur le corps de notre ami vaincu. J'aimerai m'approcher d'elle. Je m'apprête à le faire.

Puis tout va très vite. Axelle s'effondre, genoux au sol. D'un coup puissant et rageur, elle frappe le sol. Son corps est parcouru de tremblements. Elle relève la tête et pousse un long hurlement de rage intense. Satsuki hurle à son tour :


_ Elle entre en frénésie ! Planquez-vous !


Je ne cherche pas à comprendre et obéis. J'attrape Émilie par la taille et je me jette sur le côté. Les autres en font plus ou moins autant. Juste à temps. Axelle démolit le premier râtelier d'outils et se rue vers le fond de la carrière.


_ Elle va se faire tuer ! Gémit Valentine.

_ Dans son état, j'aurai plutôt peur pour ceux d'en face, réponds Kévin sans le moindre sourire pour une fois.


Nous nous relevons tous et Héléna s'avance.


_ Il faut la rattraper et assurer ses arrières. Mais ne l'approchez pas de trop près ou elle vous attaquera.


Nous acquiesçons et mes compagnons se lancent à la poursuite d'Axelle. Je jette un dernier regard à Émilie et la lâche à contre coeur avant de me mettre également à courir.

Le champ de bataille est en proie au chaos. Les griffes rouges, avec leur férocité coutumière, ont littéralement balayés les premiers rangs des fomoris. Leur haine du Ver doit être à ce point immense pour qu'ils en viennent à aider une bonne partie d'homidés. Mais pour l'instant on ne va pas s'en plaindre. Les chevaliers vert continuent d'appuyer chacune de leurs actions. Axelle (si toutefois dans cet état on peut encore considérer que c'est bien elle), s'est ruée sur un groupe de fomoris qu'elle s'applique à mettre en pièce, indifférente aux coups qu'elle reçoit et au sang qui commence à tâcher son pelage par endroits. Heureusement, Griffe tonnerre la débarrasse rapidement d'une sorte de harpie qui tentait de lui lacérer le dos de ses serres. Valentine empêche un scarabée géant d'approcher du combat en lui crevant les yeux. Kévin utilise sa mitraillette à bout portant sur un genre de bonhomme semblant constitué de fils, plus ou moins organiques, entrelacés. Enfin Razor utilise l'un de ses fétiches ayant apparemment pour but de soigner les blessures d'Axelle. Cette dernière n'y fait pas plus attention qu'au reste tandis qu'elle ravage la tête d'une sorte d'oiseau humain avec un bec munis de dents. Satsuki, Héléna et Angus préfèrent s'attaquer à un autre petit groupe de fomoris pour nous éviter d'être débordés.

Pour ma part, tout en mettant mon arme en bandouillère dans le dos, je me rue sur une sorte de croisé entre un buffle et une araignée qui fonce tête baissée sur Razor, trop occupé par son fétiche pour l'apercevoir. Je le percute de plein fouet d'un coup d'épaule. Celui-ci bronche à peine tandis que je m'affale au sol. Néanmoins, il stoppe sa charge pour se tourner vers moi. Je n'ai que peu de temps pour réagir et m'écarter avant qu'une sorte de grosse épine ne jaillisse de sa gueule pour se planter à la place que j'occupais quelques secondes auparavant. Heureusement, mon adversaire et lent et je n'ai pas trop de difficulté à lui sauter sur le dos. Je m'accroche grâce à mes griffes rasoirs qu'il doit bien sentir car il se cabre avec fureur. Il rue en avant et en arrière pour me jeter au sol mais, même si je suis rudement ballotté, je suis trop bien ancré pour lâcher prise. Il change de technique et reprend sa charge en direction de Razor qui affronte une créature osseuse et difforme que je n'ai pas le temps d'identifier. Étant moins secoué, je peux dégager une main et saisir mon klaive. D'un grand coup, je plante ma lame dans la nuque de la créature qui pousse un dernier cri de douleur avant de s'effondrer lourdement au sol.

Je dégage rapidement ma seconde main et envoie un éclair sur une abomination pleine de pattes qui tentait d'attaquer Valentine par derrière. Cette dernière fait volte face et décapite l'immonde bestiole sans difficulté.

Peu à peu, les monstres se replient encore et nous finissons par nous retrouver sans adversaires, à part Axelle qui en a attrapé deux par la gorge et qui les frappe frénétiquement l'un contre l'autre.


_ Il va bien falloir finir par l'arrêter, soupire Sarah.

_ Comment on fait ce genre de trucs ? Je demande en me tournant vers Razor, notre expert en culture garou.

_ D'habitude, ça s'arrête tout seul, me répond-t-il, ça dépend de la volonté du crinos. Mais là, j'ai comme un doute. Elle est déchainée et elle n'a pas l'air d'avoir envie de s'arrêter. Elle est totalement soumise à la rage.

_ Qu'est-ce qu'on peut faire ? Demande Valentine fébrile.

_ Il faut... et bien... la mettre hors d'état de nuire.


Nous nous regardons tous. Envoyer Axelle au tapis, même pour son propre bien, ce n'est pas une idée réjouissante.


_ Peut être qu'un bon coup d'électrochocs, comme dans les vieux asiles...


Je me tourne vers Kévin Seul un ragabash peut dire des choses pareilles. Celui-ci me regarde sans rire.


_ C'est trop dangereux !

_ Je suis peiné de l'admettre mais je crois qu'il a raison, fait Razor.

_ Pardon ?

_ Oui. C'est un traitement violent, mais on parle d'arrêter un garou déchainé, pas de chasser une souris. Et avec ton klaive tu es le seul à pouvoir frapper avant le corps à corps.

_ Faut faire vite, elle a bientôt finit de s'amuser avec les deux autres, préviens Kévin


En effet, Axelle lâche les deux corps désormais désarticulés qui tombent comme des poupées de chiffons. Elle se met alors à chercher une nouvelle proie. Et ce qui lui paraît le plus proche, c'est un petit groupe de garous qui discutent de l'électrocuter ou non. Je ne suis pas du tout chaud pour la solution avancée par mes compagnons. Mon coeur se serre à l'idée de devoir frapper Axelle alors qu'elle n'est pas en possession de ses moyens. Mais lorsque soudain elle se rue vers nous, toutes griffes et crocs dehors en grognant comme une locomotive à vapeur, mon bras se dresse, pointant le klaive sur elle, et j'envoie une puissante décharge. Axelle est stoppée en pleine course, rejetée en arrière. Elle tombe durement au sol. Au bout de quelques secondes, voyant qu'elle ne se relève pas, nous nous approchons. Peu à peu, elle reprends forme humaine. Je prends peur.


_ Elle est inconsciente, fait Razor.

_ Euh... moi ça me dérange pas, mais personne n'a pensé à prendre un drap ou un truc du genre ? Fait Kévin


Inconsciente, Axelle n'a pas les moyens de faire réapparaître ses vêtements. Et aller trouver quelque chose du genre au beau milieu d'une carrière. Sarah se transforme alors en lupus puis elle se couche sur notre camarade.


_ Ah, ça, ça me plait encore mieux, fait Kévin goguenard.


Sarah se contente d'un grognement hostile.

La bataille semble terminée. Satsuki, Héléna, Angus, Lone et Émilie nous rejoignent. Angus aperçoit Axelle.


_ Est-ce qu'elle est... ?

_ Non, juste inconsciente, je réponds rapidement.


Le fianna pousse un soupir de soulagement.


_ Où en est on ? Demande Razor.

_ On a le contrôle de la carrière, réponds Satsuki. Mais le sous sol, c'est autre chose.

_ Nous avons tués pratiquement tous les fomoris, continue Héléna. Mais ce qu'il y a dans la mine est encore plus dangereux.

_ Les danseurs de la spirale noire, fais-je. Combien sont-ils ?

_ Difficile à dire, reprends Héléna soucieuse. Pas beaucoup je suppose. Sinon les griffes rouges les auraient repérés depuis longtemps. Cette carrière n'est pas assez protégée physiquement et spirituellement pour en cacher un grand nombre. Ils étaient obligés de rester discret.


Je tourne la tête vers l'entrée de la mine. Les griffes rouge, sous forme de crinos ou de lupus, la surveille tandis que les chevaliers vert installent divers armes et équipement pour repousser un nouvel assaut qui viendrait des profondeurs.


_ Et maintenant ? Quelle est la suite du programme ?


Les trois « anciens » garous se regardent. Angus prend finalement la parole d'un air assuré.


_ Et bien nous avons pensé à une chose. Étant donné que Axelle et Sarah n'ont pas encore effectué leurs rites de passage, il nous a semblé qu'il s'agissait là d'une bonne occasion pour qu'elles fassent leurs preuves.


J'en reste sans voix. Valentine est la première à formuler notre pensée à tous.


_ Elles vont devoir entre là dedans... toutes seules ?


Satsuki lui pose une main sur l'épaule.


_ En fait non. Comme nous vous l'avions déjà dit, elles auront besoin d'aide pour y arriver. Votre aide, évidemment.




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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Mar 31 Aoû - 19:58

Rite de passage


Chapitre 22 : Le calme avant la tempête



Axelle est effondrée et tout ce que peuvent lui dire Satsuki, Héléna et Angus semble lui être absolument égale. Nous ne pouvons qu'attendre. Le plan des anciens prends du plomb dans l'aile si Axelle ne participe pas à notre incursion dans le tunnel.


_ C'est idiot, ça ne vaut pas le coup, grommelle Kevin.


Avec la pression que nous subissons tous, entendre le ton désagréable de sa voix est à la limite du supplice.


_ Quoi encore ? Je lance avec une brutalité à moitié involontaire.


Le ragabash me regarde avec un certain dédain et me répond sur un ton de reproche.


_ Même s'ils parviennent à la convaincre de venir, tu te sentiras bien avec une personne aussi instable dans le groupe au beau milieu d'un repaire de danseurs ?


L'insupportable vérité des ragabashs. Kevin a vu juste et je ne peux nié que j'ai déjà pensé à cela. Même si Axelle se décide à entrer dans la caverne, que fera-t-elle en pleine mission, avec le stress d'effectuer son rite de passage par dessus le marché ?


_ Elle est trop imprévisible, reprends Kevin. Je vous le dis tout net, si elle y va, moi je reste dehors. Après tout, j'ai passé mon rite, moi.

_ Moi ça me va, fait Valentine sur un air de défi.


Kevin va pour répliquer mais Sarah intervient avant qu'il ait eu le temps d'ouvrir la bouche.


_ Elle doit venir. Si elle ne venge pas la mort de Bashir, elle se le reprochera longtemps et ça va la miner. Il faut qu'elle fasse quelque chose.

_ Sans compter qu'elle n'a pas finit d'en entendre parler, poursuit Razor. Les anciens sont encore très strict sur la loi qui interdit aux garous de s'aimer. Il vaut mieux qu'elle fasse vite son deuil, même si c'est d'autant plus douloureux.


Je regarde Emilie, au loin avec les autres chevaliers vert, en train de préparer un dispositifs d'explosifs autour de l'entrée de la caverne. Dés que nous en sortirons (si nous en sortons), le tunnel sera condamné. J'ai perdu des gens importants dans ma vie, mon père adoptif notamment. Mais j'ai la chance de n'avoir jamais perdu d'amour. J'imagine mal ce que dois ressentir Axelle. Pourtant je sens que je dois aller lui parler. Par devoir ou par compassion ? Je l'ignore. Il le faut.

Je me dirige vers elle. Valentine veut me suivre mais je lui demande de m'attendre. Je préfère lui parler seul. Satsuki vient à ma rencontre.


_ Elle ne veut rien entendre. Vous allez devoir partir sans elle.

_ Laisse-moi essayer. J'arriverai peut être à la raisonner.

_ Ce n'est pas la peine, à mon avis. Mais tu ne perds rien à essayer.


Nous allons tous les deux jusqu'à Axelle. Satsuki demande à Héléna et Angus de nous laisser seuls. Lorsqu'ils sont assez éloignés, Axelle parle d'une voix tremblante.


_ Tu vas aussi essayer de me dire qu'il aurait voulu que je continue ? Que je passe mon rite quoi qu'il arrive ? Qu'il n'aurait pas aimé me voir comme ça ,


Elle ne me regarde pas. Elle a les yeux baissés, des larmes coulant encore sur ses joues. Assise sur un rocher, ses bras sont croisés pour retenir le long manteau que lui a prêté Angus. Je réponds avec sincérité.


_ Je ne sais pas ce qu'il aurait voulu.


Je m'assied à côté d'elle. Elle ne bouge pas.


_ Il m'a sauvé la vie.


Pour un être humain normal, elle a toujours la même attitude. Mais mes oreilles de crinos détectent que son souffle est un peu plus retenu. J'ai capté son attention. Je dois poursuivre.


_ Sans lui, je ne serai également plus là. Et peut être alors que notre meute se serait fait décimée avant votre arrivée. Bashir nous a tous sauvé.


Je la sens attentive. Je décide de prendre le risque de m'approcher un peu. Je pose une main sur son épaule. Elle ne m'évite pas.


_ Je crois qu'il connaissait les risques, mais il s'est quand même jeté dans le combat. Il a été très courageux. C'est comme s'il avait pensé à nous avant lui-même.

_ L'esprit de meute ?


Axelle relève un peu la tête mais ne me regarde toujours pas. Sa voix tremble un peu moins.


_ C'était vraiment un garçon bien.

_ Je sais, fais-je en acquiesçant. Et tu l'aimais.


J'ai peur d'avoir été trop loin mais elle se serre contre moi. Je la prends dans les bras.


_ Comment je vais vivre sans lui ? En devenant garou j'ai perdu ma tante. Maintenant il n'est plus.


Elle se serre tout contre ma fourrure et je peux même sentir des larmes couler.


_ Je ne veux plus perdre quelqu'un que j'aime. Surtout pas un membre de la meute. Plus personne.

_ Je ne peux pas te promettre que ce genre de choses n'arrivera pas. Nous menons une vie dangereuse malgré nous. Et peut être qu'il nous faut la vivre pleinement, avec tous les risques qu'elle comporte pour que ça vaille le coup.


Axelle est secouée de sanglots. Je ne peux pas y faire grand chose à part continuer de parler.


_ Tu sais, la fille que j'aime est là-bas, avec les chevaliers vert, en train de nous aider à préparer notre mission. J'ai peur pour elle si ça tourne mal. Elle n'a pas nos pouvoirs pour se défendre. Et c'est pareil pour tellement d'autres gens qui sont encore bien moins protégés qu'elle. Nous sommes les seuls à pouvoir agir pour qu'il n'y ait pas de nouvelles victimes. Nous sommes les seuls assez forts pour nous battre.


Elle consent enfin à lever ses yeux pleins de larmes vers moi.


_ Je ne sais pas ce que tu ressens et nous rencontrerons encore bien des souffrances, je crois, dans cette vie. Mais ce n'est rien comparé à ce qui nous attends si nous baissons les bras.

_ C'est perdu d'avance. Et tu le sais très bien.

_ J'ai souvent défendu des causes perdues d'avance. Parfois ça n'a servit à rien. Parfois on a pu limiter les dégâts. Et dans de très rares cas, mais ça arrive, un geste inattendu nous fait remporter une victoire surprise. La seule chose qui est sûre, c'est qu'on est plus forts lorsque l'on est nombreux.


Je l'écarte un peu pour lui parler bien en face.


_ Nous avons besoin de toi Axelle. Mais nous avons besoin de toi prête à te battre et à gagner. Sinon tu n'es pas obligée de venir avec nous.


Je me lève. Elle semble encore un peu perdue mais, maintenant, c'est à elle de réfléchir et de décider seule.


_ Je serai heureux que tu participes à notre petite excursion Axelle. Mais si tu décides de ne pas venir, je ne t'en voudrai pas. Nous n'avons pas choisi de mener une vie de garou et je ne veux pas que tu te sentes obliger à quoi que ce soit.


Je lui tourne le dos et retourne vers les autres. J'ignore si j'ai réussis à la convaincre. On verra bien.

Le reste de la meute semble m'attendre avec impatience. Malgré son air revêche, c'est Kevin qui parle le premier.


_ Alors ? Qu'est-ce qu'elle a dit ?

_ Rien, je réponds. Elle doit réfléchir maintenant.

_ Justement c'est son point fort, fait Sarah dans une courageuse tentative d'humour qui tombe à plat.

_ Moi je vous le redis, reprend Kevin, si elle vient...

_ Ferme-la !


Je suppose que ce genre de réponse ne doit pas se trouver dans les livres de management d'équipe mais je m'en soucie assez peu. Je suis inquiet de ce que nous devons affronter, je suis inquiet pour Axelle, je suis inquiet pour Emilie et je n'ai pas besoin qu'il me gonfle en plus. Kevin me tourne le dos comme si cela représentait l'insulte suprême. Valentine vient se coller à moi. Le contraste entre sa douceur naturelle et son apparence de crinos est pour le moins étrange mais je la serre néanmoins dans les bras.

Les chevaliers vert ont presque finit de piéger l'entrée de la mine. Emilie reviens vers nous.


_ Vous devrez faire attention en sortant. Ils ont mis de quoi envoyer un éléphant sur orbite. Dis, Max, pourquoi les autres garous nous regardent-ils d'un air étrange ? On dirait qu'ils nous en veulent de les aider.

_ On ne t'a pas parler des griffes rouges chez les chevaliers vert ?

_ Non. Ils ont quelque chose de particulier ?

_ Plutôt, oui. On parlera de ça plus tard mais pour l'instant mieux vaut que tu ne t'approche pas trop d'eux.


J'ignore encore tellement de choses sur les garous finalement. L'une d'elles est, est-ce que les griffes rouges qui détestent les homidés plus que tout ont néanmoins encore un peu de patience envers les chevaliers vert ? Difficile à dire.

Nous observons les chevaliers vert ranger le matériel dont ils n'ont plus besoin lorsque Angus s'approche de notre groupe, portant un paquet oblong. Il s'arrête devant moi.


_ Max, je crois que Axelle va venir avec vous finalement.

_ Bonne nouvelle, je réponds en ignorant le regard rageur de Kevin. Elle se sent d'attaque ?

_ Plus ou moins. En tout cas elle me semble sûre de sa décision.


Angus me tend ce qu'il tient dans les mains.


_ J'avais réservé ceci pour Axelle. Pour son rite de passage. Mais même si elle me semble capable d'entrer dans une antre de danseurs de la spirale noire, je préfère que ce soit toi qui l'ai, pour l'instant.


Je prends le paquet. Il est plutôt lourd, même avec ma force de crinos. Je l'entrouvre et un éclat de lumière m'éblouit.


_ Qu'est-ce que c'est ?

_ Une épée d'argent.


Je regarde Angus abasourdi. Il m'annonce ça comme si rien n'était plus normal.


_ Ne t'inquiète pas, la garde est en acier. C'est un fétiche, évidemment. Très puissant. Trop pour la plupart des garous. C'est pourquoi je pense qu'Axelle n'est pas en état de la manier.

_ Et moi je le pourrai ?

_ Je crois. Ton klaive est également très puissant, bien que très différent.


Mon klaive. C'est idiot mais je crois que je ne pourrai pas m'en passer. C'est comme si je m'étais habitué à lui. Et je ne pourrai pas manier deux armes de ce type en même temps.


_ Je... je crois que je vais la confier à quelqu'un d'autre.


Angus ne paraît ni surpris, ni offensé de ma réponse.


_ C'est à toi de mener ta meute comme tu le crois bon, leader, me répond-t-il. L'épée prévient son porteur des dangers et possède quelques autres pouvoirs intéressants.


Je me tourne vers mes compagnons. Tous regardent l'épée à peine dévoilée avec envie. Razor est sans conteste celui qui est le plus fasciné. Il est celui qui connaît le mieux le monde garou et doit sûrement être le mieux placé pour apprécier la valeur d'un tel fétiche, tant en terme de richesses qu'en terme d'honneur. Toutefois je ne peux la lui confier. Ses autres talents et fétiches sont bien trop précieux en situation de crise pour qu'il ne s'occupe que de l'épée d'argent.

Les yeux qui la convoitent le plus appartiennent sans surprises à Kevin. Mais je ne crois pas qu'il ferait un bon choix. Certes, il n'hésite pas à se jeter dans la bagarre si c'est nécessaire. Mais il est un poil trop téméraire à mon goût et il serait risqué de lui donner un objet qu'il lui donnerait trop de confiance en lui. Jusqu'à l'erreur fatale, probablement.

Valentine saurait manier la lame avec sagesse et réflexion. Mais j'ai déjà du mal à porter l'épée moi même et je ne crois pas que la môme réussirait l'exploit de se battre avec elle. C'est dommage. J'aurai eu moins de soucis à me faire pour elle si elle avait pu la prendre.

Il ne me reste donc plus que Griffe Tonnerre et Sarah. Tous deux sont d'excellents combattants, pour ce que j'en ai vu. Mais je crois bien que les furies noires ont un caractère un peu trop emporté, à mon sens, pour que je confie cette épée à la jeune fille. Griffe Tonnerre est un combattant bien plus concentré. Les astrôlatres sont des experts de la connaissance de leurs corps, notamment en combat. Nul doute que le maniement d'une épée les rend d'autant plus redoutable.

Je tends donc le paquet à Griffe Tonnerre qui le prends avec délicatesse et termine d'en dégager l'épée. Elle scintille de tous ses feux malgré la faible lumière du soir.


_ Un bon choix, commente Angus méditatif.

_ 'videmment, c'est pour un ahroun, fait Kevin amer. M'en serait douté.


Je ne l'écoute pas. Axelle, Satsuki et Héléna s'approchent de nous.


_ Je crois que vous allez pouvoir y aller, fait ma chère tutrice. Vous êtes prêts ?


Je m'assure que mon klaive est bien fixé à ma ceinture, ramasse une mitraillette et un sac de munitions que j'avais préparé et je déclare :


_ C'est bon nous sommes prêts.


Satsuki baisse le regard pendant quelques secondes. Puis elle dit d'une voix légèrement tremblotante :


_ Surtout soyez prudents.
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Mar 31 Aoû - 20:13


Chapitre 23 : Combat souterrain




Le tunnel des danseurs de la spirale noire s'enfonce directement dans les entrailles de la terre. Ou presque. La descente est rude, les ténèbres intenses. Les chevaliers vert nous ont donné des lampes torches, bien utiles car nos yeux de loups, plus performants que ceux d'humains, ne servent à rien sans un tant soit peu de lumière. Et aucune lumière extérieure ne parvient à quelques mètres à peine de l'entrée. Rien n'est très naturel lorsqu'on s'enfonce dans un antre de la folie.

Nous nous passons de mots. Personne ne dit rien. Tous nos sens sont dans l'attente de l'horreur que nous allons devoir affronter sans savoir à quel moment elle arrivera, ni à quoi elle ressemblera.

J'ai une conscience aigüe de chaque personne prêt de moi. Je peux sentir l'appréhension de Valentine sur ma gauche. Elle parvient à contenir sa peur pour l'instant, elle a des doutes de pouvoir y arriver le moment venu. Devant moi, Sarah est impassible. J'ignore sur quoi elle se concentre tellement, peut être sur ses connaissances de combat en bonne furie noire, mais je ne peux rien dire de ses sentiments. Pareil pour Griffe Tonnerre, juste à coté d'elle, que nous repérons plus facilement grâce aux reflets de son épée. Je ne serai pas étonné que les astrolâtres aient appris à totalement camoufler leurs sentiments, même pour les sens des autres garous, afin qu'ils ne révèlent pas ce que leurs bouches ne veulent déjà pas dire. Razor non plus ne m'inspire pas grand chose. Peut être ses pensées sont-elles protégées par un esprit, ou quelque chose du genre. La mauvaise humeur de Kevin, en revanche, me suit à la trace. Mais, en réalité, elle est de moins en moins perceptible, se cachant derrière une concentration étonnante pour le ragabash et, je le sens bien, une pointe de peur qui ne semble pas encore décidée à grandir ou à partir.

Celle que je sens le mieux, sans avoir besoin du moindre effort, c'est Axelle, à ma droite. Je décèle en elle une profonde tristesse, un esprit meurtri mais qui ne représente qu'une partie infime de ses sentiments dominés par une rage intense et bouillonnante. Bien qu'elle nous ait suivi de son propre chef, je crains pour sa raison alors que nous allons au devant de dangers inimaginables. Les danseurs de la spirale noire ne lui feront pas de cadeaux si elle perd ses moyens dans la frénésie.


_ Il y a quelque chose, là !


La voix de Griffe Tonnerre, toujours surprenante, raisonne sur les parois vides. Nous levons nos lampes vers l'endroit indiqué par notre compagnon. Des signes ont été gravés à la hâte dans la roche, entre deux poteaux de soutiens.


_ Qu'est-ce que ça veut dire ? Demande Valentine.

_ Ce sont des indications pour le chantier, réponds Razor. Ils avaient l'intention de creuser une nouvelle galerie à partir d'ici.

_ Encore une ? Fait Kevin. De vraies taupes ces gars-là.

_ Pour aller où ? Demande Sarah.

_ Probablement pour rejoindre une galerie plus ancienne et augmenter leur réseau. Les danseurs de la spirale noire se déplacent presque exclusivement sous la surface de la terre. Les nombreuses mines de Lorraine sont une aubaine pour eux.

_ Ah ? Alors finalement l'ennoyage n'est pas une si mauvaise chose, après tout, je fais.

_ Pas vraiment non, reprend Razor. L'eau ne fait pas peur aux danseurs de la spirale noire et ils sont désormais les seuls à pouvoir s'y aventurer. Plus personne ne vient les déranger. Et ils ont prévu le coup évidemment. Avec quelques aménagements, ils ont pu éviter l'ennoyage de certaines galeries.

_ Vous pourriez pas discuter de ça plus tard ? Intervient Kevin.


Il est évident que ce n'est pas le bon moment et nous devons nous plier à la remarque du ragabash. Avec les lampes, nous découvrons d'autres endroits marqués.


_ Nous avons de la chance, reprends Razor. Ils semblent s'être surtout contenter d'améliorer et de consolider la galerie principale pour l'instant. Ils n'ont pas encore creusé de tunnels annexes. On ne se perdra pas dans un labyrinthe au moins.


Savoir que nous allons directement vers les ennuis, sans détours, n'est pas franchement réconfortant non plus. Mais après tout, plus vite on y sera, plus vite ce sera terminé. Sans plus ajouter un mot, nous reprenons notre marche.

Il est difficile d'imaginer à quel point une galerie vide puisse être aussi oppressante. Comme tout à chacun, je me suis un jour retrouvé, plus jeune, à avoir peur du silence et du noir, à craindre les fantômes et autres créatures de mon imagination divaguante. Mais la terreur qui nous entoure actuellement est bien pire. Car ce n'est plus un fait de notre imagination, les horreurs sont là et bien là, qui nous attendent tapies dans les ténèbres les plus profonds. Comme elles ont l'air ridicules, maintenant, les peurs enfantines dans des pièces vides.

Au loin, un craquement. Un loup garou sait reconnaître un bruit naturel d'un autre beaucoup plus inquiétant. Et celui-ci est, de toute évidence, de la seconde catégorie. Un frémissement parcourt notre groupe et nous stoppons.


_ Il y a quelque chose devant, fait Sarah à mi voix.

_ Quelqu'un, plutôt, corrige Griffe Tonnerre sur le même ton.

_ On a pas le choix de toute façon, je réponds doucement. Avançons et tenez-vous prêts.


Griffe Tonnerre tient son épée droite, devant lui. Sarah, Kevin et moi-même levons nos armes à feu, la furie noire ayant optée pour un pistolet qui lui servirait tout juste à approcher de ses victimes pour pouvoir utiliser ses griffes. Razor a saisit ses fétiches et commence à parler doucement. Certains d'entre eux doivent apparemment être activés avant le combat. Valentine sert le petit morceau d'os que Razor lui a passé autour du coup, un autre fétiche qui est censé lui donner plus de vivacité, tant spirituelle que physique. Seule Axelle ne dit ni ne fais quoi que ce soit et se contente de nous suivre lorsque nous reprenons la marche.

Mais nos oreilles de loups et l'écho du tunnel nous ont trompé sur la distance. Notre objectif n'est pas aussi proche que nous l'avons cru. Nous marchons encore quelques minutes avant qu'une étrange lueur bleue-grise ne soit perceptible. Ils sont là. C'est la fin de la route.

Nous approchons prudemment même si cela n'est pas très utile. De toute évidence, les danseurs doivent nous attendre de pieds fermes et il est impossible de se cacher ou que ce soit dans le long tunnel. Se cacher ? D'un coup, une idée me vient. Je fais stopper le groupe et j'appelle Valentine à voix basse.


_ Mets-toi derrière tout le monde !

_ Quoi ? Mais pourquoi ? Proteste doucement la môme croyant que j'essaie de la préserver du combat, comme à ma fâcheuse habitude.

_ On va les feinter, j'explique. Tu es la plus petite, ils ne te verront pas et ne pourront pas sentir ton odeur derrière les notre.

_ Bonne idée, continue Sarah. Un membre surprise qui surgit au début de la bataille ça va les surprendre et les déstabiliser.


Valentine semble rassurée que je n'essaie pas de l'écarter de la mission et accepte l'idée. Mais Razor, lui, a une objection.


_ On voit que vous n'êtes pas encore habitué au monde des esprits. Il est possible que les danseurs aient des flaïels qui peuvent nous surveiller et savoir précisément combien nous sommes.

_ Merde, je reprends. Il n'y a pas moyen de savoir si un flaïel nous surveille.

_ Si, il faudrait simplement que l'un de nous entre dans l'umbra. Mais ici, ce sera difficile. La présence de Gaïa joue beaucoup dans notre capacité à entrer et sortir du monde des esprits. Dans un endroit aussi corrompu par le Ver, c'est presque infaisable.


Dommage ! Avoir un effet de surprise dans une embuscade attendue nous aurait été bénéfique. Une autre idée me vient.


_ Tu crois qu'ils nous surveillent alors qu'ils savent que nous venons ?

_ Je n'en sais rien, réponds Razor. Peut être, peut être pas. Il est possible qu'ils aient préféré garder un maximum de flaïels avec eux au cas où nous arriverions par l'umbra.

_ Alors tentons quand même le plan. Au pire, ça ne change rien au combat. Au mieux, on a un atout non négligeable.


Razor acquiesce. Valentine se met derrière nous, se collant presque à Axelle pour être sûre que son odeur se confonde avec la sienne, et nous repartons.

Quelques mètres à peine nous séparent d'une grotte dans laquelle nous attendent divers monstres, hideux, comme de bien entendu. Nous ne pouvons pas nous soustraire à leurs regards et nous ne pouvons qu'avancer vers eux, prêts à frapper au moindre mouvement. Mais ils ne bougent pas. Plus d'une dizaine de fomoris sont rassemblés autour de trois danseurs de la spirale noire, dont l'un est tourné vers un grand trou sombre dans le sol. Il semble faire des incantations et je me doute que ce n'est pas pour nous souhaiter la bienvenue. Ou peut être à sa manière très personnelle.


_ Enfin !


La voix gutturale de Janvier raisonne contre les parois de la grotte.


_ Nous ne vous attendions plus, cher louveteaux. Nous allons vous laisser le choix. Vous mourrez, ou vous vous joignez à nous. On a aussi besoin de louveteaux.


Se joindre à eux ? Le danseur à côté de Janvier trépigne d'impatience au point d'en trembler. Du moins c'est ce que je crois d'abord. Je me rends vite compte qu'il n'a apparemment qu'une perception très approximative de notre présence et semble aussi prêt à nous tuer qu'à fracasser la tête du fomori qui se tient près de lui. Son pelage est éparse, on le croirait déchiré, presque en lambeaux. Une bosse énorme lui déforme le dos et, j'ai du mal à voir mais il me semble bien que ses deux pupilles se partagent le même oeil central.

Le tentacule sur le ventre de Janvier claque dans les airs.


_ Alors ? Vous vous décidez ? Vous êtes dans un temple puissant. Vous n'en sortirez pas vivant de toute façon.


Je vais pour répliquer mais razor m'attrape l'épaule et me dit à l'oreille.


_ Il cherche à gagner du temps. Pas la peine de discuter. Leur théurge est capable d'appeler une créature des profondeurs, c'est ce qu'il est en train de faire. Nous devons l'en empêcher ou nous ne sortirons jamais d'ici. Attaquons maintenant.


Je ne pensais pas que les danseurs de la spirale noire étaient capables de réfléchir au point de piéger leurs ennemis. Il me vient à l'esprit qu'ils essaient peut être de nous forcer à accomplir leur rite de passage à eux. Sinon ils auraient déjà attaqué. Les fomoris attendent avec fébrilité que Janvier leur donne l'ordre. D'un instant à l'autre.


_ Sarah, avec moi !


Je fonce sur le côté gauche, percute le premier fomori qui passe, un être élancé à la peau de cuir avec de grandes dents, et l'envoie rencontrer le mur avec une certaine violence. Sarah réagit au quart de tour et se jette sur un autre monstre en lui plantant ses griffes dans les épaules. Le reste du groupe passe à l'attaque sans poser plus de question et trois fomoris se retrouvent à terre avant que les premiers ne réagissent. Un quatrième tombe décapité par l'attaque surprise de Valentine.

Janvier est stupéfait mais il ne perd pas de temps avant de réagir. D'un geste, il envoie le deuxième danseur s'occuper de nos compagnons tandis que lui-même s'approche pour nous barrer la route et nous empêcher d'atteindre le théurge. Les fomoris se sont rués sur nous et j'avais bien besoin d'un second ahroun pour les repousser. Sarah met tout son talent de furie noire à déchiqueter le maximum de créatures difformes. Et elle est très douée dans ce domaine.

Pour ma part, je fais feu à bout portant sur tous les fomoris qui me font face. Cela me permet de les maintenir suffisamment à distance pour que Sarah ne soit pas submergée. Je me permet même le luxe de jeter rapidement un oeil sur nos amis.

L'épée d'argent dans les mains de Griffe Tonnerre est un choix que je n'ai pas à regretter. A lui seul, il ravage les rangs des fomoris, laissant libre cours à Kevin de vider son chargeur sur la masse grouillante qui leur fait face sans trop se soucier de viser juste. Valentine, Axelle et Razor n'ont aucune difficulté à s'occuper des rares monstres à échapper à ce traitement. Jusqu'à ce que le danseur fou arrivent à leur portée.

Mais, à ce moment-là, je dois moi-même retourner mon attention vers Janvier qui est dangereusement proche de Sarah, aux prises avec une sorte de singe céphalopode curieusement habile, cherchant à l'emprisonner dans ses tentacules. Pendant que Sarah tranche les dits tentacules, j'envoie une rafale à Janvier qui ne semble pas lui faire très mal mais qui a le mérite de stopper son avancée. Je balance mes dernières cartouches sur un être transparent qu'on croirait fait de plastique, comme ses petits mannequins éducatifs sur l'anatomie, ce qui laisse une curieuse impression lorsque son foie explose.

Je balance la mitraillette inutile sur le flot de fomoris, attrape mon klaive et me rapproche de Sarah. Janvier est pratiquement sur nous mais une bonne décharge électrique l'envoie au sol s'emberlificoter avec quelques uns des ses monstres. Je fends l'air de mon klaive, sectionnant quelques corps absurdes au passage.


_ On va avoir du mal à atteindre le théurge.

_ Qu'est-ce qu'il fait ? Me demande Sarah.

_ Il invite d'autres participants à la fête. Des gênants.

_ Ah ! Je...


Je ne sais pas ce que veux dire Sarah car au même moment, elle plante ses crocs dans la gorge d'un fomori avec une tête ressemblant vaguement à celle d'une mouche.

Janvier a du mal à se relever. Il ne cesse d'être bousculé par d'autres monstres nous attaquant. Enervé, il écrase le crâne d'un fomori et enfonce la cage thoracique d'un second avant d'en envoyer trois autres au sol d'un seul coup de son bras osseux. Il se rue à nouveau sur nous, ignorant totalement les fomoris qu'il piétine ou écarte de son chemin avec une rare violence. Je l'attends de pieds fermes.

Il tente de m'arracher le klaive d'un coup de tentacule mais je parviens à l'éviter. Dans le mouvement, je tente de contre-attaquer en lançant mon poing armé vers sa poitrine mais son bras noir lui sert de bouclier. La lame d'argent lui procure à peine une légère égratignure. Il essaie de me frapper de son autre bras, mais j'esquive à nouveau en me lançant en arrière. J'ai à peine le temps de bien m'établir sur mes pieds que Janvier a déjà levé son bras osseux vers moi. Je l'ai déjà vu faire sur Bashir et je plonge de côté sans réfléchir, évitant de justesse les longues trainées noires qui eurent raison du croc d'argent.

Le danseur ne peut plus lancer ses griffes (car c'est de ça qu'il s'agit) avant un certain temps et me charge à nouveau. J'ai peu de temps de réaction mais je fais mine d'avoir du mal à me relever, serrant mon klaive dans la main et prêt à frapper fort. Je dois bien jouer la comédie car je trompe aussi Sarah qui se jette sur Janvier par son côté droit et lui plante ses griffes dans la poitrine et le dos. Surpris le danseur de la spirale noire hurle de douleur avant qu'un coup de coude osseux, pourtant de faible envergure à ce qu'il me semble, envoie violemment la furie noire contre la paroi. Légèrement étourdie, elle ne voit pas Janvier continuer sur sa lancée mais une nouvelle décharge de mon klaive le stoppe en plein élan. Sarah a bien l'intention de répliquer à son tour mais trois fomoris sautent par dessus le corps à terre du danseur et l'attaquent de front. Je cours et plante ma lame dans le dos du premier monstre venu, déstabilisant les deux autres, ce qui permet à la furie noire de frapper et d'ouvrir la gorge de l'un d'eux. Nous ne faisons qu'une bouchée du troisième.


_ Occupe-toi des autres fomoris, je fais. Essaie de gagner du terrain vers le théurge. Je me charge de Janvier.


Sarah s'est apparemment ouvert l'arrière du crâne contre le mur mais elle acquiesce sans discuter. Le danseur de la spirale noire est à nouveau sur ses jambes. Il ne réfléchit pas non plus et se rue à nouveau à l'attaque. Je lance mon bras en avant. Janvier s'attend à un nouvel éclair et fais un pas de côté. Mais je n'utilise pas l'esprit du klaive. Profitant de mon effet, je frappe de mes griffes et lacèrent l'épaule de Janvier. Il hurle de douleur et son tentacule s'agite vivement par réflexe. C'est inattendu et il me frappe au niveau des côtes. Je suis déstabilisé et le danseur en profite pour utiliser ses griffes à son tour, me frappant au ventre.

La douleur aggravée par les griffes de garous est insupportable. Je ne sais pas comment je reste lucide mais je parviens à parer un coup de son bras noir et m'écarte pour éviter un nouveau coup de tentacule. Janvier ré-attaque aussitôt avec sa gueule déformée en tentant de me prendre à la gorge. Dans sa fureur, il oublie qu'il est un peu loin pour ce genre de choses et il me permet de reprendre l'avantage. Je le bloque de mon bras libre juste sous sa gorge et je frappe avec mon klaive de toute mes forces sans trop savoir où. Il hurle de plus bel et s'écarte vivement de moi. La lame d'argent l'a touché à la base de son tentacule où s'étale désormais une longue plaie suintante d'un pus brun orangé. Une idée me vient.


_ Je vais te dire, ça fait longtemps que ce truc m'emmerde vraiment.


C'est à mon tour de me lancer à l'attaque. Je frappe d'abord de mes griffes mais je ne cherche pas à atteindre l'abomination qui me fait face. En fait, je le force à concentrer ses défenses sur le coup que je fais mine de porter pour qu'il ne protège pas ma véritable cible. J'utilise ensuite mon klive pour frapper à nouveau Janvier au ventre, également à la base du tentacule mais du côté qui n'avait pas été touché. Sans me soucier des nouveaux cris du danseur, cette fois, je tranche carrément plusieurs centimètres de chair.

Un coup au ventre sur le côté vrille tout mon corps d'une douleur intense. Plusieurs côtes sont cassées. Le tentacule tombe au sol mais pour ça je n'ai pas pu faire attention à ce que faisait Janvier et il a surement l'intention de me le faire payer très cher. Je sens ses griffes me lacérer le dos avec cette brûlante caractéristique particulière aux coups des garous. Un nouveau coup sur le côté et du sang coule sur ma cuisse. La souffrance est atroce mais elle ne fera qu'empirer si je ne fais rien. Mon klaive s'enfonce profondément dans l'ouverture béante à laquelle était auparavant rattachée le tentacule, découpant quelques tripes au passage.

Janvier se penche vers moi. La fureur intense de sa voix est indescriptible.


_ Pauvre demeuré ! Je vais t'envoyer à Malféas et te faire griller dans les flammes du Ver !


Je resserre mon poing sur le manche de mon arme.


_ A toi l'honneur !


J'envoie l'éclair le plus puissant que je puisse me permettre dans mon état. Le corps du danseur de la spirale noire est prit d'un soubresaut avant que son dos n'éclate littéralement. Ce qui reste de Janvier s'effondre sans vie sur moi et m'entraine à terre. Je l'écarte. En voilà un de moins.



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Argail
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Mar 31 Aoû - 20:57

Chapitre 24 : Les yeux et le passage





Pendant quelques secondes je reste là au sol. Mon ventre et mon côté gauche me lancent toujours d'une douleur atroce. Mais je dois me relever et continuer le combat. Les autres se battent toujours. Je me met donc à genoux péniblement. Janvier m'a salement amoché et l'espace d'un instant je me demande si je ne vais pas au devant d'une mort certaine en voulant combattre dans cet état. Mais il m'est impossible de me résoudre à laisser les autres s'occuper seuls de tous ces monstres. Je me met debout en m'agrippant à la paroi. Je prends un peu de temps de faire le tour du champs de bataille.

Sarah a vaillamment éclairci la troupe des fomoris et je vois que le théurge s'inquiète au milieu de ses incantations, lançant parfois des regards à la lueur bleutée vers le combat. De l'autre côté, Axelle est à nouveau entrée en frénésie. Elle frappe à tout va sans se soucier que ce soit avec ses griffes, ses crocs, ses poings ou ses pieds. Elle n'a qu'une envie, réduire les corps qui lui font face en charpie. Puis je découvre la raison de son état. Griffe Tonnerre et Kevin protègent Razor des fomoris, autant que d'Axelle, tandis que celui-ci est penché sur le corps inerte de Valentine.

Mon coeur se glace d'effroi. Pendant un instant la rage monte en moi à un point que je n'avais encore jamais ressenti. Je veux détruire ces saloperies. Détruire même les murs de la grotte et détruire tout ce qui s'y trouve.

Un éclair de lucidité. Même pas. Une simple étincelle.

Valentine est toujours sous sa forme de crinos. Elle n'est pas redevenue homidé. Elle est toujours en vie. La rage diminue un peu. Juste ce qu'il faut pour que je puisse me contrôler.


_ Max ! A l'aide !


J'ai l'impression que la voix de Sarah me parvient de très loin. Mais je l'entends bien. Je me tourne vivement vers le combat. La furie noire est au prise avec pas moins de cinq fomoris d'un coup et ceux-ci cumulent tellement de bras et d'autres appendices qu'elle sait plus ou donner de la tête. Je me rue à son secours. La douleur est toujours là mais elle ne me freine pas. Elle deviendrai même une autre force. Comme si elle voulait, par mon entremise être transférée aux créatures difformes qui s'en prennent à mon amie.

Je ne suis pas en frénésie mais la rage prend le dessus. Je ne réfléchis pas à ce que je fais et je me jette purement et simplement dans la mêlée à l'instar d'un rugbyman. Je frappe à tout va. Klaive et griffe s'en donne à coeur joie. J'arrache la moitié du visage d'un être hydrocéphale. Je coupe les ailes de chauve souris d'un autre monstre et j'en projette un troisième couleur de boue sur ses congénères. Je sens des coups m'atteindre parfois mais ma colère cache les nouvelles douleurs et je ne cesse de frapper chaque monstre qui se présente. Mon klaive, mes griffes et mes dents font des ravages et plusieurs fomoris décident de s'enfuir, nous contournant pour partir vers la seule sortie de la grotte. Ils auront une surprise dehors.

Cette fois, la victoire ne peut plus nous échapper. Les rangs des monstres sont trop clairsemés et déroutés pour faire face à des garous dont plusieurs sont enragés. Ce n'est qu'une question de minutes avant que le dernier ne s'écroule sous nos griffes. Mais quelques minutes, c'est peut être déjà de trop. Une lueur vert de gris commence à émerger du trou.

Avoir massacré un paquet de fomoris m'a permis de me défouler et de retrouver un peu mes esprits. D'un coup d'oeil je m'assure que Valentine est toujours sous sa forme de crinos puis je décide d'en finir.


_ Sarah ! Il faut que tu les contiennes un certain moment. Je dois arrêter le théurge.

_ T'inquiète pas pour moi, fonce !


Comme pour m'encourager d'avantage, la furie noire fonce tête baissée dans l'estomac d'une sorte de grand macaque couvert d'écailles visqueuses qui s'affale dans les jambes de certains de ses compagnons, les faisant chuter ou vaciller. Sarah en profite pour en tuer pas moins de trois à grands coups rageurs.

Je profite de la percée qu'elle me crée pour m'élancer vers le théurge. Je m'apprête à le frapper à coup de klaive mais, je ne sais comment, il m'a sentit venir et esquive le coup avec un certain brio. Malheureusement il ne s'arrête pas là. Profitant de mon élan, il m'attrape le bras et me fais basculer par dessus bord.

Je n'ai que quelques secondes pour réagir. Je lance ma main libre et attrape le bord de justesse. Le théurge essaie aussitôt de me faire lâcher prise en voulant frapper ma seule attache avec son pied mais je réussis à le toucher avec un éclair avant qu'il ne s'exécute.

Je réussis à m'accrocher avec ma deuxième main, bien que le klaive m'empêche d'avoir une aussi bonne prise qu'avec la première. Je sens la lumière verte monter autour de moi. J'ai très envie de regarder en bas. Je ferme les yeux. Il faut que je remonte. Mais quelque chose m'attire en sens inverse. Il n'y a ni voix, ni même le moindre son qui vient de ce trou et de ce qu'il y a au fond, mais on dirait que quelque chose m'appelle. Quelque chose qui me supplie de le regarder, de lâcher prise, de me laisser aller. Quelque chose qui ne me veut pas de mal, qui veut me rendre plus fort, plus conscient des choses qui m'entoure. Quelqu'un qui veut me montrer la réalité telle qu'elle est et qui, à coup sûr, me fera changer d'avis. Quelque chose qui peut me prémunir de l'apocalypse annoncée.

Je dois résister. J'ignore ce qui se trouve en bas mais surtout je ne dois pas regarder. J'ai l'intuition que si je le fais, je saurai exactement pourquoi les hurleurs blanc sont devenus les danseurs de la spirale noire. Alors la folie me gagnera à mon tour et lorsque je ressortirai de ce trou, j'attaquerai mes amis. Sûrement pas.

Je sens la chose qui essaie d'augmenter son emprise sur moi mais je parviens à m'en libérer. Je force sur mes bras et je remonte. Je passe la poitrine par dessus le bord et je sens que je peux enfin rouvrir les yeux. Mais c'est pour découvrir que le théurge est debout face à moi et qu'il n'a pas perdu l'intention de me projeter dans les tréfonds des pires horreurs. Il va frapper lorsqu'un éclair noir le frappe dans le dos. Sarah a jaillit derrière lui, s'accrochant à son épaule avec ses crocs et lui plantant ses griffes dans les flancs.

Je profite de l'intervention de la furie noire pour remonter complètement. Je m'aperçois, pendant ce temps, que le théurge attrape l'un de ses fétiches. Je n'ai le temps de rien faire. Sarah est projetée vers le haut avec une violence inimaginable et elle percute le plafond de la grotte avec force avant de retomber brutalement au sol.

Le danseur de la spirale noire va pour la frapper de nouveau, et probablement l'achever, mais c'est à mon tour de me jeter sur lui. J'entoure sa gorge de mon bras et ma lame d'argent lui transperce le dos. De mon pied, je frappe l'arrière d'un de ses genoux, l'obligeant à plier au sol où je parviens à le maintenir. Il essaie d'attraper un autre fétiche mais je tourne ma lame, lui arrachant un cri de douleur et lui indiquant qu'il a intérêt à laisser tomber l'idée. Il obtempère. Pour l'instant.


_ Y'a quoi, là, au fond ? Je demande.


J'aurai dû tuer cette abomination tout de suite. Mais la curiosité est forte. Le théurge ricane. Un ricanement sourd, semblant venir du fond de ses poumons après avoir fumé des clopes à la chaine toute sa vie.


_ Tu as peur petit garou ? Fait-il d'une voix toute aussi désagréable. Je le vois bien.

_ Comment pourrais-tu voir quoi que ce soit de moi, ordure. Réponds !

_ Ce sont les yeux du Ver.


Je suis abasourdi. Le théurge continue de sa voix éraillée.


_ Tu veux savoir ce qu'on voit avec ses yeux ?

_ La ferme, je répinds d'un ton sec.

_ Ou tu préfères savoir ce qu'on voit avec les miens ?

_ Quoi ?


Je vois quelque chose bouger sous sa fourrure juste derrière sa tête. Je n'ai pas le temps de faire quoi que ce soit qu'un gros oeil rouge sang s'ouvre devant moi. Je suis stupéfait. Exactement ce qu'il attendait. Il m'envoie un coup de coude dans l'estomac qui me coupe le souffle et m'oblige à déserrer mon étreinte. Il en profite pour prendre une forme décharnée de lupus, devenant assez petit pour m'échapper. Mais il sous-estime la force avec la quelle je m'accroche à mon klaive et, croyant que je lâcherai prise, il s'élance en avant d'un bond puissant. La lame d'argent déchire la chaire et le loup s'écroule, l'une de ses pattes postérieures ne l'ayant pas suivi.

Griffe Tonnerre s'approche de la créature amputée, levant son épée d'argent pour achever charitablement le traître. Celui-ci pousse une série de petits jappements plaintifs avant que le coup ne le réduise au silence. C'est terminé. Je regarde autour de moi. Sarah semble gravement blessée mais elle a conservé sa forme de crinos, ce qui est bon signe. Valentine est toujours étendue au sol sauf que maintenant elle est éveillée. Razor, à ses côtés continue de lui prodiguer quelques soins rapides tandis que lui-même a une plaie toujours saignante à la tempe. Axelle est assise sur un rocher. Elle s'est calmée seule cette fois. Le tas de cadavre de fomoris à ses pieds semble l'avoir aider. Des blessures apparaissent en plusieurs endroits sur sa belle fourrure et elle semble avoir du mal à respirer. Kevin est adossé à un mur, une main plaquée sur ses yeux, comme s'il essayait de chasser une atroce migraine. Il semble avoir été salement touché à la jambe mais il tient encore debout. Seul Griffe Tonnerre qui retire son épée de la dépouille du danseur de la spirale noire semble être totalement indemne.

Je m'approche à quatre pattes de Sarah et la retourne sur le dos. Elle pousse un gémissement plaintif qui me rassure.


_ Comment tu te sens ?

_ Très... mal. Je me demande... comment je suis... encore entière.

_ On va t'arranger ça, tient le coup. C'est fini maintenant.

_ Pas tout à fait, je crois, dit Razor.


Celui-ci s'est approché de nous pour voir s'il pouvait soigner Sarah. Il a un air grave que je n'aime pas du tout. Le genre qui annonce une catastrophe quand tout vous semble radieux.


_ Leur théurge nous a laissé une dernière surprise avant de mourir. Regarde.


Razor me montre l'entrée, ou plutôt désormais la sortie, de la grotte. Une sorte de lueur bleue électrique nous barre la route comme un mur de lumière de faible intensité. Je présage que ce n'est effectivement pas une bonne chose.


_ Si c'est bien ce que je crois, nous sommes coincés. Je n'ai pas les pouvoirs de conjurer ce truc et il faudrait tout un rituel pour que d'autres nous en débarrasse.

_ Qu'est-ce que c'est ? Je demande


Razor a un regard d'une tristesse extrême. Ce qu'il va annoncer, j'imagine que je préférerai ne pas l'entendre.


_ Un portail de mort. Enfin du moins c'est le nom que nous on lui donne. Il consiste purement et simplement à tué le premier qui le traversera.


Je suis estomaqué. J'avais fortement sous estimé le théurge des danseurs de la spirale noire. Je suppose qu'il s'agit d'un acte puissant qu'il a réussit à accomplir mourant. Effectivement, nous sommes coincés. Il me semble difficile de demander qui va passer le premier.


_ Il ne nous reste plus qu'à attendre alors. Les griffes rouges ou Satsuki finiront bien par arriver.

_ Je ne crois pas qu'il nous reste suffisamment de temps, reprend Razor. Valentine est dans un état critique. Il faut aller chercher du secours sans attendre.


Je regarde la môme. Son visage est impassible et elle regarde fixement le plafond sans bouger. Mon coeur rate quelques battements. Nous devons sortir d'ici. Mais on ne peut pas demander à quelqu'un de se sacrifier. Pas maintenant après que nous ayons tous autant lutté pour rester en vie.


_ Qu'est-ce qu'on fait Max ?


Voilà une situation où l'on comprends à quel point il est difficile d'être considéré comme un leader. Nous sommes dans une situation sans solution. C'est impossible. Soit l'un de nous se sacrifie pour sauver Valentine, Soit c'est Valentine qui se sacrifie pour que nous soyons sauver. Dans tous les cas, l'un d'entre nous ne ressortira pas de cette mine. Et je ne peux l'accepter.


_ Appel les autres. Vite.


Razor ne pose pas de question et s'exécute. Il va chercher Griffe Tonnerre, Axelle et Kevin et me les ramène. Sans que j'ai besoin de le lui demander, il leur explique la situation. Sarah pousse un faible gémissement. J'ai l'impression qu'elle non plus ne peut pas attendre très longtemps. Axelle et Kevin sont stupéfiés. Griffe Tonnerre probablement aussi, même s'il ne montre rien, comme à son habitude.


_ Voilà la situation, je fais lorsque Razor a terminé. Je ne sais pas quoi faire et, de toute façon, je ne peux pas prendre de décision seul.


On se met à réfléchir ensemble. C'est un exercice très difficile dans une urgence pareille. Je ne cesse de jeter des regards à Valentine. J'ai l'impression qu'elle n'a plus bougé depuis tout à l'heure. M'inquiéter empêche toute concentration. Et ne pas réussir à me concentrer m'énerve encore plus.


_ Si on hurlait ? Propose Kevin. Je crois que Igor m'avait parlé de cris que les garous utilisaient entre eux. Peut être qu'ils nous entendraient avec l'écho ?

_ Je ne crois pas, répond Razor. Les danseurs de la spirale noire avaient l'intention de travailler tranquillement ici. Ils ont dû installer des flaïels pour couvrir le bruit.


Une voix faible s'éleva du sol. Il me fallut quelques secondes pour me souvenir que Sarah nous écoutait et elle avait apparemment l'intention de participer à la réflexion de groupe.


_ Le monde des esprits. Passons par... l'umbra pour les rejoindre.

_ Non plus, reprit Razor. Les murs existent dans l'umbra. Nous serions toujours enfermés dans la grotte et le passage s'y trouverait aussi, avec les mêmes effets.


Je ne peux plus me contenir. Je me lève soudainement, ignorant la douleur qui me tiraille encore les côtes et frappe durement, tout autant qu'inutilement la roche qui nous retient prisonniers.


_ Merde, c'est impossible. Quoi qu'on fasse on va droit à une mort certaine.

_ Et si on passait à deux en même temps ?


La colère fait place à la surprise, tout aussi intense. Axelle regarde le sol. On dirait qu'elle a lancé cette proposition en l'air sans attendre de réponse. Razor me regarde d'un air hébété avant de lui répondre maladroitement.


_ Ben... je ne sais pas trop... je suppose que l'un des deux se fera quand même tué. Mais lequel, je n'en sais rien.

_ Comment ça se passerai d'après toi ?


Razor paraissait embêté. De toute évidence, il n'avait jamais envisagé une telle possibilité et devait y réfléchir à deux fois.


_ A mon avis le passage est contrôlé par un flaïel. Donc... je suppose qu'il s'en prendrait à celui qui est le plus faible des deux pour être sûr de l'avoir. Mais c'est une hypothèse.

_ De toute façon, ça ne nous avance pas, réplique Kevin. On essaie de ne tuer personne, pas d'accompagner quelqu'un dans les bras du Ver.


Mais soudainement, Axelle se tourne et se met à courir vers la sortie. Nous sommes trop stupéfaits pour faire quoi que ce soit. J'ai à peine le temps de crier.


_ Axelle ! Non !


Il est trop tard. La jeune fianna a carrément sauté à travers le passage. Il y a une sorte de bruit, comme un souffle qui se perd, puis elle retombe face sur le sol et ne bouge plus.

Je suis horrifié. Je cours vers elle mais j'ai l'impression que mes jambes se déplacent toutes seules. J'ai à peine conscience que Kevin, Griffe Tonnerre et Razor me suivent. Je me jette à genoux à côté d'Axelle.


_ Axelle !


Je la retourne. Elle est vivante. Putain de merde, elle est vivante. Elle respire ou plus précisément elle hoquète sous les sanglots qui la secoue. Je la serre contre moi. Une étincelle de présence d'esprit survient et je me tourne vers Griffe Tonnerre, le seul encore en bon état.


_ Fonce !


L'arpenteur silencieux prends sa forme de crinos, abandonnant son épée d'argent à nos pieds, et file à toute allure vers la surface.

Axelle continue de sangloter contre moi. J'aimerai pouvoir la réconforter un peu plus mais je l'écarte doucement. Il me faut des explications.


_ Bon sang Axelle. Comment tu as fait ?


La jeune fianna a du mal à me regarder dans les yeux. Non seulement parce qu'elle est toujours agité par les tremblements de ses sanglots. Elle ouvre plusieurs fois la bouche avant de réussir à en sortir un son.


_ J'étais... enceinte...




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Argail
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MessageSujet: Re: Naissance d'un garou en roman par Darklord.   Mar 31 Aoû - 21:55


Epilogue : Je suis différent




Le problème ce n'est pas les autres. Le problème ce n'est pas cette société pourrie. Le problème, je viens de le comprendre. C'est moi.


Suis-je différent ?


Mais merde ! Qui suis-je ?


La pluie tombe sur la verrière. Une vue imprenable sur une bonne moitié de Metz. Je n'ai rien d'autre à faire que de regarder les gouttes glisser lentement, grossir en s'assemblant et couler tout le long de la grande surface de vitre. Je viens de finir de ranger le dernier carton. Nous sommes enfin installés dans notre nouvel appartement.

Les marcheurs sur verre ont fait les choses en grand. Jamais je n'aurai imaginé vivre dans un tel endroit auparavant. C'est un appart' de luxe. La grande classe. Il y a probablement tout ce que l'on peut imaginer vouloir pour un intérieur entre la cuisine équipée, le bar, une grande salle manger, le home cinéma, le jaccuzzi, le billard,...

Jamais je ne me serai imaginé dans un endroit pareil. Autrefois, j'aurai eu du mal à m'y faire. Je ne me serai pas senti à l'aise dans un confort pareil. C'était trop pour moi. Mais maintenant. Est-ce cette part urbaine tellement ancrée en moi ? Ma vraie nature qui s'exprime ? En tout cas, enfoncé dans le vaste canapé d'angle, je me sens bien.

Je me sens même encore mieux lorsque de doux bras m'entourent.


_ Je viens de finir d'installer mon atelier, fait Emilie. Cet appart' est incroyable. Je n'aurai même jamais imaginé qu'ils en existent de pareil. J'ai pu mettre tout mon matériel de peinture et j'aurai même de la place pour faire poser un modèle.

_ C'est une proposition ?

_ Pourquoi pas ? Mais tu as terminé ?

_ Oui, j'ai rangé la remise d'armes et j'ai vérifié que la serrure fonctionnait correctement.


Notre nouvel appartement contient ce qu'on appel une chambre de sécurité, une petite pièce blindée qui fait fureur aux USA, dixit Satsuki, qui consiste à pouvoir s'y enfermer en cas de cambriolage. Elle est techniquement inviolable de l'extérieur. Et si elle ne l'était pas, Razor y a inclut tellement d'esprits qu'elle l'est devenue. Le pauvre a encore du mal avec les esprits urbains. Ne craignant pas les voleurs, Emilie et moi avons jugé qu'il était préférable que cette pièce serve à entreposer son matériel de chevalier vert ainsi que quelques unes de mes affaires garou.


_ Dans combien de temps elles doivent arriver ? Demande ma douce.

_ Elles en ont encore pour une petite heure de route, je suppose.

_ On a encore un peu de temps alors.


Emilie passe par dessus le dossier du canapé avec souplesse et viens m'embrasser. Enlacés l'un et l'autre, nous nous allongeons doucement, en proie à la passion.

Puis la porte s'ouvre. Et laisse passer la voix de Satsuki.


_ Ohé les amoureux ! Regardez qui je ramène !

_ J'avais oublié à quel point elle roulait vite, je marmonne entre mes dents.


Nous nous redressons vivement, juste à temps pour voir Valentine dépasser le coin en s'appuyant sur une béquille.


_ Tu es enfin revenue, s'exclame Emilie.

_Oui, réponds la môme. Sellie a dit que j'étais assez forte pour rentrer, maintenant.


Nous nous levons et mon amoureuse serre la gamine contre elle. Satsuki a une mine moins réjouie. Je n'ai pas le temps de lui demander ce qui ne va pas que Kevin arrive à son tour et pousse un sifflement d'admiration.


_ Chouettos la piaule. Ben si un jour je sais pas où dormir, je sais que je peux m'adresser à vous.


Satsuki me lance un regard d'excuse.


_ Kevin a tenu à venir voir votre appartement, fait-elle d'une voix à moitié désolée. Je suppose que le fait qu'il n'ait rien eu à manger à midi y est pour quelque chose.

_ Tu l'as dit frangine, réplique le ragabash. Vous auriez pas un petit casse dalle dans le coin ?

_ Sers-toi à la cuisine, je fais, amusé.


Kevin ne se le fait pas répéter. On pourra parler sérieusement.


_ Tu as des nouvelles des autres ? Je demande.

_ Ouais, Griffe Tonnerre reste au sept désormais. Faut dire qu'un loup avec une épée d'argent, ça a tendance à se voir un peu trop facilement. Pareil pour Kevin. C'est au moins une leçon que Igor lui a apprise. Sarah est retournée dans les Alpes et on nous a dit qu'elle est totalement guérit. Et Axelle... et bien... elle est en Bretagne et se repose encore, il paraît.

_ Je vois.

_ La perte de son bébé a été un coup dur.

_ Probablement plus qu'elle n'a bien voulu le dire. Mais elle y a consenti seule. On ne peut pas faire grand chose pour l'aider.


Axelle n'avait plus dit le moindre mot lorsque nous étions sorti de la grotte. Nous n'avons pu faire autrement que raconter ce qu'il s'était passé et les garous traditionalistes n'avaient pas apprécié qu'un louveteau si jeune ait déjà enfreint la loi la plus importante de la litanie en risquant de donnait vie à un métis. Malgré l'opprobre dont elle s'était couverte, les fiannas l'avaient acceptée à nouveau dans leur clan.


_ Elle est forte, elle va s'en sortir.

_ Sûrement. Tu as été à l'enterrement de Bashir ?

_Ouais.


Le corps de Bashir avait été remis aux autorités de manière détournée. Les crocs d'argent ont monté un pseudo accident de voiture de toute pièce, avec délit de fuite, dont on ne retrouvera jamais le conducteur.


_ Je l'ai vu de loin, je continue. Je n'avais pas envie de justifier ma présence. Son père avait l'air dévasté.

_ Normal, conclut sobrement Satsuki. Dire qu'il a failli être grand père sans le savoir.


La jeune marcheuse sur verre a un air mélancolique que je ne lui connais pas. Mais sa vraie nature reprends vite le dessus.


_ Bon, je vous ai livré le colis, il est temps que je rentre.

_ Tu ne restes pas avec nous ? Demande Valentine

_ Il y a une chambre d'ami, ajoute Emilie.

_ Non, vraiment, je dois retourner au sept. Et ramener l'autre pique assiette avec moi, fit-elle d'une voix soudainement plus forte.


Un gémissement étouffé par on ne sait quoi lui répondit de la cuisine. Valentine avait l'air triste que Satsuki s'en aille.


_ Tu devrais monter à l'étage, je lui fais. Emilie va te montrer ta chambre.


Un sourire illumine de nouveau un visage. Elle est soudainement excitée comme une puce. Elle embrasse Satsuki et entraine mon amoureuse dans l'escalier.


_ Kevin ! On y va !


Un autre gémissement étouffé lui répond.


_ Je crois qu'il arrive, je fais.

_ Dis Max, avec tout ça, tu as cherché à avoir des nouvelles de ton vrai père ?


Satsuki a l'air de marcher sur des oeufs en me posant la question. Mais moi je ne me sens pas gêner de répondre.


_ Non, mais ce n'est pas très important. Mon vrai père est celui qui m'a élevé et je ne veux pas embêter ma mère avec ça. Elle est assez vieille maintenant et elle ne comprendrai pas comment je l'ai su. J'ai peur que ça fasse trop. Je me sens bien avec cette histoire. Donc j'imagine que ça ne vaut pas le coup d'en rajouter.


Satsuki n'en dit pas plus. Kevin arrive enfin, grignotant encore une cuisse de poulet, me salue rapidement et s'en va, suivit par la marcheuse sur verre. Je vais à la verrière pour les voir partir dans le bolide qui se moque de la pluie.

En dessous, malgré l'averse, les gens grouillent dans les rues, abrités sous des parapluies des capuches ou d'autres choses divers qui protège plus ou moins de la pluie.


Suis-je différent ?


Oh oui je le suis. Nous le sommes tous. Aujourd'hui je n'ai fais qu'ouvrir les yeux sur ma différence et sur celle de la réalité. Mais elle a toujours était là et y sera toujours, sans que la foule à mes pieds ne le sache jamais. C'est mon rôle, désormais, de faire en sorte qu'il en soit toujours ainsi. Maintenant je sais quelle est ma place. Maintenant je sais qui je suis.
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